CDJ. Déposer plainte au Conseil de Déontologie Journalistique : cela vaut-il encore la peine ?

J’entreprends aujourd’hui de publier ma réponse à l’avis donné par le Conseil de Déontologie Journalistique  à trois plaintes que j’ai déposées respectivement contre

– la RTBF pour la diffusion de six séquences ( dans le JTV  et les JP radio) le 28 et le 29 avril 2011

– la RTBF pour la diffusion d’une séquence dans le JTV  de 13h00 du 17 juin 2011

– et RTL-TVi pour la diffusion d’une séquence du magazine Indices du 4 mai 2011.

et ce dans le traitement de la double affaire Hissel (celle de Victor et celle de Romain)

N.B. Pour assurer la transparence de ce dossier le visiteur peut prendre connaissance de l’avis rendu, le 14 septembre 2011, par le CDJ à ces trois plaintes (déclarées non-fondées), regroupées sous la référence 11-23,  sur le site du CDJ (http://www.deontologiejournalistique.be/)     

11-23 Dessart c RTBF JT et JP et c RTL _Indices_ avis final

Encore un petit effort pour une véritable déontologie journalistique.

S’il s’agit bien, comme l’annonce le CDJ en parlant de ses missions,  de codifier, affiner et compléter les règles déontologiques alors je pense que cette analyse peut être utile.

Pour la prise en compte complète du processus de communication

Disons le d’emblée, au vu des avis rendus aussi bien dans la cas de la plainte 11-15 (RTBF, Diffusion dans le JTV de 19h30, d’une séquence sur une nouveau produit « Jupiler Force ») que dans la plainte 11-23, que l’actuel Conseil de Déontologie Journalistique ne tient aucun compte de la façon dont les messages véhiculés par les médias sont perçus par le public.

Le champ d’investigation du Conseil se limite strictement aux mots écrits, aux paroles prononcées,  en les isolant du contexte audio-visuel qui ne forme, avec l’expression verbale, qu’un tout.

N’est-il donc pas pensable que l’analyse de l’attitude journalistique en radio et,  qui plus est, en télévision, comprenne l’ensemble des données dont le montage, le mixage, la couleur, l’intonation, le commentaire, la mise en onde musicale, la succession des plans, qui peuvent à tout moment dire autre chose, sinon le contraire, des mots prononcés.  Mais dès que l’on peut se référer à ces mots, hop, c’est un alibi imparable : cela a été dit (de quelle façon ?) et  si cela suffit à justifier non fondement d’une plainte, tant pis si le public a mal compris. Aucune autre investigation, aucune question à débattre,   l’autorégulation confine à  l’autojustification.

Pour une interprétation loyale de la plainte.

A lire et à relire la façon dont le résumé de la plainte 11-23 est rédigé, dans l’avis donné par la CDJ, et à le comparer à la plainte elle-même je me sens obligé de faire des remarques sévères sur l’édulcoration et les lacunes  qui en résultent. De plus,  le fait d’avoir joint les trois plaintes me paraît  avoir permis des amalgames et des omissions, dans l’avis rendu.

 La jonction des 3 plaintes et ses conséquences  néfastes.

A titre d’exemple des conséquences  perverses de cette jonction qui mélange tout, je prends un extrait dans le paragraphe 2 de l’avis rendu . L’amalgame est patent puisque l’on justifie six séquences de la RTBF (des 28 et 29 avril) , mises en en cause dans la première plainte, par une séquence postérieure de RTL-TVI (4 mai), mise en cause dans la troisième plainte.

Lorsque l’avis rendu dit : «  Dans l’émission INDICES, des experts expliquent que même si ces faits sont inexacts, la conviction de leur véracité peut expliquer certains actes » ce n’était pas le fait de  la diffusion en batterie des extraits de l’interview de Romain Hissel  par la RTBF, car ces experts n’y étaient pas…et pour cause !

Ce qui est dénoncé dans la première plainte, et qui ne concerne que la RTBF, c’est le manque de mise à distance par rapport  aux assertions de Romain Hissel. Aucun élément ne le permet.  Sur ce point, je ne connaîtrai donc jamais l’avis du CDJ, circonstancié et motivé par des arguments tirés des séquences de la RTBF, elles-mêmes, puisque l’on me répond avec, uniquement, les arguments émis par RTL , dans un autre temps !

J’appelle cette amalgamation, (justifier  ce qu’une séquence d’une chaîne TV ne dit pas, par ce qui est dit dans une séquence d’une autre chaîne TV à un autre moment) sinon de la malhonnêteté intellectuelle, un manque total de logique et de rigueur : une déficience intellectuelle désarmante.

Je voudrais cependant connaître avec précision les éléments des séquences télévisuelles et radiophoniques, relatives  à la rafale de diffusion d’extraits de l’itv de Romain Hissel, des 28 et 29 avril, qui pourraient justifier,  au paragraphe 2 de l’avis rendu :«  Les journalistes (Qui? De quelle chaine ?ndr) n’affirment pas que Victor Hissel est coupable de tels actes, mais bien que son fils a été influencé par la conviction que son père en était l’auteur. »

Quels sont les termes employés, dans les séquences,  pour l’affirmer (dans les six séquences diffusées par la RTBF  les 28 et 29 avril, et j’y insiste !) et qui permettent au CDJ  de pareilles assertions ?

De même quand le CDJ dit,  dans le paragraphe 3 de son Avis  : «  Le point de vue de Me Hissel a cependant été exprimé », c’est un mois après que, dans l’émission complète de  DEVOIR D’ENQUETE,   Sandra Berbuto, avocate de Victor Hissel, peut donner le point de vue de son client, « qui est de s’astreindre au silence pour laisser à son fils tous les moyens possibles de se défendre« [1]. Dans la diffusion des six séquences de la RTBF les 28 et 29 avril 2011 cela n’apparaît aucunement !

Les éléments factuels eux-mêmes sont ainsi, si ce n’est manipulés, du moins méprisés et altérés.

NON RESPECT DE LA PREMIERE PLAINTE

Le point principal de ma première plainte était contenu dans la mise en question numéro cinq et était très clair : laisser dire à Romain Hissel que son père représentait un danger pour les enfants d’une compagne alors que tout indiquait dans le dossier et dans les faits qu’il n’en était rien, est une attitude journalistique qui trahit la vérité des faits.

J’ai insisté sur l’importance de ce point dans le courriel du 24 mai 2011.

Curieusement ce point n’apparaît pas dans le résumé de la première plainte.

(Voir en Annexe 1 le tableau comparatif)

 Ainsi dans la transposition de ma plainte je ne retrouve que la première partie du mobile donné par Romain Hissel pour expliquer son acte. Or il y a dans l’explication donnée par Romain un élément lointain et un élément rapproché.

Pourquoi l’élément rapproché n’est-il pas repris dans le résumé de la plainte ?

L’articulation des deux parties fait son mobile. C’est tellement essentiel que ce sont ces deux éléments là qui ont été retenus par les journalistes et diffusés en radio et en télévision  multipliant la diffusion de ces éléments par cinq. (Voir Annexe 2 : retrancriptions  d’extraits de deux séquences)

On constate donc que, même s’il est répété chaque fois que «  Victor Hissel nie cet abus aujourd’hui prescrit » ( élément lointain et hypothétique qui aurait exigé un conditionnel !), aucune clarification ni mise au point ne permet à l’auditeur, ou au téléspectateur, de relativiser le deuxième élément : la menace actuelle sur les enfants. de la compagne.

Ne pas traiter ce point, de la part du CDJ, est ce que je pourrais appeler une « scotomisation » (lacune dans le champs visuel).

La même lacune existe dans le résumé de la deuxième plainte en guise de rappel. Non, le mobile de Romain Hissel ne se résume pas à « avoir appris que son père aurait commis un abus sur mineur ».

Dès lors le paragraphe 3 de l’Avis rendu par le CDJ est totalement incomplet par rapport à la plainte et participe du même phénomène de scotomisation  en ne prenant en considération que l’élément lointain (parce que c’est le seul à propos duquel les journalistes ont un alibi : ils ont pu dire « Victor Hissel nie »)

 

NON RESPECT DE LA DEUXIEME PLAINTE

Concernant la deuxième plainte (RTBF,La Une,, JTV,13h00 du 17 juin 2011), on peut même constater que l’avis n’en parle même pas.

Par empressement ? Par manque de temps ?

Il faudrait dès lors considérer que le CDJ reprend à son compte la non-réponse de la RTBF  qui s’estime « victime d’un acharnement de la part du plaignant ».

C’est un comble : se plaindre d’un acharnement médiatique serait considéré comme un acharnement !?!

Aucune considération n’est émise sur la plainte, càd aucun respect pour le plaignant qui s’est quand même fendu d’une rédaction très documentée et circonstanciée, articulée sur un concept qui ne semble pas avoir ému le CDJ et qui pourtant fait partie des moyen de manipulation de l’information : le mélange de temporalité. (Voir Annexe 3)

Cet  élément  me paraît essentiel dans la deuxième plainte (et je l’ai fortement souligné) Le journaliste dit : «  …il venait d’apprendre que Victor Hissel s’en était pris sexuellement à un enfant, ce que Me Hissel toutefois nie… »

Cette formulation laisse supposer que l’élément lointain et hypothétique (l’abus)  a été commis dans un temps quasi actuel.

Ce passage est terriblement ambigu, cela me saute aux yeux. Et je suis même amené à penser que cela a sauté au yeux de certains autres puis que, dans le JTV de 19h30, cette séquence a été rediffusée mais sans ce passage !

Il me plaît donc de demander un second avis au Conseil de Déontologie Journalistique par cette question : « OUI OU NON  CETTE FORMULATION INDUIT-ELLE EN ERREUR ? »

 NON RESPECT DE LA TROISIEME PLAINTE

J’ai peine à comprendre cette lapalissade  au paragraphe 5 de l’Avis :«  Dans l’émission Indices, les scènes évoquées par un jeu d’acteur sont présentées comme la mise en image des affirmations de Romain Hissel. »

 Cette perle, confrontée avec l’extrait suivant de ma troisième plainte, devient d’une naiveté suffocante:

 2. Sur les scènes reconstituées.

Elles sont des moyens de réalisation, mais dans ce cas elles apparaissent comme un palliatif employé pour compenser la fragilité du témoignage.

 Elles prétendent traduire en image une parole. Mais à partir du moment où il faut dire à  un acteur comment il doit se déplacer,  à partir du moment où il faut choisir  ce qu’il doit y avoir dans l’image, il faut décider. Et dans cette décision se retrouvent tous les a priori, dans la mesure où elle n’est soumise à aucune analyse critique. Par contre lorsque l’on lit sur les forums la réaction des spectateurs, on ne peut nier l’effet de vérité obtenu. On retrouve des phrases comme : « Avec ce qu’il a fait… ! Et on l’a vu dans l’émission… ! »

  (extrait de la troisième  plainte concernant l a séquence du magazine « Indices »  de RTL-TVI du 4 mai 2011)

C’est justement, faut-il le rappeler,  parce qu’elles donnent un degré de réalité que les paroles n’ont pas,  que ces scènes artificiellement reconstituées sont discutables et mises en questions. Mais le CDJ ne semble pas prêt à en discuter. Dommage que tout cela soit baclé.

Et cela m’amène à une triple question finale  qui dépasse cependant le cadre de ces trois plaintes :

  1. Oui ou non, le CDJ est-il susceptible de prendre en considération  et de respecter les plaintes et les plaignants,  par une réponse point par point, arguments à l’appui, par des citations provenant des séquences incriminées  elle-mêmes, sans mélanger une diffusion avec une autre ?

  2. Oui ou non, le CDJ  peut il enfin se mettre à l’heure des médias audio-visuels  en intégrant dans une même analyse l’entièreté des moyens de sons, d’images   et de paroles que le destinataire du message reçoit comme un tout ? ( n’importe quel étudiant d’école de communication le sait  et les citations livresques  sont innombrables à ce sujet ! )

  3. Enfin, le CDJ est-il prêt à consacrer à l’examen des plaintes le temps necessaire pour  en chercher les  arguments qui peuvent faire progresser la déontologie journalistique vers une amélioration et un affinement des règles de communicationavec le public ?Il me semble évident que la déontologie journalistique ne peut occulter l’aspect du décodage du message dans toutes ses dimensions audio et visuelles et, qu’entre sa fabrication par les producteurs de contenus et la réception du sens du message par par le public il est urgent d’établir des règles de loyauté. Si l’on veut vraiment faire comprendre quelque chose au public tous les moyens sont là !  Et j’estime que si le public comprends mal, la responsabilité en revient aux producteurs !

 Ce 25 octobre 2011

Joseph Dessart, Journaliste retraité

ANNEXE 1

Rédacteur:  J.DESSARTPlainte RTBF( diffusion : 28 et 29 avril 2011)Cinquième mise en question. Toutes les déclarations de Romain Hissel, reprises sur les antennes de la RTBF, ont été examinéespar la Juge d’Instruction en charge de son dossier et sous le contrôle du Parquet, qui pouvaitdemander tout devoir complémentaire. Aucune poursuite n’a été entreprise, sur la base des élémentsdu dossier, à l’encontre de Victor Hissel.Ne faut-il dès lors pas se poser la question de savoir pourquoi la justice n’a pas trouvé utile depoursuivre ? Ne pas y répondre c’est laisser le public se poser la question : la justice protègerait-elleun dangereux pédophile, quod non ?Il faut savoir que les éléments mêmes du dossier démentent qu’il ait pu exister une quelconque menace sur les enfants d’une prétendue nouvelle compagne de Victor Hissel. Cette menace, invoquée par Romain Hissel comme explication principale de son passage à l’acte, n’a donc jamais existé, même s’il a pu y croire en raison de son état.  La journaliste connaît-elle bien le dossier qu’elle prétend traiter ? Si c’est non, c’est très grave. Si c’est oui, alors il y a faute pour manque d’objectivité et d’honnêteté.  Rédacteur: le CDJ Résumé de la plainte RTBF (diffusion : 28 et 29 avril 2011)Le plaignant  Le plaignant exprime des « mises en question » qu’on peut résumer comme suit :- présenter l’interview comme exclusive est abusif. La RTBF l’avait programmée pour le 1er juinet en a diffusé des extraits plus tôt pour anticiper sur la concurrence ;- Victor Hissel, largement accusé dans l’interview, n’a pas été contacté et n’a pu donner sonpoint de vue ;- l’information diffusée sous forme d’interview est unilatérale, partiale, sans mise enperspective, sans contextualisation et sans prise de distance ;- l’accusation d’abus sur mineur n’a pas été retenue en justice ; en ne le précisant pas, la journaliste manque soit d’objectivité, soit d’honnêteté.   Certaines « mises en question » ne s’adressent pas au CDJ ; elles ne sont pas abordées dans cet avis. 

 

ANNEXE 2

JP 18h00 RTBF Première 28 avril 2011.  Extrait
Chapeau : «  Dans quelques jours le fils de l’avocat sera jugé pour sa tentative de parricide en avril 2009. Nos collègues du magazine TV « Devoir d’Enquête » ont pu rencontrer Romain Hissel et pour la première fois, il s’exprime sur les raisons  qui l’ont poussé à vouyloir tuer son père. C’est pour lui l’aboutissement  de longues années de souffrance. Il dit avoir  il dit avoir voulu protéger des enfants du comportement pervers de son père, écoutez-le, il est interrogé par Nathalie Papleux.
ITV Romain : «  Avec ma mère, ils sont en cours de séparation et lui retrouve une relation, une dame qui a des enfants en bas âge, et heu, après ça, ma mère m’apprend qu’il a commis des actes sur un de mes oncles,  un des frères de ma mère, et donc ben là, maintenant ce n’est plus juste des consultations, il y a eu passage à l’acte,  ça s’est passé il y a très longtemps, donc on ne sait même pas s’il y a eu d’autres passages à l’acte, depuis, et donc je dis à ma mère et à ma sœur que bon, maintenant qu’on sait,  il faut quand même prendre des mesures pour éviter qu’il aille commettre des actes sur les enfants de cette dame, voilà  sur le moment et dans l’état dans lequel j’étais, je me suis dit :  « il faut que je mette fin à ses jours quoi,… ». J’essaie de résister, de voir les autres possibilités que j’ai, mais…je ne suis pas sobre, je ne vois plus d’autres solutions quoi… »
Retour Studio Voilà l’interview, un extrait de l’interview  de Romain Hissel.  Son père nie avoir commis cet abus aujourd’hui prescrit. Vous pourrez découvrirl’intégrité de cette interview lors du « Devoir d’enquête » prévu  le 1er juin prochain.

Et dans la séquence télévisée de la veille(JTV, 19h30, 28 avril 2011)

La journaliste : En février 2008 Victor Hissel est inculpé pour la consultation de ces sites. Le couple Hissel divorce.  L’avocat  entame alors une liaison avec une femme, mère de trois enfants. La révélation d’un ultime secret de famille va alors provoquer la descente azux enfers de Romain. Avant l’affaire dutroux Victor Hissel aurait abusé d’un enfant de 12 ans, le plus jeune frère de la mère de Romain.
ITV Romain : Ma mère m’apprend qu’il a commis des actes sur un de mes oncles, un des  frères de ma mère…bon là c’est plus seulement des consultations, il y a eu passage à l’acte
La journaliste : Qu’est-ce quoi vous préoccupe le plus à ce moment là ?
ITV Romain : Ben en fait, c’est à moi d’agir, puisque personne ne veut rien faire, puisque lui ne veut pas se soigner, tant pis moi je n’ai plus rien à perdre,  on va essayer de faire en sorte qu’il ne gache pas la vie à des pauv’gosses qui n’ont rien demandé, voilà quoi
La journaliste :  Victor Hissel nie cet abus aujourd’hui prescrit. Mais Romain anéanti par toutes ces années de souffrance ne résiste plus…etc…

 Annexe 3

Extraits de la deuxième plainte concernant :
JT de 13h00 de ce 17 juin 2011, pour le traitement médiatique de la « Cavale de Romain Hissel ». Objet : Disproportion de l’information et calomnie.

Pour rappel, après avoir été médiatisé à l’excès (excès dû à une surenchère à « l’exclusivité » indécente, entre l’émission Indices de RTL-TVI et le magazine Devoir d’enquête de la RTBF) le jeune Romain Hissel s’est enfui de l’établissement de soins psychiatriques qu’il avait rejoint librement pour la deuxième fois depuis son acquittement par le tribunal correctionnel de Liège (Jugement frappé d’appel par le Parquet).Le fait d’en faire le premier sujet d’un journal télévisé est un choix éditorial qui montre la disproportion des enjeux réels de l’information en ce qui concerne ce que l’on peut appeler la sur-médiatisation de tout ce qui concerne la famille Hissel, et principalement lorsque la possibilité est entrevue par les journalistes de mettre en cause le père, Victor Hissel.  Lire la suite

VICTOR HISSEL : POURQUOI LUI EST-IL DEFENDU DE DEFENDRE ? A propos de son écartement de la cour d’assises.

J’ai lu dans LA MEUSE-VERVIERS, de ce 20 février 2012, page 6, l’éditorial de Françoise Peiffer,  dont la pertinence mérite cette citation :

« Mardi, Eric Lemmens, le bâtonnier estimait qu’ayant été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour détention d’images à caractère pédopornographique, Me Hissel  ne pouvait plus défendre Bruno Werner. Mis à part les soupçons d’abus sexuel émis par des témoins suédois, personne, pas même le médecin légiste n’a pu établir que la fille de Bruno Werner avait été victime d’inceste. Lors du procès, l’inculpé n’a jamais été sommé de s’expliquer sur ces possibles gestes. Surprenant. Evoquées dans l’acte d’accusation, ces suspicions ont disparus  du réquisitoire de l’avocat général Pascale Schils. Pourquoi dès lors a-t-on écarté Victor Hissel ? »(1)

Et de poser courageusement la question dès le titre : « Me Hissel éjecté à cause de la pression médiatique ? »  en  mettant directement en relation la décision du Bâtonnier, Eric Lemmens,  enjoignant à Victor Hissel de se dessaisir du dossier qu’il plaidait en assises, dans l’affaire du triple homicide familial commis par Bruno Werner,  et le reportage de RTL-TVI, qui la veille,  dans le JTV de 13h00 et de 19h00, posait la fausse question : POURQUOI VICTOR HISSEL PEUT-IL ENCORE PLAIDER ?

Une fausse question, une vraie pression.

Les journalistes (Vincent Jamoulle et Marc Evrad), qui ne semblent pas lâcher Victor Hissel d’une semelle,  y rappelaient que Victor Hissel, pour ceux qui l’ignoraient encore, avait été condamné à 10  mois avec sursis pour détention d’images pornographiques, y révélaient  que le bâtonnier  avait, à ce sujet,  ouvert  une enquête disciplinaire devant le conseil de discipline et que la décision était attendue pour le 8 mars prochain.

En fait, cette information, qui jusque là était restée confidentielle,  ne faisait que confirmer que  Victor Hissel était toujours avocat de plein exercice.

Mais les journalistes insistaient car ils avaient obtenu une autre information selon laquelle il y avait pour Victor Hissel  une interdiction d’intervenir dans les dossiers de pédophilie, ce qui est faux. Tout au plus s’agissait-il d’une recommandation. Or, disaient les journalistes,  dans l’affaire qu’il plaide aujourd’hui (le reportage date du lundi 13 février), l’accusé est suspecté par le ministère public de faits d’incestes sur sa fille, l’une des trois victimes !

Pourtant, aucun élément concret  ne figurait au dossier, aucune prévention n’était formulée  à l’encontre de l’accusé.

Mais il fallait bien donner une consistance aux rumeurs.

« Des voix s’élèvent pour dénoncer le fait que Victor Hissel, condamné pour détention d’images pédo-pornographiques, puisse encore plaider à Liège, là même où il a été poursuivi. », pouvait-on lire sur le site de RTL en regard de la vidéo sur laquelle on peut cliquer pour voir ce reportage !(2)

Des voix !

Et le commentaire journalistique de terminer  la séquence en disant : «  Du côté du bâtonnier, pas de commentaires aujourd’hui (sic !). Mais, continuent les journalistes, qui veulent à tout prix mêler les deux affaires dans leur conclusion, les avocats de Victor Hissel, estiment que la justice belge a confondu consultation et détention  d’images pédopornographiques, ils viennent d’introduire un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme » (2)

En matière d’amalgame peut-on faire mieux ?

Eh bien oui.

Dès le lendemain, cédant aux pressions des journalistes qui le pressaient, en outre, de se laisser interviewer, après qu’il ait enjoint à Victor Hissel de se retirer du procès,  lui, qui avait déjà ordonné le silence à l’avocat, le bâtonnier, Eric Lemmens, disait qu’il avait eut connaissance la veille d’un fait nouveau, à savoir  « qu’ au cours de la lecture de l’acte d’accusation, il est apparu qu’il y avait de manière sous-jacente, une accusation de faits de mœurs et pas n’importe quels faits : il s’agit d ‘inceste et de pédophilie. Je l’ignorais et je l’ai découvert lundi. Il m’est  alors paru inimaginable que ce soit Me Hissel, à qui on reproche des actes du même ordre, qui assure la défense  de l’accusé. (…) » ( Interview Martine Vandemeulebroucke. Le Soir du 15.02.12 pg 9) (3)

Des actes du même ordre !

Cette confusion est regrettable dit Benjamin HERMAN dans LE JOUR-LE COURRIER du 16 février 2012 :

«  ….Oui, Victor Hissel a probablement dépassé quelques limites. Mais non, il n’est pas le Diable. Il a été écarté du procès parce que l’instruction pointait la possibilité d’attouchements sexuels de l’inculpé, Bruno Werner,  sur sa fille. Dire qu’il y avait suspicion serait même exagéré. Simplement des éléments de l’enquête avaient soulevé la question.  Dans son réquisitoire, d’ailleurs, l’avocat général n’a pas fait la moindre allusion à la chose. Et pourtant…De nombreuses voix se sont permises de créer des amalgames fâcheux entre la situation personnelle de Victor Hissel et celle de son client. C’était facile, bien sûr. Mais regrettable, vraiment. »(4)

La brusque intervention du bâtonnier  au second jour du procès, est apparue tellement inhabituelle, intempestive et disproportionnée que la presse en a perdu l’unanimité qui s’y manifestait, dans le passé, dès qu’il s’agissait d’une des affaires Hissel.

«  UNE NOUVELLE GIFLE POUR VICTOR HISSEL », titrait  LA MEUSE, le présentant, cette fois, plus comme victime que comme «tyran », tandis que dans LE SOIR on pouvait lire sous le titre « LE MAUVAIS PROCES FAIT A MAITRE HISSEL ET AU MEURTRIER »(2) dans l’ édito de Marc Metdepenningen :

« A entendre le bâtonnier, il aurait découvert , à la lecture de l’acte d’accusation que M. Werner, l’accusé, pourrait être soupçonné de faits d’attouchements sur sa fille assassinée ; des suspicions fragiles pour lesquelles, il n’est pas poursuivi. Victor Hissel (…) était sous  le coup d’une interdiction de plaider dans une affaire de moeurs. (NDLR : ce qui est faux). Il était dans son droit d’être en cette  affaire, aux côtés de Xavier Magnée. La sortie du bâtonnier Lemmens est stupéfiante. La lecture à l’audience de l’acte d’accusation sur lequel il s’appuie pour justifier son indignation tardive (« une attitude nuisible à la justice et au barreau ») était à la disposition des parties depuis des semaines. Et l’affaire commentée depuis trois ans.(…) »(5)

Trois ans ! Il est nécessaire de resituer cette affaire dans la durée.  C’est effectivement il y a trois ans et demi que  Bruno Werner a consulté Victor Hissel, en août  2008, et lui a demandé d’être son conseil en vue du procès d’assises.

On est loin de l’image  d’un Victor Hissel, excité, se jetant sur la première affaire d’assise  à sa portée, pour faire parler de lui. Et pourtant cela traverse encore l’opinion publique si l’on en croit les interventions des internautes sur les forums qui suivent les articles mis en ligne.

C’est pourquoi j’estime qu’il est important à ce stade de faire la chronologie de l’intervention de Victor Hissel dans cette affaire.

CHRONOLOGIE

Me Hissel mandaté par Bruno Werner

Victor HISSEL est intervenu pour la première fois à ses côtés juste un an après le drame, soit devant la Chambre du Conseil de Verviers du 28 octobre 2008.

Il était alors son troisième conseil.

Et c’est donc en pleine connaissance de la situation personnelle de Me HISSEL (inculpé en février 2008) que Mr WERNER, l’a appelé à sa défense.

A la demande de la sœur de l’accusé, Me MAGNEE est intervenu à son tour, en septembre 2009, essentiellement dans l’optique de la future cour d’assises.

Me MAGNEE a exigé toutefois, avant d’intervenir, que Me HISSEL reste également au dossier. C’était aussi le vœu de Mr WERNER, unilingue germanophone, dès lors notamment que Me MAGNEE ne pratique pas l’allemand, que Me HISSEL maîtrise parfaitement.

Une instruction interminable

Depuis le début de l’instruction, le Juge JAMIN s’est convaincu que le mobile avancé par l’accusé pour expliquer le drame, soit les difficultés financières, n’était pas le vrai mobile des faits. Il a d’emblée cherché à établir – en vain – le mobile « mœurs », soupçonnant l’accusé d’avoir commis des faits de mœurs à l’égard de sa fille.

Cet élément était donc connu de tous les intervenants depuis le départ, de même que le fait que cet élément n’a pas été retenu en termes de prévention, , ce qui en définissait ainsi les limites.

Me Hissel plaide en Chambre des mises en accusation…et obtient la remise en liberté de son client.

Ainsi, le fait que Me HISSEL était – et allait rester – le conseil de Mr WERNER pour la future cour d’assises ne pouvait être ignoré d’aucuns de ceux qui, de près ou de loin, s’intéressaient à l’époque, soit à ce dossier WERNER, soit à la situation de Me HISSEL, puisqu’au moment du règlement de la procédure d’instruction, et du renvoi du dossier aux assises, en mai 2011, Me HISSEL a plaidé – seul – en chambre des mises en accusation, et a obtenu – décision qui a entraîné une véritable commotion dans les milieux judiciaires verviétois, et même liégeois, et dans la région de PLOMBIERES – la remise en liberté de l’accusé jusqu’au moment du procès à tout le moins, en raison de la trop longue durée de l’instruction et du délai avant le jugement.

Certes, les médias ont volontairement tu, ou minimisé l’événement, en raison de la présence de Me HISSEL ; mais le monde judiciaire était parfaitement au courant.

L’étonnement tardif du Bâtonnier

Il est dès lors surprenant que le Bâtonnier LEMMENS (élu en juin 2011 au bâtonnat de Liège, et donc vice-bâtonnier depuis un an) puisse prétendre, non seulement qu’il ignorait cet élément, mais même qu’il ignorait qu’une cour d’assises où interviendrait Me HISSEL allait avoir lieu en février 2012.

D’autant plus que Victor Hissel avait demandé et obtenu, en janvier 2012,  une entrevue avec  le bâtonnier lui-même, pour prévenir tout incident lors de cette session de cours d’assises.

Des rumeurs circulaient en effet au Palais selon lesquelles tant le Président de la Cour, Mr GORLE, que l’avocat général P. SCHILS qui allait siéger, s’inquiétaient de cette situation.

Il faut croire toutefois qu’ils n’en ont pas alerté le chef de l’ordre des avocats, comme il eut été logique de le faire, puisque ce dernier prétend qu’il ignorait la chose au moins jusqu’à l’entrevue de  janvier 2012.

De même, si la question du mobile « mœurs » avait réellement posé problème – quod non, puisqu’à part dans son acte d’accusation, l’avocat général n’en a plus parlé lors de ses réquisitions, et qu’il n’en est fait, à juste raison, aucun écho dans l’arrêt de condamnation – on peut légitimement se demander pourquoi ni le parquet général, ni la Cour n’en ont fait état au bâtonnier.

En outre, rien n’interdisait au bâtonnier, dès lors qu’il paraissait soucieux de la présence de Me HISSEL à cette cour d’assises, de s’informer.

Me  Hissel interdit de parole.

Il a préféré se contenter, lors de cet entretien de janvier,  d’imposer à Me HISSEL un silence absolu, et une interdiction totale de contacts avec la presse à propos de ce procès.

On peut du reste s’interroger sur la légitimité d’une telle mesure, en regard de l’obligation faite à tout avocat de défendre son client partout où cela est nécessaire, y compris face à la presse (voir Arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (5° section) du 15 décembre 2011 (!), en cause d’une avocate française MOR / FRANCE).

C’est donc très interpelant d’entendre le bâtonnier LEMMENS justifier son intervention du mardi 14 février 2012, en faisant valoir la composante mœurs du dossier, et excuser sa tardiveté, en parlant « d’élément nouveau » !

De son côté, Me HISSEL n’a pas pu – et ne peut toujours pas – donner sa version des faits, puisqu’il était et reste interdit de parole !

C’est pourquoi j’ai tenu à vous faire le présent compte-rendu des événements, tels que je les connais. José DESSART

(1) http://archives.sudpresse.be/analyse-me-hissel-ejecte-a-cause-de-la-pression_t-20120220-H3P5XM.html?queryand=Hissel&firstHit=0&by=10&begYear=2012&begMonth=02&begDay=21&endYear=2012&endMonth=02&endDay=22&sort=datedesc&when=-1&pos=0&all=764&nav=1

(2) http://www.rtl.be/info/votreregion/liege/856354/condamne-pour-detention-d-images-pedopornographiques-l-avocat-plaide-toujours

(3) http://archives.lesoir.be/assises-de-liege-l-avocat-quitte-la-defense-de_t-20120215-01U042.html?queryand=ERIC+LEMMENS+b%E2tonnier&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=1&all=16&nav=1

(4) http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120218_00119923

(5) http://archives.lesoir.be/le-mauvais-proces-fait-a-victor-hissel-et-au-meurtrier_t-20120215-01TZW4.html?queryand=ERIC+LEMMENS+b%E2tonnier&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=0&all=16&nav=1

AFFAIRE CHEBEYA, UN CRIME D’ETAT ? Un film de Thierry Michel.

J’ai été très impressionné par le filmde Thierry MICHEL «  L’affaire Chebeya ».

(Le 2 juin 2010, Floribert Chebeya, 
militant congolais des Droits de l’Homme 
est retrouvé assassiné dans sa voiture. 
Plusieurs policiers sont arrêtés et un procès 
a lieu. Seul journaliste international présent durant le procès : Thierry Michel et sa caméra)

Nous avons peu d’informations sur ce qui se passe réellement en République Démocratique du Congo.  En fait il y a beaucoup d’informations mais les médias occidentaux en font peu de cas. Il faut voir ce film parce que plus qu’aucun commentaire il fait ressentir quasiment dans les tripes ce que peut être la menace de mort  que fomentent  sourdement  les polices et les pouvoirs  dont l’impunité  se joint à l’arrogance, au déni et au mensonge, sur tous ceux qui osent prendre la parole « au nom des sans voix » comme Floribert Chebaya, ardent défenseur des droits de l’homme face à des pouvoirs qui ne les reconnaissent pas. Ce qui m’a le plus touché ce sont ceux qui, courageusement, après l’assassinat de Philibert Chebaya ont repris ce combat pour que les Congolais puissent vivre debout. Mais que de menaces pèsent sur eux . Nous leur devons beaucoup.

Actuellement dans les salles

Liège 21 mars Le Parc

Lundi 21 mars 2012, au cinema Le Parc à Liège, un débat a suivi la projection du film de Thierry Michel “ L’Affaire Chebeya, un crime d’Etat?”  qui relate le procès des auteurs de l’assasinat de Floribert Chebeya militant charismatique des Droits de l’Homme, en République Démocratique du Congo, retrouvé mort  le 2 juin 2010 à Kinshasa.

Ce débat a été organisé par le jeune barreau de Liège et animé par Jean-Pierre Jacques, en présence de Me Joseph Mukendi wa Mulumba, Bâtonnier de Kinshasa et de Jean-Charles Paras, représentant  de l’organisation “Avocats sans frontières”.

Ce débat a été enregistré. Vous pouvez y avoir accès   Sur Dailymotion

(1)http://www.dailymotion.com/video/xpna64_l-affaire-chebeya-un-crime-d-etat-un-debat-liege-21-mars-2012_news

(2) http://www.dailymotion.com/video/xpnh4p_l-affaire-chebeya-un-crime-d-etat-debat-avec-me-mukundi-liege-21mars-2012-2eme-partie_news

 ou   sur You TUBE (1) http://youtu.be/xkMsh1BdSCc       (2) http://youtu.be/H_GnCAWBlUo

PROCHAIN FILM+DEBAT

Jeudi 29 mars ESPACE DELVAUX  (La Venerie) Watermael-Boitsfort

Diplomatie et coopération

Soirée film + Débat

Après la projection du film : 

L’affaire Chebeya, un crime d’Etat ?

Le  débat  « RDC – Etat de droits, Raison d’Etat »

A l’issue de la projection du film « L’affaire Chebeya, un crime d’Etat ? » Louis Michel, ex Commissaire Européen à la Coopération et ex Ministre des Affaires Etrangères, ainsi que plusieurs députés et sénateurs s’interrogeront sur les limites du droit d’ingérence lors de violations manifestes des Droits de l’Homme dans des pays soutenus politiquement et économiquement par la Belgique et avec lesquels nous avons des partenariats en termes de coopération et de réduction de la dette.

Nos pays sont-ils complices de ces assassinats, de ces dénis de démocratie, de ce soutien à des régimes peu scrupuleux en matière de droits humains. Ou nos gouvernements font-ils du néo-colonialisme en dénonçant et exigeant le respect des droits de l’homme dans les pays avec lequel ils entretiennent ces relations privilégiées.

Quelle ligne de conduite adopter en matière de diplomatie et de coopération dans les cas de non-respect des règles démocratiques et d’atteintes brutales aux droits fondamentaux tels que ceux définis par la convention universelle des droits de l’homme.

Le débat sera animé par 

Benoit van Maele –  Ex président Ligue des Droits de l’Homme

Intervenants

Louis Michel – Député Européen MR

ex Ministre des Affaires Etrangères

ex Commissaire Européen à la Coopération

Georges Dallemagne  – Député CDH

Jacky Morael – Sénateur Ecolo

Dirk Van der Maelen – Député SPa 

et 

Maître Joseph Mukendi wa Mulumba – Bâtonnier de Kinshasa

Coordinateur du collectif d’avocat – Procès Chebeya

Thierry Michel – Cinéaste et Journaliste

Auteur du film « l’affaire Chebeya, un crime d’Etat? »

Lieu

Cette soirée aura lieu à L’Espace Delvaux    3, rue Gratès (pl. Keym) à 1170 Watermael-Boitsfort   Téléphone: 32 2 663 85 50

Réservations : tél / fax 32 2 672 14 39

Email : info@lavenerie.be

 Voiture = grand parking couvert et gratuit en face

Stib =  bus 95, 41 & 17 ( arrêt Keym ) Métro = Beaulieu + bus 17 Train = gare de Watermael + 500m    Taxi = station sur la place Keym 02 349 49 49

 Itinéraire

Plan Google

 Site officiel http://www.chebeya-lefilm.com/

Important : DENIS ROBERT était en Belgique.

Denis Robert

Denis ROBERT aurait dû être  élu  » HOMME DE L’ANNEE » , alors que la plupart des médias l’ont ignoré. Connaissez-vous l’affaire Clearstream ? Non pas la deuxième, par laquelle Villepin a été mis en difficulté en France. Mais la première, qui a débuté avec la publication du livre  » REVELATIONS » dans lequel Denys Robert, journaliste, avec Ernest Backes, un témoin de l’intérieur du système, a révélé les coulisses de la finance internationale, l’histoire secrète d’une association de banques se livrant  à des activités clandestines de dissimulation de comptes au nom d’institutions les plus honorables, de complicité avec les banques mafieuses, circuits de blanchiments et d’évasion fiscale…Pour quoi « Homme de l’année 2011 » ? Parce qu’après 10 années de combat, simplement  pour survivre, face à de puissantes actions de Clearstream et autres institutions citées dans son livre,  qui sur la plan judiciaire ont voulu le réduire au silence, c’est en février 2011, que Denis Robert a pu enfin obtenir de la Cour de cassation de Paris trois arrêts  lesquels son enquête est reconnue comme sérieuse, de bonne foi et au service de l’intérêt général !  Mais à quoi sert de gagner le droit de parler en toute liberté si les médias continuent à l’ignorer, alors que, tant ce qu’il dénonce est énorme, ce devrait faire l’objet, à tout le moins de commissions d’enquêtes parlementaires en France, en Belgique et au Luxembourg et autres pays…

Il était cependant donné une conférence à l’ICHEC, à Bruxelles le 27 octobre dernier.  A part une interview radio, par Eddy Kakelberg  dans l’émission  « Face à l’info »  aucun autre média n’en a fait écho.

Aussi il me paraît important de relayer ici un article très documenté de Victor Hissel, qui assistait à cette conférence. Ainsi nous ouvrons dans ce blog  » Humeurs et respects » une nouvelle rubrique que nous intitulerons simplement  » CRISE »

 » AUX ARMES, CITOYENS «  (1)

par Victor HISSEL

Connaissez-vous Denis ROBERT ?

Et les affaires « CLEARSTREAM » ? Ou les HAWALAS ?

Peut-être « L’APPEL DE GENEVE » alors ?

Ou les trois arrêts de la Cour de Cassation de France du 3 février 2011 en cause de « D. ROBERT c/ CLEARSTREAM ET AUTRES » ? [2]

Faisant preuve à la fois d’une indépendance sans concession et d’un courage juridique que l’on aimerait déceler chez la nôtre, la Cour de Cassation de France a mis fin, par ses trois arrêts susdits, à 10 années de longs, âpres et couteux combats en justice dudit Denis ROBERT, (ex-Libération), écrivain, auteur de films et documentaires, mais surtout vrai journaliste d’investigation (si, si, il en reste, mais voyez à quel prix !) contre la nébuleuse CLEARSTREAM, société de droit luxembourgeois, « chambre de compensation » des transactions financières internationales (comme sa « sœur » EUROCLEAR à Bruxelles), au chiffre d’affaires de 11 trillions d’euros (11 avec 12 zéros, ou encore 11.000.000.000.000 €), et ses affidés, parmi lesquels le journal « LE MONDE », son ancien directeur Edwy PLENEL ou Philippe VAL (ex-Charlie-Hebdo), et leurs avocats dévoués, dont notre confrère parisien Richard MALKA, conseil de CLEARSTREAM et de … Charlie Hebdo !

La Cour suprême du pays des Droits de l’Homme, de la Révolution de 1789 et de la devise fondamentale « LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE » a donc jugé que les travaux d’investigation de Denis ROBERT étaient faits tout à la fois «dans l’intérêt général, avec sérieux, et de bonne foi ».

10 ans de lutte pour pouvoir (enfin, librement) s’exprimer, publier ses livres, diffuser ses films, distribuer ses documentaires, et en donner tous commentaires utiles à qui voudra les entendre.

Sans risquer les procès en diffamation, en calomnie, en responsabilité (il a dû mener pas moins de 62 procédures de tous ordres, avant de gagner devant la Cour de Cassation).

Et il était à Bruxelles, l’autre jeudi (27 octobre), invité à l’IHECS (Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales), présenté par le Sénateur Jean CORNIL, sur le thème attrayant « UN JOURNALISTE FACE AUX BANQUES ».

Dans l’après-midi, il était reçu par l’Association belge des Journalistes, qui tenait son assemblée générale.

Le croirez-vous ?

A part les étudiants de l’IHECS, aucun journaliste n’assistait à sa conférence, et notre « bonne presse » n’y a donné aucun écho, ni avant, ni après sa conférence !

Si les étudiants n’avaient pas été là, la salle eut été quasi vide.

Pourtant, ce qu’il avait à dire était fort intéressant.

L’auteur de « LA JUSTICE ET LE CHAOS » (STOCK, 1996), {qui donna « L’APPEL DE GENEVE » avec, entre autres, les magistrats VANRUYMBEKE (France), BERTOSSA (Suisse), GARZON (Espagne) et … DEJEMEPPE (Belgique)}, de « REVELATION$ » (2001), « LA BOITE NOIRE » (2002) et, bien sûr, « CLEARSTREAM, l’enquête » (2006) et « TOUT CLEARSTREAM » (2011), ou encore du documentaire « LES DISSIMULATEURS » (2001), nous a conté les résultats de ses recherches, sa bataille judiciaire contre les prédateurs financiers, et son espoir de voir les autorités nationales et européennes intervenir bientôt pour mettre bon ordre à cette situation, préjudiciable à tous les citoyens de l’Union Européenne et du monde.

Mais de quoi s’agit-il ?

« Le principe de base de tout Hawala est de faire circuler l’argent dans un réseau d’agents de change (les hawaladars) : un client donne une somme d’argent à l’un de ces agents, qui contacte l’agent le plus proche du destinataire de cette somme et lui demande de lui verser cette somme (moins une commission, généralement) en échange de la promesse de la lui rembourser plus tard.

Ce système fonctionne sans transmission de moyen de paiement (outil de représentation de valeur, comme la monnaie), en reposant entièrement sur la confiance existant entre les agents du réseau. » (Wikipédia – hawala).

CLEARSTREAM ou EUROCLEAR sont les HAWALAS modernes, des chambres de compensation des transferts internationaux de fonds (parfois considérables, cfr leur CA – celui de EUROCLEAR, sur lequel D. Robert n’a pas enquêté, est de 21 trillions d’euros).

Rien de répréhensible, a priori.

Sauf si certaines opérations sont occultées, voire occultes.

C’est précisément ce que les investigations de notre « TINTIN » moderne ont mis à jour, à partir des confidences et documents de deux « insiders » de CLEARSTREAM, entretemps remerciés (si je puis dire).

En peu de mots, il a pu vérifier que certaines (grosses) opérations financières ne laissaient aucune trace chez CLEARSTREAM (à l’instar des HAWALAS), par le biais de pannes informatiques délibérées, ce qui permettait de réaliser des transactions illégales, voire mafieuses (comme par ex. le transit des fameuses « commissions occultes » liées aux tout aussi fameuses « vedettes de Taiwan »).

Autre exemple frappant : CLEARSTREAM aurait pu empêcher la faillite de l’état d’Argentine, en 2001-2002, comme l’explique le journaliste dans son livre « LA BOITE NOIRE », que je ne puis mieux faire que de citer dans le texte (ce sont les pages 314 et 315) :

«  Le 10 décembre 2001, l’agence Reuters de New York lâchait dans une de ses premières dépêches, à propos de la crise soudaine en Argentine : « Le bruit a couru que l’Argentine n’a pas pu faire face à une échéance de 40 millions d’euros. Mais Clearstream, la société de clearing, a confirmé que cette dette avait été réglée… » Voilà une dimension de Clearstream qui nous avait échappé. Il est quand même extraordinaire que dans les premières lignes des premières dépêches à propos de la crise argentine, on cite Clearstream. La multinationale luxembourgeoise gère quantité de fonds appartenant aux banques et entreprises argentines. Dans ses bureaux, à Luxembourg, on devait forcément savoir que l’Argentine accumulait une dette infernale. Clearstream a laissé spéculer et spéculer encore, les banques et les entreprises argentines ; elle a joué les prêteurs, et les apprentis sorciers. La dette du pays est aujourd’hui équivalente au montant de l’évasion fiscale à l’étranger. Les journalistes du monde entier découvraient une Argentine en dépôt de bilan. Plus de salaires payés, plus rien à manger, des émeutes, une monnaie de singe. Un effondrement.

C’est dire où peut mener l’utilisation, sans limites et sans contrôles extérieurs d’outils comme Clearstream. Si Clearstream a laissé spéculer, c’est parce que ses clients lui avaient donné l’ordre de spéculer. Et que rien, visiblement, ne pouvait empêcher ces ordres. Clearstream est devenue indispensable sur toute la planète. C’est son côté tentaculaire. C’est dire son pouvoir. Son influence. La manière dont elle est utilisée par les banques. Quand on a 10 euros, on spécule sur 100. Les banquiers font l’essentiel de leurs profits sur ce calcul virtuel. Leur activité repose à 90% sur des opérations qui ne sont basées que sur de la spéculation. Ce que l’on cache au Luxembourg dans des comptes non publiés, ce sont des écritures comptables qui n’ont aucune justification économique. Sinon celle de la fuite en avant de ce que les banquiers appellent « les futures ». Voilà ce que j’ai compris. Voilà aussi à quoi sert Clearstream. C’est dire à quoi nous nous attaquons. Si Clearstream n’était plus gérée par des banquiers mais par des instances démocratiques indépendantes, si Clearstream se contentait de faire de la compensation et de surveiller l’état des comptes de ses clients, il aurait été facile de prévenir cette déroute argentine. Là pourrait être la véritable fonction d’une boîte noire de la finance internationale. Il ne faut jamais voir Clearstream comme une entité luxembourgeoise déconnectée de son contexte bancaire. Clearstream est une enveloppe, un nom… Un prête-nom. Derrière, on retrouve des banques. Dois-je les nommer à nouveau? Barclay’s, UBS, BNP-Paribas, Deutsche Bank, Merrill Lynch, Intesa, Chase, BIL… Ces mêmes banques qu’on retrouve d’ailleurs perdant des milliards dans le scandale Enron1. Il en va ainsi de cette planète financière. On creuse des trous financiers. Des sociétés laissent des ardoises prodigieuses. On compense. Et les banquiers continuent. ».

Autres citations de ce journaliste d’investigation, qui n’a manifestement pas froid aux yeux, que je ne puis résister à vous faire partager :

1/ Vous connaissez la phrase d’Henri Ford : « Si le peuple comprenait le système bancaire, il y aurait une révolution avant demain matin ».

2/ L’ancien président américain Thomas Jefferson disait  que « les institutions bancaires sont plus dangereuses pour les libertés que des armées entières prêtes au combat ». Et Jefferson de poursuivre : « Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent la monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques  priveront les gens de  toute possession jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis ».

3/ « si Sarko repasse en France, ce sera l’insurrection »[3].

L’auteur conclut que « nous y sommes ».

D’où mon titre, puisque je partage son analyse.

(à suivre)

 

« BIBLIOGRAPHIE » (pour ceux que le sujet intéresse)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Robert

http://www.agirparlaculture.be/index.php/reflexions/41-un-journaliste-face-a-la-finance-denis-robert-et-l-affaire-clearstream

http://www.rue89.com/2011/02/08/denis-robert-bat-clearstream-la-fin-dune-vraie-censure-189458

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hawala

Les trois arrêts de la cour de Cassation de France :

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/document/2011/02/Denis_Robert_Documentaire.pdf

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/document/2011/02/Denis_Robert_Documentaire.pdf

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/document/2011/02/Denis_Robert_Livre_2.pdf.pdf

http://www.article11.info/?Richard-Malka-avocat-mediatique

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Justice_ou_le_Chaos

http://actualite.lefigaro.fr/commissions-vedettes-taiwan.html


[1]  Premiers mots de l’hymne national français « LA MARSEILLAISE »

[2]  Pour de plus amples informations, voir la « bibliographie » en fin d’article

[3]  Lors de la conférence du 27 octobre à l’IHECS

Voici le texte de l’Arret de Cassastion concernant Victor Hissel

Le souci d’objectivité m’amène à publier le texte de l’Arrêt de Cassation rejetant le  pourvoi, sur le droit à un procès équitable, formé par Victor Hissel. 

L’allusion à ce pourvoi était tellement ténu dans la presse écrite et audio-visuelle, comparativement à tout ce qui a été dit sur les « affaires familiales »  à partir d’ assertions découlant de deux jugements de première instances dont le prononcé avait été entièrement enregistré et filmé – avec l’autorisation des deux présidentes ! – qu’il me paraît essentiel de publier un texte qui porte  sur les arguments d’une demande de cassation en regard du droit à un procès équitable, même s’il les rejette.

Je note  que dans les signataires de l’arrêt figure Benoît Dejemeppe  qui fut durement mis en question par la Commission d’Enquête Parlementaire sur la manière dont  l’ enquête, dans ses volets policiers et judiciaires a été menée dans « l’affaire Dutroux-Nihoul et consorts » , affaire dans laquelle on connaît le combat incessant,de 1995 à 2003, tenu par Me Hissel pour faire émerger la vérité. Ce magistrat   n’a pas cru bon de se désister alors qu’un autre de ses collègues, l’a fait parce qu’il connaissait Me Hissel, mais pour d’autres raisons.  Les réminiscences des affaires Dutroux-Nihoul et consorts sont telles que la Cour elle-même aurait pu éviter de devoir traiter le pourvoi de Michèle Martin dans la même matinée que le pourvoi de Victor Hissel, ce qu’elle n’a pas fait.

26 OCTOBRE 2011

P .11.1199

Cour de cassation de Belgique

Arrêt

Na P.ll.1199.F

I.      HISSEL Victor, Guillaume, Joseph, Hubert, Ghislain, né à Eupen le 30 janvier 1956,   domicilié à Liège, rue Duvivier, 26,

II.    HISSEL Victor, mieux qualifié ci-dessus,

III.  HISSEL Victor, mieux qualifié ci-dessus,

 prévenu,

demandeur en cassation,

ayant pour conseils Maître Adrien Masset, avocat au barreau de Verviers, et

Maître Sandra Berbuto, avocat au barreau de Liège,

les deuxième et troisième pourvois contre

1.            HISSEL Romain,

2.            CHILD FOCUS, Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités, dont le siège est établi à Bruxelles, avenue Houba de Strooper, 292,

parties civiles,

défendeurs en cassation.

I.       LA PROCÉDURE DEVANT LA COUR

Les pourvois sont dirigés respectivement contre une ordonnance de renvoi rendue le 5 novembre 2009 pat la chambre du conseil du tribunal de première instance de Liège,

contre un arrêt avant dire droit rendu le 22 mars 2011 par la cour d’appel de Liège, chambre correctionnelle,

et contre un arrêt rendu le 23 mai 2011 par la même cour d’appel.

Le demandeur invoque cinq moyens dans un mémoire annexé au présent arrêt, en copie certifiée conforme.

Le conseiller Françoise Roggen a fait rapport.

L’avocat général Damien Vandermeersch a conclu.

II.            LA DÉCISION DE LA COUR

A.            Sur le pourvoi dirigé contre l’ordonnance du 5 novembre 2009:

Les règles relatives à la compétence de la juridiction de jugement ont été respectées.

B.            Sur le pourvoi dirigé contre l’arrêt du 22 mars 2011 :

Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été observées et la décision est conforme à la loi.

C.            Sur le pourvoi dirigé contre l’arrêt du 23 mai 2011 :

  1. En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur 1’action publique :

Sur le premier moyen :

Le moyen soutient qu’en décidant que le droit du demandeur à un procès équitable avait été respecté, les juges d’appel ont violé les articles 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 14.1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il considère à cet égard que l’arrêt ne vérifie qu’en termes généraux le respect du droit au procès équitable alors qu’il aurait dû examiner le respect du droit à l’égalité des armes, et qu’il omet d’apprécier l’addition des griefs proposés en conclusions.

Il ressort toutefois de l’arrêt (pages 4 in fine à 7) que les juges d’appel ont examiné le respect de l’équité procédurale sous l’angle de l’égalité des armes. Ils ont notamment exposé les raisons pour lesquelles ils ont écarté les allégations du demandeur relatives au comportement du ministère public pendant l’instruction, à la procédure devant la chambre du conseil, à la demande de devoirs complémentaires, aux conditions et au délai de la fixation de la cause devant le tribunal correctionnel et au sort d’un dossier déposé par le ministère public dans le cours du procès.

Ces motifs ne violent pas les dispositions invoquées.

Ayant ainsi considéré qu’aucun des griefs avancés par le demandeur ne pouvait être retenu au titre d’une méconnaissance du droit au procès équitable, les juges d’appel n’avaient pas à effectuer, en outre, une appréciation d’ensemble de ceux-ci.

Enfin, il n’est  nullement contradictoire de motiver la peine en se référant à la personnalité du demandeur telle qu’elle ressort des éléments du dossier soumis à la cour d’appel, après avoir considéré qu’il n’y avait pas lieu de prendre en considération le dossier que le ministère public avait fait joindre à la cause en vue d’éclairer cette personnalité. Le moyen ne peut être accueilli.

Sur le deuxième moyen :

Le demandeur invoque la violation du droit au procès équitable et des droits de la défense au motif que, pendant sa garde à vue, il n’était pas assisté d’un avocat lors de son interrogatoire par les services de police  devant le juge d’instruction. Selon le moyen, une telle restriction suffit en elle-même pour conclure à la violation des articles 5.1, 6.1 et 6.3, c, de la Convention.

 

 

En tant qu’il vise l’énonciation suivant laquelle, en sa qualité d’avocat, le demandeur ne pouvait «de surcroît» affirmer s’être mépris sur la portée de ses premières            déclarations, restées inchangées,            le moyen critique            une considération surabondante de 1’arrêt. A cet égard, il est irrecevable à défaut d’intérêt.

L’absence de l’avocat à une audition effectuée pendant le délai de garde à vue peut faire obstacle à une éventuelle déclaration de culpabilité dans la mesure où celle-ci s’appuierait exclusivement ou de manière déterminante sur des déclarations auto-accusatrices obtenues à la faveur d’une telle audition, sans que la personne entendue ait renoncé à l’assistance d’un conseil ou librement choisi de s’en passer.

Il convient dès lors d’examiner si les auditions du demandeur effectuées hors la présence de l’avocat par les services de police et par le juge d’instruction ont eu une incidence quelconque sur le déroulement du procès.

Tel ne paraît pas être le cas en l’espèce. L’arrêt relève qu’après sa garde à vue, le demandeur a confirmé devant la cour d’appel ses déclarations faites à plusieurs reprises durant l’instruction, admettant ainsi la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Pour le surplus, la déclaration de culpabilité ne prend appui que sur des éléments recueillis par les enquêteurs.

Ces considérations justifient légalement la décision de la cour d’appel. Dans cette mesure, le moyen ne peut être accueilli.

Sur le troisième moyen :

Condamné du chef de possession d’images à caractère pornographique impliquant ou présentant des mineurs, le demandeur soutient que l’arrêt n’est pas régulièrement motivé et viole l’article 383bis, § 2, du Code pénal en donnant de la notion de possession une interprétation démentie par le sens usuel de celle-ci. A cet égard, il allègue que la loi ne prohibe pas, sans téléchargement payant, la consultation de sites Internet fournissant de telles Images.

 

Insérée par la loi du 13 avril 1995 relative aux abus sexuels à l’égard des mineurs, cette disposition sanctionne quiconque aura sciemment possédé les emblèmes, objets, films, photos, diapositives ou autres supports visuels qui représentent des positions ou des actes sexuels à caractère pornographique, impliquant ou présentant des mineurs.

Il ressort des travaux préparatoires que la loi a pour but de protéger la personne du mineur et l’usage de son image, et de combattre l’ensemble du marché pédopornographique en permettant la condamnation du simple consommateur de matériel de cette nature.

Il s’ensuit que, contrairement à ce que le demandeur soutient, la possession ne requiert pas que l’utilisateur d’un ordinateur manifeste sa maîtrise d’une image par le téléchargement ou l’impression de celle-ci ni qu’il la détienne de manière continue.

L’arrêt considère d’abord que, dans son sens usuel, la possession se définit comme la faculté actuelle de disposer ou de jouir d’un bien, qu’en ouvrant les images, le demandeur en a disposé dès lors qu’il lui était loisible, pendant le temps du visionnage, de leur réserver l’emploi qu’il souhaitait et qu’il dépendait de sa seule volonté de déterminer le temps du visionnage, de les télécharger ou de les imprimer. Il énonce ensuite, en substance, que le fait d’accéder en connaissance de cause à un site pédopomographique et d’en visionner les images, suffit à le rendre punissable.

Par ces considérations qui répondent aux conclusions du demandeur et ne violent ni l’article 7 de la Convention ni les articles 12 et 14 de la Constitution, également invoqués à 1’appui du moyen, les juges d’appel ont fait une exacte application de la disposition du Code pénal incriminant les faits constituant l’objet des poursuites.

Pour le surplus, l’arrêt énonce que la question de savoir si la possession volontaire des images pédopomographiques encourage ou non 1’exploitation ou l’abus sexuel de jeunes enfants est sans incidence tant sur la qualification des faits que sur la sanction qu’ils appellent, dès lors que le demandeur n’est pas poursuivi du chef de faits d’exploitation ou d’abus sexuels sur des mineurs d’âge.

Cette considération, critiquée par le moyen, est surabondante.

Le moyen ne peut être accueilli.

Sur le quatrième moyen :

Dans ses conclusions déposées devant la cour d’appel, le demandeur soutenait que l’expert psychiatre avait méconnu la présomption d’innocence en considérant que le discours du demandeur pouvait « traduire des tendances à la victimisation à travers une minimisation des faits délictueux ».

 

Le moyen reproche à l’arrêt de ne pas répondre à ce grief et de violer l’article 195, alinéa 2, du Code d’instruction criminelle, en motivant la nature et le degré des peines «en tenant compte notamment de la personnalité [du demandeur], telle qu’elle ressort des éléments du dossier et de l’examen mental auquel il a été procédé sur sa personne».

Il ressort des énonciations de l’arrêt que, même de manière implicite, il ne s’appuie pas sur la considération critiquée de l’expertise mentale pour déclarer le demandeur coupable. Les juges d’appel n’étaient donc pas tenus de répondre auxdites conclusions qui devenaient sans pertinence en raison de leur décision.

A cet égard, le moyen manque en fait.

En tant que, pour le surplus, il soutient que le demandeur aurait été condamné moins sévèrement ou aurait obtenu la suspension du prononcé de la condamnation au cas où la cour d’appel aurait écarté le passage contesté du rapport d’expertise, le moyen repose sur une hypothèse et est, dès lors, irrecevable.

Le contrôle d’office

 

Les formalités substantielles ou prescrites à peine de nullité ont été observées et la décision est conforme à la loi.

2.            En tant que le pourvoi est dirigé contre les décisions qui, rendues sur l’action civile exercée par le défendeur, statuent sur

  1. le principe d’une responsabilité :

Sur le cinquième moyen :

Pris de la violation des articles 149 de la Constitution, 17 et 18 du Code judiciaire et 3 du titre préliminaire du Code de procédure pénale, le moyen critique la décision relative à la recevabilité de l’action civile.

 

L’obligation de motiver les jugements et arrêts correspond à une règle de forme. En tant qu’il critique la qualité de la motivation et de la réponse aux conclusions plutôt que l’absence de motivation            ou de            réponse, le            moyen manque en droit.

Dans la mesure où il soutient que le juge doit répondre à de simples allégations ou à des arguments, alors qu’il ne doit répondre qu’aux seuls moyens qui lui proposent une demande, une défense ou une exception, il manque également en droit.

L’action civile peut être exercée devant la juridiction répressive par toute personne qui peut se prétendre personnellement lésée par l’infraction, objet de l’action publique, c’est-à-dire par quiconque justifie avoir pu être victime de cette infraction dans sa personne, dans ses biens ou dans son honneur. Lors de l’examen de la recevabilité de son action, la partie civile n’a pas à apporter la preuve du dommage, de son étendue ni du lien de causalité de ce dommage avec l’infraction mise à charge du prévenu: il suffit qu’elle ait un intérêt licite, au moins apparent, à se constituer.

Considérant que la recevabilité d’une constitution de partie civile est subordonnée à la preuve d’un lien causal entre le dommage invoqué et l’infraction, alors que cette preuve concerne non la recevabilité mais le fondement même de l’action civile, le moyen manque à nouveau en droit.

Dans la mesure où il considère que certaines énonciations de l’arrêt sont contraires au dossier, sans préciser la pièce de celui-ci ainsi visée et soutenir que les juges d’appel ont violé la foi qui lui est due, le moyen est irrecevable, dès lors qu’il critique l’appréciation en fait des juges d’appel ou exigerait pour son examen la vérification d’éléments de fait pour laquelle la Cour est sans pouvoir.

  1. l’étendue du dommage:

Le demandeur se désiste de son pourvoi.

3.            En tant que le pourvoi est dirigé contre la décision rendue sur 1’action civile exercée par la défenderesse :
Le demandeur ne fait valoir aucun moyen.

PAR CES MOTIFS,

LA  COUR

 

Décrète le désistement du pourvoi dirigé contre l’arrêt du 23 mai 2011 en tant que, rendu sur l’action civile exercée par Romain Hissel,  il statue sur létendue du dommage ;

Rejette le pourvoi pour le surplus ;

Rejette les deux autres pourvois ;

Condamne le demandeur aux frais.

Les dits frais taxés en totalité à la somme de cent quatre-vingt-huit euros nonante-six centimes dus.

Ainsi jugé par la Cour de cassation, deuxième chambre, à Bruxelles, où siégeaient Frédéric Close, président de section, Benoît Dejemeppe, Pierre Cornelis, Martine Regout et Françoise Roggen, conseillers, et prononcé en audience publique du vingt-six octobre deux mille onze par Frédéric Close, président de section, en présence de Damien Vandermeersch, avocat général, avec l’assistance de Tatiana Penaux, greffier.

T. Fenaux                                        F. Roggen                                                M. Regout

P. Cornelis                                         B. Dejemeppe                                                    F. Close

Victor Hissel devant la Cour de Cassation

Le pourvoi en Cassation de Victor Hissel, pour cause de procès inéquitable,   vient d’être rejeté par la Cour (ce 27 octobre 2011).

Le texte de l’arrêt n’est pas encore connu dans son intégralité.(Il a été impossible de l’obtenir du greffe parce qu’il n’était pas signé !!!!)

Voici le texte lu par Victor Hissel devant la Cour :

Monsieur le Président,

Madame et Messieurs les Conseillers,

Monsieur l’Avocat Général,

 Je me suis longuement interrogé sur le sens de ma présence ici ce matin.

Etre là, devant vous, c’est vous montrer que je fais face.

Pour donner à ce procès la dimension humaine qu’il comporte, qu’on le veuille ou non, au-delà des aspects purement procéduraux de l’exercice.

Pour entendre l’avis du Ministère public.

Pour le réconfort d’entendre ma défense aussi.

Ou alors :

Me faire discret ; éviter un nouveau cirque médiatique.

Ne pas devoir à nouveau refuser de répondre aux médias, puis me le faire reprocher.

Rencontrer le vœu de certains aussi, de choisir l’ombre, où j’aurais, pensent-ils, dû rester depuis le début.

Peut-être ne pas paraître provocant, en m’imposant à vous.

Je suis venu vous dire que derrière tout procès, même, et sans doute surtout en cassation, il y a une dimension humaine, qui doit prévaloir.

Cette parenthèse triste et honteuse de ma vie, que je regrette sincèrement, est définitivement fermée, la page tournée, le tunnel franchi, la vie devant et l’espoir au bout du chemin.

Je veux vous dire aussi, sans pudeur – à quoi bon, dans mon cas- ma peine et ma souffrance, pour les miens, broyés par mes choix, pour mes proches, présents malgré tout, pour le barreau, auquel je tiens décidément, pour la Justice aussi, que je veux continuer, comme par le passé, à servir au mieux, aussi paradoxal que cela puisse sembler.

Une justice vraie se doit d’être sereine.

On ne peut nier que j’ai subi tout au long de la procédure tous les excès qu’on peut imaginer : fuites organisées par le parquet, lynchages médiatiques à répétition, parti-pris de magistrats, acharnement des uns et des autres, …

Ces multiples manquements aux exigences de la CEDH sont autant de violations du procès équitable, auquel, comme tout citoyen de ce pays, comme tout justiciable, j’ai absolument droit.

Sans toutes ces violations – sans chacune d’elles – les décisions rendues auraient-elles été les mêmes ?

Vous êtes le dernier rempart contre l’arbitraire.

J’ose enfin vous adresser une ultime requête : que l’on veille à me réserver, plutôt qu’à la presse, la primeur de votre arrêt.

Le 26.10.2011                                                                                                Victor HISSEL

Cour d’Appel de Liège : VICTOR HISSEL condamné à 10 mois avec sursis pour cinq ans.

Pour la cour d’Appel de Liège, regarder des images pédo-pornographiques sur ordinateur revient à les « détenir » : c’est une infraction à l’article 383 bis du Code Pénal. Elle confirme donc la peine de 10 mois de prison prononcée en première instance en l’aménageant cependant d’un sursis sans probation pour une période de cinq ans.

La presse a rendu compte de cette décision, d’une façon, cette fois, beaucoup plus factuelle. Serait-ce que parce qu’une condamnation avec sursis fait moins sensationnel que « 10 mois de prison ferme » ? Mais persistent toujours les mêmes erreurs grossières reprises par plusieurs journaux ( L’affaire Dutroux était totalement terminée – juin 2004- lorsque la période infractionnelle a commencé -février 2005- !)

A la sortie de l’audience, Me Masset, conseil de Victor Hissel, qui tout au long de la procédure s’est efforcé de démontrer que le texte de la loi, qui parle de « détention » et de « possession »,  ne visait pas le simple fait de regarder,  a déclaré  » c’est effectivement un message fort  donné aux internautes . Comme professeur d’université chargé d’expliquer le droit pénal à des étudiants,  je suis inquiet de savoir que celui qui regarde son écran est considéré comme « possédant » et que tout qui achète un ordinateur, achète une boîte de Pandore, et  peut se trouver devant le meilleur ou le pire, et si c’est le pire, il est automatiquement en infraction.  »

Dans les motivations la Cour rappelle que la volonté du législateur est de réprimer l’ensemble du marché de la pédopornographie en général et l’exploitation sexuelles des mineurs.

N.B. C’est un combat que j’ ai personnellement toujours mené en considérant que s’en prendre aux consommateurs ne changerait rien au « marché » ( la même chose pour la drogue…) sans une politique internatioale ferme d’interdiction de ces milliers de sites pédopornographiques qui prolifèrent sur les serveurs.  Quand il s’agit d’interdire ce qui est dans l’illégalité, il ne s’agit pas de censure !

Certains journaux ont titré « Hissel devra indemniser son fils » ( Le Soir, 24.05.11) soulignant  le caractère assez exceptionnel de cette décision de la Cour d’appel sans en expliquer, toute fois les contradictions. Il est vrai que les avocats de la partie civile, Me Gilissen et Me Wilmotte ont pu déclarer « c’est la reconnaissance que ce genre d’actes peut avoir des conséquencers graves pour les proches« .  Mais en évoquant l’idée d’utiliser cette décision dans l’affaire de tentative de parricide à charge de leur client, ils semblent ne pas vouloir tenir compte que la cour  a, dans son arrêt, écarté tout le contenu du  dossier de la tentative de parricide.  Le lien causal entre le comportement « délictueux » (attendons de savoir s’il y a Cassation avant d’enlever les guillemets) de Victor Hissel et la plainte de son fils se portant partie civile, dans le cadre strict de l’inculpation de son père pour consultation d’images pédo-pornographiques, devait être l’objet d’une expertise, selon la décision du  tribunal correctionnel de première instance. La Cour, cependant, a décidé, alors que cette expertise n’avait pas encore eu lieu, qu’il y avait bien un lien causal, comme si dans le dommage subi par le jeune adolescent il n’y avait comme cause que le comportement du père, à l’exclusion de tout autre membre de la famille.  La systémique familiale vue par des psychologue pourrait dire tout autre chose.

Déjà que d’avoir poignardé son père ne va rien coûter au jeune homme, le fait de voir son père devoir lui payer des dommages ne va rien faire pour lui faire prendre conscience que même si on a d’énormes choses à reprocher à son père ce n’est pas en voulant le tuer qu’on solutionne ses problèmes.   Dans le journal LE SOIR on peut lire ce commentaire :   » Face au tribunal correctionnel Romain Hissel avait expliqué  craindre que son père « s’en prenne à d’autres enfants » . Mais Laurence Wauters qui signe cet article ne rappelle pas que cette circonstance « déclenchante » n’a pas du tout été reprise dans le corps du jugement du tribunal et que rien dans le dossier ne vient confirmer ce qui n’a été  qu’une croyance de la part du fils.  

Enfin, pour moi, il y a un dernier couac pas anodin !  Au cours de son billet en direct depuis le Palais de Justice de liège, le reporter du journal de RTL-TVI n’a pas manqué de rappeler que Victor Hissel était aussi  le défenseur d’un homme qui avait massacré  sa famille à coup de hache. Pourquoi cette information à ce moment là. Qui, dans un état de droit peut reprocher à un avocat le courage de défendre son client quoiqu’il ait commis comme atrocité ?  Mais le rapprochement  entre cette information  et la situation familiale  des Hissel ne pouvait produire qu’une  assimilation  entre l’ avocat (pas encore suspendu) et le  « massacreur de famille » !

Les medias à charge. Le 4ème pouvoir, plus fort que le droit. Le doute ne profite pas à la victime ! Pas de droit à la présomption d’innocence, même pour quelqu’un qui n’est pas inculpé !

Au procès de Romain Hissel , même sa défense a été prudente dans ses plaidoiries.

Ce qui s’est dit dans la falmille avant et après la tentative de parricide n’a été évoqué par Me Gilissen et Me Wilmotte qu’avec circonspection, entourant les allégations de cette forte formule  : c’est ce qui a été dit à Romain, c’est ce que Romain croyait, c’est ce qui a contribué  forger sa détermination à vouloir en arriver là.

C’était la réalité, oui, mais celle de Romain Hissel. La presse quasi unanime  et en a fait « la  » réalité, sans aucune distance, sans aucune analyse sans même dire que pour toutes ces allégations Victor Hissel n’avait jamais été entendu  durant les deux années d’instruction.

Même le témoignage de la soeur de Romain a été évoqué par Me Wilmotte en ces termes :

« Elle est venue nous dire ce qu’elle avait à dire avec un sentiment de soutien pour son frêre »

Me Gilissen quand il évoque les allégations qui ont construit la réalité de Romain dit :  » Il sait ce que son père a fait, il sait ce qu’il est capable de s’être attaqué à son oncle, on ne sait pas si c’est vrai…mais il le croit. Oh Il n’y a jamais eu de la part de son père vis à vis de lui, aucun geste mal placé. Il n’y a jamais eu cela, mais il veut en protéger d’autres… »

Soit les journalistes qui écrivent les titres et les articles ne sont pas les mêmes que ceux qui ont assisté à l’audience, soit ils n’écrivent que pour nuire à un homme : Victor Hissel. Tout à sa charge. Rien à sa décharge.

Pas un mot sur le réquisitoire mesuré et équilibré, pour cette fois-ci, du ministère public, faisant la part des motivations de l’acte parricide.

Le silence de Victor Hissel durant l’audience était loin d’être un aveu.

Un seul journal semble l’ avoir compris : « Vers l’Avenir.be » ( 30 mars 2011) ose, honnêtement, faire état de la déclaration finale de Victor Hissel au procès :

// LIÈGE – A la fin de l’audience du tribunal correctionnel de Liège, l’avocat liégeois Victor Hissel a tenu mercredi à s’adresser à son fils, Romain, qui comparaissait pour une tentative de parricide.

Romain Hissel, 22 ans, est poursuivi pour des coups et blessures à sa soeur le 21 mars 2009 et pour une tentative de parricide commise le 9 avril 2009 contre son père, l’ancien avocat des parents de Julie et Melissa. Le parquet a requis une peine de 5 ans de prison assortie d’un sursis probatoire.

« Je suis là en tant que père », a tenu à préciser Victor Hissel à la fin de l’audience.

« J’ai choisi de ne pas envenimer les choses, de ne pas répliquer par rapport à ce qui a été dit. Je suis ici parce que je veux qu’on tourne la page. Je suis très heureux de savoir que Romain va beaucoup mieux. Je veux qu’il s’en sorte. Je veux bien lui présenter des excuses, lui demander pardon, si ça peut l’aider », a-t-il déclaré.

« C’est pour ça que je suis là. Ce qui importe, et ce qui me réjouis, c’est qu’on est tous là, en vie. Pour l’avenir, je lui fais confiance. Je suis avec lui depuis 22 ans. Je suis fier de mes deux enfants. Je les ai désirés et je continuerai de les aimer », a-t-il poursuivi.

« Tout ce que je peux dire, c’est que le fameux dossier (l’affaire Dutroux, ndlr) que j’ai porté à bout de bras, il a aussi pesé sur eux. Je regrette tellement d’avoir vu la souffrance de Julie et Melissa et de ne pas avoir vu celle de mes enfants. J’aimerais dire à Romain que l’avenir reste possible, que je lui tends la main pour un pardon réciproque. »

Se constituant partie civile pour 1 euro provisionnel, Victor Hissel a finalement réduit sa constitution à 1 euro définitif sur proposition de la partie adverse.

Le titreur de Sud Presse : deux faux.

Le journal LA MEUSE titre en première page (ce 23 mars 2011)

Victor Hissel craque ( en rouge) en cour d’appel

Il s’en prend à la Cour qui refuse le huis clos

L’ex-avocat des parents de Julie et melissa s’est emporté lorsque l’avocat général a refusé sa demande de huis clos.

FAUX ! Victor Hissel s’est emporté lorsque l’avocat général a affirmé que c’était lui qui alimentait la presse !

Il a demandé son acquittement en pleurs

FAUX. C’est uniquement lorsqu’il a parlé de sa fille et de son fils qu’il ne voyait plus depuis des mois que Victor Hissel a manifesté une certaine émotion dans la voix.

Moi aussi j’ai été ému à ce moment là !

Quoique Victor Hissel fasse ou dise, ce sera toujours déformé par certains.

Quelque part on me juge pour haute trahison!

VICTOR HISSEL

Devant la 8ème Chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Liège.(22mars 2011)

Les avocats de Victor Hissel ont commencé par demander le huis clos en invoquant la protection de la vie privée et en dénonçant, comme ils l’avaient fait en première instance, la jonction du dossier, dans lequel Victor Hissel est victime d’une tentative de parricide, dossier pas encore jugé et sur lequel il y avait embargo, tout cela dans un climat de « surmédiatisation ». Les parties civiles, Me Hirsch pour Child Focus, et Me Gilissen pour Romain Hissel, ont réfuté les arguments de la défense invoquant la nécessaire publicité des débats, Child Focus pour éviter la « banalisation » des faits incriminés, Me Gilissen parlant d’un éventuel huis clos partiel qui serait cependant une perte de garantie pour les justiciables, « dont nous sommes précisa t’il »,  et qui ne réparerait pas les excès antérieurs commis. Le ministère public réfuta également les arguments de Victor Hissel  en ajoutant que lui-même, aux entrées et aux sorties du palais, avant et après les audiences avait « alimenté la presse ». Il n’en fallait pas plus que Victor Hissel sorte de son silence en s’écriant : « ce n’est pas vrai, je m’inscrit en faux, je ne laisserai pas dire que j’alimente la presse, quand la presse ne me lâche pas ! »

-« Vous voulez une inculpation pour insulte à magistrat ?» interrompit le président.

Victor hissel se calma pour, dans la suite de ces échanges, répondre aux objections.

–        «  La protection que nous vous demandons, dit-il à la Cour, c’est le prévenu qui le demande.

Il n’y a pas de volonté de « banalisation ».  Ces faits ne sont pas anodins, j’en suis conscient et je les regrette,  mais ce que nous plaidons, c’est que dans l’état actuel de la loi belge, les textes ne permettent pas de condamner. Pour répondre à Me Gilissen, il faut que je dise que dans ce dossier qui concerne mon fils, et dont il dit qu’il est bien « délicat, difficile et dramatique », c’est mon cœur de père et mes tripes qui sont broyées. Par rapport aux faits qui me sont reprochés, il y avait non seulement le secret de l’instruction mais également embargo sur le dossier.  Je savais que j’étais inculpé. Mais il n’a pas fallut huit jours pour que je l’entende à la radio. Cela ne vient pas de moi.  C’est parce que j’ai été l’avocat de Julie et Melissa : quelque part on me juge pour haute trahison !

Après une demi heure de délibération, la Cour  déclare le huis clos irrecevable.

Les faits, rien que les faits.

Le président, affirmant sa connaissance du dossier, juge inutile un nouvel interrogatoire de l’accusé.

Victor hissel n’insistant pas, la parole est aux parties civiles.

Me Hirsch pour Child Focus demandera 500 euros de dommages et les frais de procédure, car «  j’ai pour mission  de porter plainte de manière systématique de la part de Child Focus ». De plus, Me Hissel demande son acquittement. Nous voulons justement lutter contre la banalisation.

Pour justifier sa plainte elle cite de nombreux extraits des procès verbaux des premières auditions de Victor Hissel par les policiers. Ces auditions seront contestées par la défense dans la mesure où Victor Hissel était entendu en désarroi complet. S’il avait été le pervers supposé par  la presse de l’époque, bénéficiant des fuites que l’on sait, il aurait nié et s’en serait tiré par des procédés et des pirouettes. Au contraire sous le poids d’une culpabilisation énorme il en rajoutait, des phrases que lui aurait évité de dire son propre  avocat s’il avait été présent. C’est cette absence d’avocat qui est d’ailleurs soulignée par les conclusions d’Adrien Masset, lorsqu’il rappelle l’arrêt de la Cours Européenne des droits de l’Homme, nommé arrêt « salduz », qui a été pris en considération par la Cour de Cassation dans ses dernières décisions.

Alors quels sont exactement les faits ?

Période infractionnelle de 2005 à 2008.

Traces relevées dans l’ordinateur saisi : 7 455 traces de photos, dans les fichiers temporaires,   attestant la consultation de photos pédo pornographiques figurant à l’entrée d’une douzaine de sites pour allécher le client.

Précision d’importance : jamais aucun paiement n’a été effectué.

Deux mails adressés au site visé par l’opération Koala, lancée d’Australie et qui est à la base de l’arrestation d’un père de famille qui vendait des films comportant  situations sexuelles dans lesquelles ses deux filles étaient exploitées et abusées. Ces mails sont toujours restés sans suite, et ne font eux-mêmes pas l’objet d’une inculpation, puisqu’il y a eu non lieu, en chambre du conseil,  sur cette partie. (1)

Reste donc : la consultation sans téléchargement et sans paiement.

Pour Me Hirsch  malgré le fait que l’article 383 bis du code pénal ne parle pas d’ordinateurs ni d’internet  il y a infraction, comme l’a conclu le tribunal de  première instance.

Le 13 avril 1995 un article a été ajouté à la loi  sur  les crimes et les délits contre l’ordre des familles et contre la moralité publique. L’article 383 bis du code pénal  dit que sera passible de poursuites pénales (peine de réclusion et forte amende)   non seulement celui qui aura exposé, vendu, loué, diffusé de la pornographie enfantine mais également celui qui aura sciemment possédé des emblèmes, objets, films, photos, diapositives ou autres supports visuels représentants des positions ou des actes sexuels à caractère pornographiques impliquant ou représentant des mineurs de moins de seize ans.

Me Hirsch s’est donc efforcée  de resituer les intentions du législateurs dans la phase préparatoire de la loi qui étaient de s’attaquer à la consommation à une époque (1992-93) où le support informatique n’existait pas. La seule manière, à cette époque, de se procurer du matériel pédo pornographique était d’entrer dans les Sex-shops.

« tout autre support visuel » : un écran d’ordinateur n’est-il pas un support visuel au sens de la loi ?

« sciemment » : il résulte de ses propres aveux Mr Hissel a consulté des sites à caractère pédophiles de manière consciente, ajoute Me Hirsch.

«  Me hissel dit : je n’ai fait que regarder ! Mais que regarde t’il ? Derrière chaque image il y a un enfant abusé, violé et celui qui se retrouve derrière le confort de son ordinateur…il participe au viol »(2).

Au nom du fils.

Me Wilmotte l’annonça d’emblée : il n’entrera pas dans le détail de la prévention. Ce sont les conséquences non pas des faits mais de l’attitude du père   sur l’évolution du fils  qui l’intéressent.

Or, dit-il, nous sommes en pleine marche arrière. En février 2008, Victor hissel déclarait : «  j’assumerai ce que j’ai fait » et maintenant il demande l’acquittement !

Il fait appel à ce qu’écrit l’expert Jonquet : minimalisation, victimisation, banalisation d’où récidive possible.

Il fait appel également aux déclarations  familiales provenant du dossier de la tentative de parricide non encore jugé, et dans lequel Victor Hissel, la victime, n’a jamais été entendu. Version non contradictoire et n’ayant donné lieu à aucune confrontation, il va de soi.

Déclaration de la fille de Victor Hissel.

Déclaration de la femme, au moment d’un divorce demandé par Victor Hissel lui-même.

Déclaration de Romain Hissel faite à un Collège d’expert, présidé par l’expert Jonquet lui-même, qui n’avait pas trouvé bon de se désister puisqu’ayant procédé à l’expertise du père dans un autre dossier qui n’est autre que celui qui nous occupe.(3)

Déclarations de Victor Hissel lui-même, reprises dans le dossier répressif qui concerne, cette fois-ci, la Cour d’Appel, utilisées par Me Wilmotte pour tenter d’établir un lien causal entre l’attitude du père et les dommages psychologiques subi par son fils «en cours de construction ».

« Il est possible que d’avoir consulté soit une des causes multiples de la ruine de notre vie familiale » a déclaré Victor Hissel dans une de ses auditions.

A la base des troubles de personnalités de Romain, ajoute Me Wilmotte,  il y a aussi ces nombreuses disputes dont les enfants ont souffert et qui a provoqué le divorce des parents.

Est-ce qu’on se représente ce que c’est pour Romain des porter le nom de Hissel ?

Et Me Wilmotte termine : «Il aurait été tellement utile que Victor Hissel reconnaisse ce dommage qui existe par rapport à son fils».(4)

Quant au lien causal entre ce qu’aurait subi Romain et le comportement de son père, Me Gilissen va tenter de le démontrer afin d’assurer la recevabilité de la partie civile.

Le lien causal ?

Me Gilissen : « Il y a dans cette famille un problème», dit-il en reprenant les déclarations de la fille di Victor Hissel. « La famille portait un secret comme le fils portait sa croix (…)Il y a ce passage  où  on aime son papa que l’on respecte et où l’on découvre soudain que c’est un autre homme. »

« Qui peut nier que dans un domaine aussi sensible que la sexualité en train de se construireune découverte comme celle-là causerait un dommage ?Or on le nie puisque la défense conteste la légitimité de la partie civile ! »(5)

« Je ne doute pas de la souffrance de Victor Hissel, conclut Me  Gilissen, mais il faut quand même essayer, quand on a causé du dommage, d’en réparer les conséquences. »

12 mois d’emprisonnements !

L’avocate générale, Véronique Laurent, d’une voix calme, refait la chronologie depuis l’opération « Koala » de la police australienne qui avait repéré dans les films et les images d’un site pédopornographique « Young Video Model » deux filles mineures parlant flamand.  Les recherches se poursuivant en Belgique ont provoqué l’arrestation de leur père et du webmaster italien  chez qui on a retrouvé des centaines d’adresses e-mail dont celles de l’avocat liégeois  de Victor Hissel.

Une perquisition aura lieu chez lui et le 14 février 2008 il sera inculpé.

Des différentes déclarations faites par Victor Hissel lors de ses premières auditions, l’avocate générale retire :

« Il va reconnaître d’emblée. (6) Il dit aux policiers : je vous attendais. Il reconnaît avoir consulté ce site. Il emploie des mots clés.  Il tente de se limiter dans le temps et la durée. Il reconnaît consulter depuis trois ans. Il recherche les sites soft. Ses enfants se doutent…Il reconnaît que la consultation lui procure une certaine satisfaction… »

Des expertises psychiatriques elle reprend les conclusions : tendance à la victimisation, rejet de ses responsabilités sur l’environnement. Score élevé  sur l’échelle de la psychopathie et de la paranoia… »

Elle terminera en tentant de démontrer que les moyens de la défenses dans la procédure reflètent bien ces tendances, minimisation, banalisation, rejet des responsabilités, en stigmatisant la défense quand elle dénonce la violation du secret de l’instruction  et le procès inéquitable, l’écartement des auditions faites sans la présence d’un avocat et la contestation de la jonction du dossier du fils à son affaire.

Elle conclut en requérant 12 mois d’emprisonnement sans s’opposer, « à titre infiniment subsidiaire »,  à un sursis avec probation. (7)

Me Masset et Me Berbuto, pour la défense vont tous les deux répondre systématiquement à ces allégations de  » banalisation », de « victimisation », et de minimisation »

Je vous attendais !

Me Adrien Masset  part de là, de cette phrase prononcée par Victor Hissel au moment de la perquisition du 14 février 2008 : Me Hissel, dont le combat est à l’origine d’institutions comme Child Focus, mais connu principalement pour avoir soutenu les parents dans la recherche de leur filles qu’ils voulaient retrouver vivantes, a milité pendant plusieurs années en traversant des faits terriblement chargés émotionnellement. Et il y a eu cette chute, un comportement inadéquat, répété  qui ne pouvait que le mettre en porte à faux avec lui-même et son idéal, et effectivement il déclare : «  je vous attendais… », …pour enfin arrêter !

Il ne faut pas confondre la nécessité d’obtenir un procès équitable avec les mots «  banalisatoion » ou «  minimisation »

Premier point : Nous soutenons que nous avons été malmenés dans le cadre de cette procédure.

Au départ, dès l’inculpation le dossier était sous embargo judiciaire. La presse a cependant été avertie, par une source proche de l’enquête.  C’est quoi le secret de l’instruction ? C’est protéger quelqu’un de l’œil du public. C’est protéger la présomption d’innocence. Et on assiste à une sur- médiatisation.

Puis il y a cette jonction du dossier de Romain Hissel, sous le secret de l’instruction qui est instrumentalisé pour charger quelqu’un qui, dans ce dossier, est la victime. C’est la confusion.

On va chercher les déclarations de  l’ex-épouse, des enfants  pour lesquelles Victor Hissel n’a  même pas été entendu. En première instance, le dossier a été rejeté  au fond : mais les déclarations  évoqués avec fracas,  ont été entendues. Comment, alors que l’on veut l’ignorer, en faire abstraction ?  Le mal est fait !

Mais nous demandons de nouveau l’écartement du dossier de Romain Hissel.

Pour la presse qui agit comme si elle n’attendait que ça, c’est la grosse charge.

Il y a eu, au niveau du Parquet,  la communication à la presse que Victor Hissel était passé aux aveux. L’art. 57 du code d’instruction criminel exige l’accord du juge d’instruction.(8)

Il n’y avait pas d’accord de sa part, j’ose le dire clame Me Masset.  Que l’on me prouve l’accord du juge d’instruction qui a mis le dossier  sous embargo !

Deuxième point : nous demandons que soient écartés du délibéré les auditions de Victor Hissel faites sans la présence de son avocat.  Cela n’a rien à voir avec une banalisation quelconque. C’est la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg qui nous donne raison en ayant déjà condamné un état  pour cette carence qui rend la procédure inéquitable.(9)

Troisième point : Ce n’est pas parce que nous nions, à partir du texte de la loi, qu’il n’y a pas eu d’infraction qu’il y a banalisation. Où est la prévisibilité de la loi quand les termes invoqués n’y sont pas ?   La loi sur la protection légale des mineurs date de 2002. Le réseau Internet, le Web, existe depuis  1992. On ne peut s’appuyer pénalement sur les travaux préparatoires d’une loi pour combler ce qu’elle ne dit pas. Il y a une carence dans cette loi. Le constater  n’a rien à voir avec l’élément moral : on n’a jamais dit que Victor Hissel n’était pas conscient de la gravité de son comportement…

Mais visionner n’est pas télécharger. Visionner n’est pas posséder.

Si les policiers ont retrouvé des traces électroniques des photos, c’est qu’il ne savait pas que simplement en visionnant ces traces étaient conservées dans les fichiers temporaires, puisqu’il l’a dit : « j’effaçais les historiques pour ne pas qu’on les découvre ». Ces traces il ne les a pas téléchargée : leur inscription est automatique.

Posséder c’est user librement, avoir à sa disposition quand on veut, c’est être à même d’échanger ou de vendre, en faire commerce.

Nous avons pour nous la jurisprudence de la Chambre des mises en accusation de Gand, de la Cour de Cassation de France, pays où la loi a été justement changée.

La loi parle de « posséder », si l’on veut condamner il faut changer la loi.

Veut-on éradiquer la diffusion de la pédo pornographie sur internet ? Il faut dès lors couper les profits de ceux qui produisent, de ceux qui vendent. Et sans doute condamner ceux qui paient.

Victor Hissel n’a jamais payé. Si on ne paie pas il n’y a pas de marché.

Mais réprimer le consommateur n’est pas éradiquer le marché. En matière de stupéfiants voilà plus de soixante ans qu’on réprime le détenteur de drogue. Le Marché n’est pas éradiqué.
En matière de bien être animal, celui qui organise des combats de coq est condamnable. Le spectateur, celui qui assiste aussi : mais c’est dit tel quel dans le texte même de la loi !

Et sur la prévisibilité de la loi, que dit ’article 7 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme ?

«  Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d’après le droit national ou international. De même il n’est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’infraction a été commise. »

En ce qui concerne Romain Hissel

Constatons que l’expert désigné par le tribunal de première instance pour examiner le lien causal entre l’attitude du père et le dommage subi par le fils n’a pas encore procédé à cette expertise.

En cette absence nous posons la question : quels dommages ?

La partie civile parle du dommage causé à un jeune enfant en construction qui apprendrait que son père consultes les sites dont on a parlé.

La période infractionnelle allant du 1er janvier 2005 au 14 février 2008, il faut savoir que dans cette période le fils avait entre 16 ans et demi et 19 ans et demi. Et la loi reconnaît la majorité sexuelle à 16 ans.

Alors quand le fils apprend-il des choses sur son père ? On ne le sait pas ! Lorsqu’on nous parle de secrets de familles révélés à sa connaissance, cela date de 2008.

(à suivre)

___________________________________

(1) Commentaire 1 : On ne voit donc pas pourquoi certains journalistes  reviennent sur l’envoi de ces e-mails, hors prévention.

(2)Commentaire 2 : L’arbre qui cache la forêt. Peut-on dire que tout ceux qui ont regardé, ou mieux, photographié Victor Hissel lorsqu’il était étendu sur son trottoir après avoir été poignardé, ont participé à cette tentative d’homicide ? Je suis conscient qu’il faut absolument tout faire pour éradiquer l’exploitation sexuelle des enfants. Il y a des moyens pour y arriver. On lutte bien d’une façon extraordinairement plus efficace contre le piratage informatique, et pour la protection du droit d’auteur. Quelle est la politique vis-à-vis des serveurs qui hébergent ces milliers de sites pédopornographiques ? Qu’est-ce que les Parquets généraux ont fait des 19 CD-Roms remis par l’association « Werkgroep Morkhoven » comportant 80000 photos pédopornographiques sur lesquelles des enfants pouvaient être idientifiés et une vingtaine de prédateurs reconnus et inculpés ?  On n’en parle plus depuis que celui (Marcel Vervloesem) qui a obtenu ces CD-roms en dénonçant le réseau de Zandvoort a été inculpé de «détention de matériel pédophile»

(3) Commentaire 3 : Certains journalistes ont parlé de malaise dans la salle. Eux voulaient le situer au moment de la plaidoirie de Me Hirsch. Moi, je le situe au moment des plaidoiries des Conseils de Romain Hissel, avec le sentiment aigu qu’ils étaient un procès en avance, Romain Hissel devant comparaître le 30 mars 2011, soit  huit jours après  cette audience de la cour d’appel.

(4) Commentaire 4. C’est Victor Hissel lui-même qui a demandé le divorce  après avoir été poignardé par son fils, et suite à la réaction familiale. Ces coups de poignards, Me Wilmotte n’en a pas parlé du tout. Peut-être au prochain procès ?

(5) Commentaire 5: Le reste de la plaidoirie sera une série de variations sur le même thème contournant le fait que n’a jamais eu lieu  l’expertise demandée par le premier jugement du  tribunal de première instance, pour voir s’il existait vraiment un lien causal entre le comportement du père et les troubles de la personnalité du fils, inculpé également pour avoir violemment agressé sa soeur.

(6) Commentaire 6 : Victor Hissel a reconnu les faits d’emblée contrairement à ce qu’affirmait le commentaire de l’émission de la RTBF  » Devoir d’enquête » du 22 novembre 2010.

(7) Commentaire 7: Aussi pesant qu’ait été le rappel des faits, le ton impassible de l’avocate générale contrastait avec la dramatisation outrancière du réquisitoire de première instance qui apparaissait quasiment comme un règlement de compte. (Voir le compte rendu de l’audience du 2 septembre 2010, dans la rubrique Archives – cliquer sur Septembre 2010 – de ce Blog). Des éléments de ce réquisitoire mêlant des fragments du dossier du fils pour mieux salir le père ont été repris allégrement par une certaine partie de la presse à laquelle d’ailleurs, ce réquisitoire était destiné. Il n’est plus nécessaire pour un certain nombre d’acteurs de la justice de se défendre contre les intrusions de la presse, elle fait désormais partie de leur stratégie.

En novembre 2008, le substitut Dulieu a même partricipé à une émission française de la chaîne « Direct 8 » que l’on peut voir sur You Tube.Il s’agissait d’un reportage de la série « Présumé innocent ». Le sujet sur Victor Hissel, étant le troisième de l’émission, apparaît à 1h27’ en cliquant sur le lien http://www.youtube.com/watch?v=YIrfAZ8xWwI&list=SL

(8) Code d’instruction criminelle Art. 57   § 3. Le procureur du Roi peut, de l’accord du juge d’instruction et lorsque l’intérêt public l’exige, communiquer des informations à la presse. Il veille au respect de la présomption d’innocence, des droits de la défense des inculpés, des victimes et des tiers, de la vie privée et de la dignité des personnes. Dans la mesure du possible, l’identité des personnes citées dans le dossier n’est pas communiquée.

(9) Commentaire 8 : La Cour européenne des droits de l’homme a rendu le 27 novembre 2008 un arrêt, passé inaperçu, « Salduz contre Turquie », condamnant la Turquie au motif, notamment, qu’il y a eu violation du droit à être assisté d’un défenseur, combiné au droit à un procès équitable, reconnus par la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, à raison du fait que le requérant n’a pu se faire assister d’un avocat pendant sa garde à vue.

Et dans le journal LE SOIR du 21 janvier 2011 on peut lire sous la plume de Marc Metdepenningen écrivait dans le journal Le Soir du 21 janvier 2011 à propos de cet arrêt dit «  Salduz » : « Cet arrêt – qui impose la présence d’un avocat, dès la première audition, auprès d’une personne interpellée par les services de police – est pourtant un défi majeur pour notre pays, comme pour d’autres nations européennes : il met en cause le droit à un procès équitable que chacun est en droit d’attendre d’un Etat civilisé, fût-ce pour des incriminations mineures. »

INTERVIEW DE ROMAIN HISSEL dans le Ciné-Télé-Revue du 7 janvier 2011.

« Il faut qu’on arrête de fantasmer ou de supposer ceci ou cela » Romain Hissel.

« Ce qui m’a dérangé, c’est qu’on raconte n’importe quoi (…) Je parle pour éviter les malentendus, pour éclaircir un petit peu la situation… »

Voilà pourquoi le fils de Victor Hissel a accepté de parler à Thomas Longrie, journaliste de l’hebdomadaire Ciné-Télé-Revue.

Quatre pages de propos francs,lucides et courageux, parlesquels Romain Hissel montre une certaine maturité dans l’expression de nuances et une conscience de la complexité des causes. Ce que ne paraissent pas avoir saisi les auteurs des articles de presse (RTL-TVI, Agence Belga, Le Soir, La dernière Heure) qui parlent de cette interview pour n’en reprendre que des phrases tronquées,vidées de leur formulation  prudente,  et pour reconstruire, à leur manière, le portrait caricatural de Victor Hissel.

Donc,  dans ces bribes de presse, extraites de l’interview, presque émouvante de Romain, vous ne pourrez pas lire les trois passages où Romain parle de l’affaire Dutrouxcomme un des facteurs de déstabilisation et de souffrance,  puisque la recherche de Julie et Melissa accaparait complètement son père et le rendait absent, sans pouvoir, aux seuls moments rares où il était présent, se comporter vis-à-vis de son fils comme un père « normal ». Il y a aussi dans l’interview le moment où le journaliste lui demande :

 Avez-vous été abusé par votre père ?

Jamais. Là, je veux être clair, très ferme ! Il y avait des problèmes mais pas de cela ! Il n’a jamais eu de gestes de ce genre vis-à-vis de moi, ou envers quiconque à la maison.

Pour ne rien occulter (mais il faut lire l’interview dans son intégralité) Romain Hissel parle aussi de son trouble profond (mais pas « traumatisme ») pour avoir découvert à 7 ans une revue pédo-pornographique dans le fond du tiroir principaldu bureau de son père. Il parle aussi de ce qu’il a ressenti  des manières de s’exprimer de son père (« Il y avait des manières de s’exprimer, des allusions…Une espèce de posture par rapport au sexe qui ne me semblait pas normale. En fait ce n’était pas difficile de comprendre qu’il y avait un problème. D’une certaine manière, je crois pouvoir dire qu’il semblait le manifester avec une certaine fierté. Oui, je répète le mot fierté. Je dirais qu’il était fier d’être tordu. Pas en permanence ! Mais à certains moments ça se sentait… »),  mais il dit aussiavoir  appris vers 10-11ans que son père avait été abusé dans son enfance dans son environnement familial (  » Tout ça n’a pas été mis à plat entre nous « )Il mentionne  aussi des situations violentes ( «  pas fréquentes, mais le problème c’est que ça arrivait sans raison… »)

Ce qu’il y a,  c’est qu’il faut lire l’interview, mais la lire dans son intégralité, et suivre cette recherche hésitante, prudente et sincère du fils pour être vrai avec son ressenti, son vécu, et sa perception du père, qu’il devrait idéalement  compléter maintenant avec une vision plus interrelationnelle et globale de sa famille.

En finale,  je ne pourrais que reprendre un des commentaires fait sur le forum de RTL-TVI à la suite de l’annonce, dans le journal télévisé  du 5 janvier, de la séquence « Romain Hissel dit tout », annonçant l’interview dans Ciné-Télé-Revue.

Je respecte Romain Hissel comme je respecte son père Victor. Qu’il y ait eu d’énormes difficultés de communication entre son père et lui, je n’en doute pas. Mais à l’opposé de tout ce que les journalistes-justiciers ont dit du comportement familial de Victor Hissel, lors de son passage en correctionnelle (voir les journaux télévisés et la presse de l’époque, aux alentours du 2 septembre 2010), les déclarations de Romain ont pour conséquences de dédramatiser ou de dé-diaboliser son père. Selon le texte repris par RTL-INFO, il ne semble pas qu’auraient existé des faits particulièrement odieux qui auraient à justifier la gravité de l’acte contre le père. Je sais que dans la séquence du Journal de RTL, Romain parle du caractère violent de son père. Mais je ne mettrais pas ma main au feu pour dire qu’il n’y avait que son père qui était violent. En fait tous les psychologues de la famille, travaillant non pas sur les membres individuels mais sur la famille entière, savent que dans les relations familiales il n’y a pas nécessairement d’individualité qui serait la cause de tous les malheurs. Les psychologues de la famille disent : c’est le système familial qu’il faut élucider, sans nécessairement désigner de coupables ni d’un côté ni de l’autre. C’est une histoire familiale, faite de frustrations énormes (“ Mon père se consacrait plus à la recherche de Julie et Melissa qu’à sa propre famille” déclare Romain comme étant un point central qui n’a pas fait souffrir que lui). Histoire familiale comme des milliers d’autres, faites d’interprétations d’attitudes, faites de malentendus, de reproches rentrés, de violences ouvertes ou contenues, de souffrance débordante, de silences et d’isolements, de manques de communication, le tout rétrécissant véritablement les possibilités de vivre pleinement. Il fallait probablement une soupape, un geste. Peut-être pas celui-là. Les déclarations de Romain touchent de tellement près la vie quotidienne et presqu’anecdotique de milliers de familles, qu’on se demande pourquoi les journalistes veulent encore en faire des séquences télévisées gonflantes, comme celle que j’ai vue dans le journal RTL-TVI de 19h00 ? (Ghilidane)


Pour ceux qui n’étaient pas nés le 20 octobre 1996

La Marche Blanche du 20 octobre 1996 fut un événement extraordinaire.  Aucun sociologue n’est encore parvenu à expliquer comment une foule de plus de 350 000 personnes (Francophones, Flamands, et Personnes issues de l’Immigration) ont, ce dimanche là, marché dans Bruxelles sans qu’aucun travail de mobilisation n’ait été entrepris, si ce n’est un simple appel de Marie-Noelle Bouzet, après le dessaisissement du Juge Connerotte, par la Cour de Cassation, pour une marche « familiale » de solidarité avec les parents de Julie et Melissa et tous les parents d’enfants disparus. Sans prétendre pouvoir mieux expliquer, voici un texte qui fut écrit dans l’ambiance de ces années d’effervescence populaire, avec une sensibilité particulière, celle d’un membre de ce qui fut le  Comité de Soutien des parents de Julie et Melissa.

Extrait de « La révolution Blanche des journalistes ». Ed. Academia-Bruylant. 1999.Contribution de José DESSART.

CONFLAGRATION DES VALEURS  : PARENTS CONTRE INSTITUTION.

Le refus de voir  la réalité, de leur fille disparue, définie par l’institution judiciaire, le refus de se conformer au rôle préfiguré de victimes soumises et confiantes,  a placé  le combat des parents de Julie et Melissa  à un niveau paradigmatique. C’est bien une mise en cause de valeurs cruciales dans  les relations entre l’individu et la société qui s’est exprimée dans leur acharnement : c’était le refus de voir confisquée par l’institution judiciaire représentante  d’une société abstraite,  leur responsabilité parentale exprimant le lien vivant avec leurs enfants.  Il n’est pas inutile de transcrire ici un des  textes de la première  conférence de presse (le 7 février 1996 ) du Comité de Soutien des Parents de Julie et Melissa.

« Il va y avoir sept mois , Julie et Melissa disparaissaient sur un chemin de campagne de Grace -Hollogne, bordant l’autoroute Wallonie. C’était le 24 Juin  1995 entre 17hOO et 17H3O. Pour les quatre parents, Louisa et Jean-Denis Lejeune, Carine et Gino Russo, le temps et la vie se sont arrêtés à cette heure là de ce jour là. Depuis  ils livrent à chaque instant un combat  acharné pour qu’aucune recherche ne se relâche, pour qu’aucun effort ni aucune piste ne soient négligés, pour maintenir une pression constante auprès de l’Institution Judiciaire qui a pour mission de mener officiellement l’enquête. Mais plus ils s’acharnent, plus ils se sentent isolés et même exclus, parce que soupçonnés d’être trop acharnés, comme s’il y avait une mesure qui permette de juger de la « normalité » de l’espoir et de l’urgence dès lors qu’il s’agit d’enfants arrachés au bonheur. Actuellement , les parents doivent lutter contre la banalisation de l’enquête, puisque l’on retire des enquêteurs de cet exceptionnel dossier. La banalisation cela veut dire que l’enquête reposerait désormais sur le hasard et sur l’acceptation par tous qu’il est dans la  « normalité » de cette société que des enfants disparaissent, et  qu’il faille  admettre qu’il existe des trous noirs dans lesquels les enfants se volatiliseraient. La banalisation finirait même par faire  admettre une autre réalité selon laquelle Julie et Melissa n’ont jamais …existé ! »

Le Comité de Soutien s’était formé autour des parents par la signature par plus de 250 personnes d’un acte de proclamation selon lequel de simples citoyens, des journalistes, des médecins, des parlementaires, des professeurs d’université…affirmaient qu’il était fondé de croire, avec les parents,  que JULIE et MELISSA étaient toujours vivantes. C’était entrer en confrontation directe avec une autre réalité produite, avec l’aide d’un certain nombre d’autres intellectuels et de journalistes, par le système judiciaire lui-même, et selon laquelle JULIE et MELISSA avaient sans doute été tuées quelques jours après leur disparition. Le reste n’étant que du délire.   Deux réalités en opposition totale : celle des parents et celle de l’institution. Dans le débat télévisé organisé par l’émission « Faits Divers » (septembre 1995) à la fin de la discussion qui opposait déjà le Procureur Général au Parents concernant l’accès au dossiers, Carine RUSSO s’écriait : « Pendant que nous sommes en train de discuter les  arguments du pouvoir judiciaire nos petites filles  sont peut-être encore vivantes ! ». Mais en croisant les parents dans un Palais de Justice, un Procureur du Roi  leur  dit «  sincères condoléances »  ( on était à la fin du mois de novembre 1995). «  Pour le moment ma fille se dit : peut-être que papa me cherche ! » m’avait dit Gino RUSSO en décembre 1995.   Il faut se remémorer cette confrontation dans la conception de l’urgence, de la motivation  « à trouver », confrontée à la motivation « à ne pas trouver trop vite », bref ce choc frontal entre parents et institution  pour comprendre les enjeux sociaux de tout ce qui a suivi la découverte de la  réalité du 17 Août 1996 (les corps de Julie et Melissa).

On  peut  comprendre le choc émotionnel qui secoua la Belgique.  Mais même en se situant au seul niveau d’un fait divers horrible et d’une fin de vie atroce et sans espoir pour deux jolies petites filles, que l’on aurait pu sauver jusqu’en mars 1996, alors que Marc Dutroux, connu de la gendarmerie, de la magistrature et de la police judiciaire était en prison, on ne peut pas encore saisir le tremblement qui secoua la Belgique entière.

Si nous parlons encore aujourd’hui de ce traumatisme, c’est qu’il ébranla  et ébranle encore les fondements sociaux que sont les liens de confiances entre les citoyens et les institutions publiques. Ce n’est pas un hasard si le mot « citoyen » est revenu à la surface de toutes les prises de paroles : les individus en sont revenus à s’interroger sur l’origine et la fonction des pouvoirs et des institutions de service public et leur mission au service de la société.   Au delà de tous les stéréotypes que les intellectuels ont émis pour stigmatiser ces phénomènes sociaux qui les dépassaient (« La foule est versatile, vous savez. Elle est irrationnelle. C’est le lit de l’extrême droite ! »), il faut avoir la hardiesse d’analyser ces mouvements collectifs spontanés comme un appel à plus de démocratie et un appel à la restauration d’une parole institutionnelle capable de rendre  des comptes  et de se sanctionner. (Comme le dit Antoire Garapon dans la revue ESPRIT de déc.96 : «  La demande de sanctions qui a parcouru toutes les manifestations belges n’est pas une recherche débridée de coupables mais la revendication d’une responsabilité pour tous, y compris les décideurs politiques, les policiers et les juges. La sanction fait donc système avec ce langage renouvelé. Il faut que les promesses non tenues soient sanctionnées. Un langage sans sanction est voué à disparaître et à faire place à la violence.Pg146)   Mais il y avait beaucoup plus que cela dans ce large mouvement collectif de défi, même et surtout s’il fut silencieux comme la Marche Blanche du 20 octobre 1996. Il fut silencieux parce qu’il y avait trop à crier. Le couvercle écrasant des institutions venait de se soulever. En un jour, celui de la découverte des corps, l’impressionnante justice avait perdu sa façade , les citoyens  voyaient  l’envers du décor. Après la Marche Blanche des comités blancs ont été constitués essentiellement par d’anciennes victimes ou des parents de victimes de maltraitance sexuelle. Le nombre est considérable des personnes qui sont venu dire  que ce qui leur avait donné le courage de parler c’est qu’on avait découvert d’incontournables cadavres de petites filles et que le déni de l’impensable n’était plus possible. Du moins dans les jours, les semaines et les mois qui suivirent. Depuis, le couvercle étant retombé, les pouvoirs institutionnels ayant retrouvés leurs façon d’être et de fonctionner beaucoup sont retournés au silence.

LE BACKLASH.

Sous le prétexte d’éviter  la psychose collective, ou  la chasse aux sorcières, (entendez la chasse aux pédo-criminels), le processus de déni social de la pédo-crminalité s’est remis en place. Avant l’affaire Dutroux il était devenu évident pour tous les travailleurs sociaux spécilalisés dans le domaine du secours à l’enfance que les déclarations d’enfants se décrivant au centre de maltraitances sexuelles étaient vraies dans 99% des cas. On disait «  il faut entendre l’enfant, il faut l’écouter », on a même mis en place des structures d’écoute avec enregistrement  afin de ne pas traumatiser secondairement l’enfant par des répétitions inutiles qui lui donnent l’impression très vite qu’on ne le croit pas. Actuellement on est revenu 30 ans en arrière : la suspicion n’a jamais pesé aussi lourdement sur les témoignages d’enfants et le témoignage de victimes devenues adulte. Cela se passe dans un système de réaction sociale très puissant que l’on appelle le BACKLASH (le retour du fouet) et qui s’efforce de dissiper, de dénier tout ce qui touche à l’impensable collectif, et à accuser tous ceux qui sont à l’origine de ces révélations de délire, de folie, de fausse mémoire, de manipulation voire de complot.   Ce phénomène a déjà été étudié par les sociologues (MOTTL, 1980) comme un contre- mouvement souvent focalisé sur la réduction d’un phénomêne social à la seule accusation d’hystérie collective, et dont les critiques s’exercent plus sur la forme que sur le contenu (on préfère accuser quelqu’un zèle intempestif, d’ influençabilité ou de manipulation  que d’examiner le contenu). Ce contre-mouvement tend à rétablir la situation du système (familial ou social ou institutionnel) d’avant les révélations de « l’impensable ». Ce phénomène de backLash est apparu très vite avec l’affaire Dutroux et Consorts. Les premiers enquêteurs de Neufchâteau (les seuls qui aient réellement mis Dutroux et ses complices hors d’état de nuire en sauvant deux jeunes filles) ont été traités de «chevaux fous» ou de  « chevaliers blancs » avec une pointe d’ironie.  Le téléphone vert de Neufchâteau fut traité de « torrent de boue », de « téléphone-délation »  et tous les témoignages arrivés par ce canal considérés comme le résultat d’une psychose collective. Tous les témoins qui avaient vu Nihoul quelque part en Belgique furent considérés comme exprimant des fantasmes.  Le fait même de la médiatisation très importante de toute l’affaire  Dutroux et Complices fut le prétexte  de la décrédibilisation des témoins, la plupart sinon tous les témoignage étant réduits à la conséquence soit d’une hystérie soit de fausses mémoires. Il est évident que cette réaction simplificatrice à l’extrême, ne touche que les témoignages qui concernent la pédo-criminalité. Dans tous les autres domaines criminels  on continue à travailler avec  des  appels à témoins fait par les autorités judiciaires à l’aide de la télévision. Par exemple  la cellule d’enquête de JUMET, sur les tueries du Brabant,  pendant que sont niés les témoignages sur les pédo-criminels réduits à l’état de fausse mémoire induite par des thérapeutes,  diffuse largement des portraits robots de tueurs obtenus sous hypnose dans l’espoir de faire progresser les enquêtes.    Et cela n’a pas été sans  entretenir certains paradoxes vicieux : « puisqu’il n’y a pas de réseaux, il n’y a pas besoin de vérifier s’ils existent, d’autant plus que ça demanderait des moyens appropriés à la découverte des réseaux ; et puisque on n’a toujours rien trouvé sur les réseaux c’est bien la preuve qu’ils n’existent pas ».

J.D. 1999   (P.S.  2010 : aujourd’hui, s’agissant de la mise en cause des prêtres pédophiles dans l’Eglise Catholique, plus aucun organe de presse ne remet en question la validité de près de 500 témoignages de victimes : on a bien progressé !)

VICTOR HISSEL ECRIT AU SOIR MAG

Au départ il s’agissait d’une inculpation pour « détention d’images pédo-pornographique »  ce qui doit encore être l’objet du jugement de la 8ème chambre du tribunal correctionnelle de Liège.

Comment se fait-il qu’après avoir été victime d’une tentative de parricide, environ un an après son inculpation,  Victor Hissel soit devenu un « tyran violent »,  dont la plupart des médias, le Soir Magazine et l’émission « Devoir d’Enquête » de la RTBF en tête, se sont donnés pour mission de scruter les aspects les plus noirs en prétendant révéler au public sa « vraie » personnalité.

On peut se demander ce que devient le journalisme judiciaire quand autant de rumeurs, ragots et bribes de dossiers complètement décontextualisés sont cencentrés, non pour faire de l’information – pour moi faire de l’information, c’est proposer au public une certaine dose d’objectivité-,   mais pour nuire, détruire,  voire lyncher un homme.

La psychologie des journalistes « justiciers » devrait être étudiée. Le pouvoir médiatique se double trop souvent du pouvoir de punir, de faire expier. Certains vont plus loin et semblent même régler des comptes. Et dans la plupart des cas, animés par la volonté moralisante de dire le vrai et le faux, le bien et le mal, les journalistes « justiciers » se comportent en alliés objectifs du ministère public, sans grand esprit critique et au risque de perdre leur objectivité et indépendance.

Et cela apparaît de façon éclatante dans  l’affaire Hissel, où, à la suite du parquet dans l’audience publique, des bribes de phrases extraites des auditions contenues dans le dossier de Victor Hissel, ainsi que dans le dossier du fils (dossier toujours sous embargo, si j’ai bien noté !) sont exploitées médiatiquement, isolées de tout contexte.

En plus dans les phrases reprises par les journalistes, il y a des erreurs grossières. Et je me pose la question déontologique : le fait que ces phrases aient été livrées par le premier substitut, à l’audience, suffit-il aux  journalistes à faire l’économie d’une véritable investigation critique et à se disculper où à légitimer leurs erreurs ?

Le droit de réponse de Victor Hissel au Soir Magazine  vient d’être publié dans le N° 4085 du 6 octobre 2010. Pour ne pas vous obliger à acheter l’hebdomadaire, en voici la lecture sur ce blog. Une véritable leçon de déontologie journalistique. J.D.

DROIT DE REPONSE AU SOIR-MAGAZINE

Par la présente, je vous prie de bien vouloir insérer, conformément à la loi (dans les 3 jours, sous les mêmes formes, caractères et pages) le droit de réponse suivant, à l’article publié sous la signature de Sarah RASUJEW, dans votre numéro du 8 septembre 2010.

« Sans vouloir nécessairement chercher des excuses, ou banaliser les faits qui me sont reprochés, je m’impose de réagir à votre article, parce que les faits sont les faits, et que la vérité a ses droits.

En tant que journaliste relatant une affaire judiciaire en cours, il vous appartient de contrôler vos informations et de vous limiter à une relation fidèle et exacte.

Il est inacceptable que vous vous autorisiez à induire le public en erreur par des accusations ou par une relation des faits dépourvus de preuves même sous couvert d’un article sur ma personnalité.

Or, à de multiples reprises, vous vous en prenez à ma personne en publiant des informations inexactes assorties de commentaires tendancieux.

L’article sous rubrique, intitulé « Le côté obscur de Victor Hissel » et sous-titré « l’avocat des parents de Julie et Mélissa en correctionnelle », fourmille de contre-vérités, mensonges, amalgames et approximations que je ne puis toutes laisser passer.

J’épingle successivement les plus inacceptables, en suivant le texte d’origine :

1.

Vous affirmez à mon propos sans preuves qu’ « A l’époque de l’affaire Julie et Mélissa, il parle de protections au sein de la magistrature jusqu’à son sommet » et que « Lors de plusieurs plaidoiries, il porte des accusations graves sur des magistrats, ce qui lui vaudra une surveillance accrue du bâtonnier de l’époque ».

 

C’est faux et vous ne trouverez aucun exemple pour étayer cette affirmation purement gratuite.

Si j’ai une seule fois signalé à la Cour d’Appel de Liège les accusations portées par le rapport de Mme Eliane LIEKENDAEL, alors Procureur Général à la Cour de Cassation, contre un magistrat de Charleroi, cela relevait  de mon devoir de conseil de ma cliente dans une affaire étrangère à celle que vous évoquez dans votre article..

Aucun des bâtonniers successifs en charge pendant l’affaire Julie et Melissa n’acceptera de cautionner  l’affirmation gratuite et diffamatoire, totalement contraire aux faits selon laquelle j’aurais été mis sous surveillance, et vous le savez.

2.

Vous affirmez qu’:

« il avait également été interdit de participer à des débats télévisés … » : C’est FAUX

Je n’ai été interdit de participer à aucun débat télévisé ; j’ai en revanche  accepté à plusieurs reprises de me ranger à l’avis de mes bâtonniers de l’époque de m’abstenir d’y participer, ce qui est autre chose.

3.

Vous vous contentez de ragots et vous oubliez de dire à vos lecteurs que vos informations sont des témoignages de deuxième voire de troisième main.

Ainsi vous affirmez

«  …après avoir été intercepté en train de faire des photos dans le jardin d’un voisin de Marc DUTROUX » : FAUX

Je n’ai jamais été intercepté où que ce soit, et j’ai encore moins fait quelques photos que ce soit. Ces soi disant informations ne se sont évidemment jamais vérifiées !

« il était fortement soupçonné d’avoir lui-même fait subir de tels actes au frère de son épouse alors que ce dernier était âgé de 12 ans » : C’est FAUX

Je n’étais à cette époque soupçonné de rien, car il n’y avait matière à aucun soupçon.

Je conteste avec force cette affirmation unilatérale, livrée par le parquet à partir d’un dossier où je suis victime de faits graves, toujours sous embargo, et à l’instruction.

Je n’ai d’ailleurs jamais été entendu à ce propos ni par le Juge d’instruction, ni par les enquêteurs, qui ne l’ont manifestement pas jugé utile.

Cette accusation, contestée parce que fausse, n’est du reste apparue pour la première fois dans la presse que le lendemain de mon agression du 9 avril 2009, soit près de 14 mois après mon inculpation, et plus de 14 ans après l’enlèvement de Julie et Mélissa.

4.

Selon vous je serais – « …un homme qui se serait (ce cher conditionnel, qui permet toutes les insinuations) comporté en « tyran domestique ». Il aurait ainsi frappé celle qui est aujourd’hui son ancienne épouse et son fils. Des scènes d’une violence inouïe sont décrites »

Où ces scènes, et cette violence inouïe, sont-elles décrites ? Certainement pas dans le dossier à ma charge. Et pas davantage dans celui à charge de mon fils. C’est ainsi que vous me voyez ? Mais alors dites-le. Dites qu’il s’agit de votre appréciation personnelle !

Je le conteste absolument.

5.

Vous parlez de mes enfants pour affirmer « qu’ils auraient découvert une « revue pédopornographique » cachée dans mon bureau… » et que «  des voisins auraient écrit une lettre dans laquelle ils se plaignaient de [mon] comportement de voyeur »  …

A nouveau, il s’agit d’affirmations unilatérales et contestées, fondées peut être sur des éléments tirés d’un dossier étranger à ma cause, que je ne connais pas, et sur lesquels je n’ai pas même été entendu, et n’ai pu me défendre.

Lors de la perquisition à mon bureau, les enquêteurs n’ont saisi que mon ordinateur, et rien d’autre !

Rien ne vous autorise à utiliser le conditionnel pour présenter des contre-vérités.  Du reste, dès lors que vous désignez des personnes, le conditionnel perd son caractère de conditionnel aux yeux des lecteurs.

6.

J’ai selon vous «  … consulté près de 7.500 images pédophiles … »

Si vous aviez poussé vos investigations, vous auriez appris qu’il  s’agit de traces dans les ITF, les internet temporary files, qui s’inscrivent automatiquement dans l’ordinateur.

Je n’ai donc évidemment pas vu 7.500 images pédophiles, j’ai vu et j’ai toujours reconnu en avoir vu quelques-unes, les autres s’inscrivant automatiquement.

J’aurais, toujours selon vous, «  …selon [mes] propres aveux, visionné des images avec des viols de bébés … » :

J’ai toujours affirmé, dès ma première audition, et sans être contredit par l’enquête,  que je ne cherchais pas ce type d’images Il est facile de sacrifier à la vérité des faits pour faire du sensationnel.

Quant aux «  … deux mails… » dans lesquels j’aurais demandé «  d’autres vidéos de Nadia » :

Vous vous deviez d’informer vos lecteurs que le parquet a demandé des enquêtes complémentaires  sur ce point particulier, qui ont été strictement négatives. J’ai dès lors bénéficié d’un non lieu à ce sujet, sur réquisitions du parquet lui-même, comme sur le fait que j’aurais payé !

7.

J’ai selon vous – «  … d’abord prétendu, avant de (se) raviser, les avoir consultés pour des raisons professionnelles … »

A elle seule cette accusation est significative de votre volonté de me nuire. Elle est fausse et la prudence la plus élémentaire exigeait que vous examiniez tous les documents dont vous prétendez tirer les informations. Dès ma première audition devant le juge d’instruction, j’ai admis que les consultations n’avaient aucun rapport avec ma profession.

J’ai encore voulu «  …banaliser  et minimiser  les faits … » :

Mes avocats ont suffisamment expliqué que contester l’infraction pénale, par défaut de texte de loi la prévoyant, ne signifie nullement une banalisation ni une acceptation des faits eux-mêmes. Les lecteurs sont peu au fait des textes pénaux et de la procédure pénale, il vous était loisible de demander des explications à mes avocats et le cas échéant à confronter leurs réponses  à celles du Procureur, sauf si évidemment vous faites état de votre opinion personnelle, auquel cas il fallait le dire.

8.

Vous vous revendiquez des rapports des experts pour affirmer que je  « présenterai(t) un risque de passage à l’acte »

Les rapports des experts ne contiennent aucune analyse de cet ordre ! C’est de l’invention pure, de l’affabulation.

Au contraire, les experts affirment clairement, chacun de son côté, que je ne présente aucun danger pour autrui. Ici encore la plus élémentaire correction exigeait que vous examiniez tous les documents dont vous prétendez tirer les informations

9.

Vous affirmez que «  sur le net, il se faisait appeler Vicky »

Comme je l’ai moi-même indiqué spontanément aux enquêteurs, qui ont pu le vérifier à loisir, il s’agissait du mot de passe (Vicki, avec i) pour accéder au site de conversation des fans d’une grande joueuse de tennis. Les enquêteurs ont dûment vérifié que je ne disposais d’aucun autre pseudo.

Vous tenez assurément cette « information »  d’une partie civile,  et dans ce cas il vous appartenait de préciser à vos lecteurs le caractère univoque de votre source.

Vous semblez avoir bafoué les principes élémentaires que doit respecter un journaliste qui rend compte dans un article d’une procédure judiciaire en cours et de ses protagonistes.

Vous avez induit les lecteurs en erreur sur les faits, l’objectivité- mais peut-on vous demander tant- vous imposait d’exposer les différents points de vue et éventuellement de permettre au lecteur de faire la différence entre accusation et défense.

Victor HISSEL »

Je gage, Madame, Monsieur, qu’au vu du nombre et de la gravité des erreurs commises, vous aurez à cœur de publier le présent droit de réponse in extenso, et sans commentaire.

A défaut, je me devrai d’envisager le recours aux moyens que la loi me donne pour rétablir la vérité, et mon honneur, bafoués allègrement par cet article.

DECLARATION FINALE DE VICTOR HISSEL, lors de l’audience du 2 septembre 2010 devant la 8ème Chambre du Tribunal Correctionnel de Liège

Encore une fois je n’excuse pas les faits incriminés à l’encontre de Victor Hissel.

Mais je laisse au tribunal, et à lui seul, dans la mesure où c’est l’instance, maintenant, la mieux informée,  ce droit de juger que bien d’autres veulent à tout prix s’arroger, au mépris de l’objectivité et à force d’inexactitudes, d’amalgames, de formules suffisamment ambiguës pour laisser penser que Victor Hissel  est « bien  plus noir qu’on ne le pensait ».

Que dire aussi des avis émis dans la plupart des forums « on line », qui, quoique soumis à modération, donnent libre cours au populisme le plus sordide, à la délation, à la calomnie, au délit de sale gueule (« A vomir », « Il a toujours eu l’air louche »,  « Sale Type », « Fumier », «  Il faut le castrer », «  Quelle horrible vie ont dû vivre ses deux enfants, son ex femme ? », « C’est pas pour rien qu’il a si mal défendu les parents de Julie et Melissa », «  Ce n’est même pas un être humain… »…etc…)

Face à ce déferlement, il m’a paru important de permettre la lecture intégrale de la déclaration de Victor Hissel, qui a eu la parole en dernier lors de l’audience du 2 septembre.

J’ai partagé avec Victor Hissel le même combat – quoique sur des fronts différents – dès la fin de 1995,  puisque la création du Comité de Soutien des parents de Julie et Melissa  date de cette époque. C’était bien avant la Marche Blanche, lorsque nous n’étions  pas encore  très nombreux à rechercher les petites filles. Je peux témoigner avec force que ses paroles sont justes et profondément sincères.

Ceci est mon procès.

Mes avocats viennent de vous donner tous les éléments utiles à ma défense.

Je répète, comme je le dis depuis le début, que je n’ai pas téléchargé ni payé. J’ai obtenu deux non-lieux sur ces préventions.

J’ai reconnu depuis le premier jour que j’ai regardé des images et des sites que la morale réprouve.

Je ne cherche pas d’excuses, je n’en ai pas.

Je regrette ces faits, je regrette d’avoir déçu ceux qui me faisaient confiance.

Mais je tiens aussi à dire ici qu’à quelques exceptions près, j’ai conservé la confiance de tous ceux que j’ai défendus pendant toutes ces années, bien avant Child Focus, seul contre presque tous.

Je suis triste et malheureux de ce qui s’est passé depuis 2005.

Je suis triste et malheureux d’avoir gâché la vie de ma famille.

Je le suis aussi d’avoir mis en péril ma carrière et ma vocation d’avocat.

Mais je suis déterminé à me battre pour sauver ce qui peut encore l’être, avec mes conseils, avec mes proches, avec mes amis, avec mes confrères.

Je suis un battant dans l’âme, et il en faut beaucoup pour m’abattre.

Croyez-vous que j’aurais pu tenir toutes ces années de galère, de combats, de vindictes et de jalousies de toutes sortes, sans une solide dose de résistance ?

Quand le désespoir m’envahit, je pense à mon père, qui a résisté pendant 25 mois dans les geôles nazies, qui ne pesait plus que 35 kilos à 36 ans quand il en est revenu miraculeusement, délivré in extrémis par les Anglais. Sans cela, je ne serais pas ici aujourd’hui.

Et vous savez, si j’étais mort le 9 avril 2009, je serais mort innocent !

Mais je suis toujours en vie, et bien décidé à le mériter.

Si j’avais la certitude que votre tribunal suivra mes avocats, je me tairais maintenant.

Mais il y va de ma survie, de mon avenir, et de celui de mes enfants.

Alors, je voudrais encore vous dire quelques mots.

Savez-vous que depuis mon inculpation, au mépris de tous les principes fondamentaux que mes avocats ont développés tout à l’heure, je ne suis plus désigné comme curateur, alors que je n’ai jamais eu le moindre problème sur ce plan ? Uniquement à cause de l’émoi consécutif au déferlement médiatique qui a suivi mon inculpation, et au fait d’un président qui a profité de l’occasion pour régler ses comptes à mon égard.

Savez-vous que de nombreux clients m’ont tourné le dos, non pas pour ce qu’on me reproche, mais par crainte de perdre leur procès à cause de ce qu’on a dit de moi, par crainte de la perte de crédibilité vis-à-vis des tribunaux ?

Savez-vous que ma vie familiale et personnelle a été bouleversée à la suite de ces événements ? Savez-vous les souffrances de mes enfants et de mes proches ?

Savez-vous que je dois tous les jours affronter le regard des gens, où que j’aille en Belgique, qui me reconnaissent et m’interrogent en silence ?

Savez-vous les heures et les jours de souffrance muette, les matins difficiles et les journées sans fin, les moments de désespoir, la nécessité de travailler quand même, l’impérieuse obligation d’être en forme pour défendre ceux qui me gardent leur confiance, celle de paraître bien quand on est au plus bas, celle de sourire quand on n’a envie que de pleurer ?

Savez-vous le regard sur la ruine de ma vie personnelle, familiale et professionnelle ?

Savez-vous comment encore y croire, quand tout se dérobe, quand s’écroulent toutes les certitudes ?

Je ne veux pas jouer la montre.

Ma défense ne peut pas être une affaire de temps.

Vous voulez comprendre, pour pouvoir juger.

Vous avez sur votre bureau deux dossier : le mien, et celui de mon fils.

Mais pour bien tout comprendre, il en faudrait un troisième, celui de l’affaire J et M, qu’on aurait pu joindre aussi. Vous y trouveriez  des tas de choses.

– vous y verriez des parents désespérés, cherchant vainement leurs deux petites filles disparues, des parents qui avait une urgence qui n’était pas celle de la Justice. Leur angoisse indicible et quotidienne, leur volonté tenace de retrouver leurs petites filles de huit ans vivantes, alors que tous les disaient mortes. J’ai voulu les aider de toutes mes forces, de tout ce que je suis. Mais j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y verriez aussi mes enfants, désemparés, qui avaient l’âge des petites quand elles ont été enlevées, et qui avaient peur qu’on les enlève aussi, pour nous punir de mes engagements.

Leur mère avait peur tous les jours pour eux. Elle me reprochait d’avoir préféré les enfants morts des autres à mes propres enfants en vie. Je ne les ai pas suffisamment protégés. Mais j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y verriez mon épouse, qui était alors ma secrétaire, qui devait vivre tout cela à mes côtés, et supporter ces horreurs. J’étais écartelé entre mes devoirs de mari et de père, et ma mission de conseil des parents. Sans parler de la nécessité d’assurer la subsistance de ma famille. J’ai cru pouvoir assumer le tout. Mais j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y auriez vu l’absence de mes amis, parce que je n’avais plus le temps de les rencontrer, de les recevoir, de les rassurer. Car j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y auriez vu l’absence de ma famille, de ma mère, de mes frère et sœurs, et de leurs enfants, que j’ai du délaisser pour des raisons qu’il est trop difficile de dire ici.  J’étais tout seul, et c’était mon tort.

– vous y verriez aussi mes clients, dont j’étais l’ultime recours, qui attendaient que je les aide comme les parents de J et M. Mais j’étais seul face à toutes ces détresses, et c’était mon tort.

– vous y trouveriez la Justice, avec un grand J, que j’ai du combattre jour après jour, et nuit après nuit, pour lui faire admettre l’évidence de la situation, et qui n’en voulait pas.

Et la police, et la gendarmerie, qui ne faisaient pas leur travail, qui avaient des agendas et des dossiers cachés. Et moi, j’étais seul face à cette machine, et c’était mon tort.

– en un mot, vous trouveriez dans ce troisième dossier toutes les horreurs qui m’ont sapé petit à petit, qui m’ont remué et bouleversé jusqu’au tréfonds de l’âme. Vous y trouveriez mes urgences, mes peurs et mes espoirs, mes actions de toutes sortes et mes échecs multiples et désespérés. Vous y trouveriez ma propre impuissance, ma grande désespérance et mes rares conquêtes sur l’adversité. Vous y trouveriez ma lassitude devant l’inanité de nos efforts, mon découragement face à l’impossible, ma douleur devant l’inéluctable et ma souffrance infinie de n’avoir pas pu rendre les petites vivantes à leurs parents.

J’étais seul, et c’était mon tort. Mais je vous jure que mon combat était sincère.

Et, malgré mon échec, ma conviction est entière : J et M savent bien que j’ai fait tout ce que je pouvais, et bien plus encore, pour les rendre vivantes à leurs parents.

Mais on ne sort pas indemne d’une telle épreuve, on n’est plus le même après qu’avant.

A vous de voir maintenant comment et pourquoi j’ai trébuché après cette épreuve sans nom, comment et pourquoi je me suis alors isolé plus encore, et que je me suis réfugié dans la fuite qu’il vous faut juger aujourd’hui.

Aujourd’hui, heureusement, tout a changé, je ne suis plus seul.

J’ai pris conscience de ma fragilité, j’ai accepté de regarder ma vie en face, j’ai pris en charge mes peurs et mes faiblesses.

Je me défends, et je suis entouré.

Je suis encadré, et je bénéficie du soutien d’un éminent professeur en psychologie, spécialiste de ces problématiques, qui m’a aidé beaucoup.

Je travaille autant que je peux, grâce au soutien de beaucoup ;

J’ai la confiance des tribunaux, de beaucoup de confrères et du barreau, de mes clients et de mes amis.

J’ai le désir chevillé au corps de rester l’avocat que j’étais et que je suis, et j’ai l’espoir de pouvoir continuer à défendre tous ceux qui m’accordent leur confiance.

Je regrette sincèrement ce qui s’est passé, et, puisque je suis toujours vivant, je veux pouvoir un jour réconforter tous ceux que j’ai pu décevoir.

VICTOR HISSEL

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VICTOR HISSEL : un procès inéquitable.

Une sur-médiatisation

Il faut savoir que les premiers enquêteurs  ont relevé le nom d’au moins vingt belges dans les ordinateurs des sites pédopornographiques visés par  l’opération KOALA ( octobre 2007). Ces noms ont été ventilés dans les différents arrondissements judiciaires en Belgique. Les parquets concernés n’ont jamais diffusé qu’un seul nom, avec même des éléments du dossier, en viol caractérisé du secret d’instruction : celui de Victor Hissel. Des autres ( 2 dans l’arrondissement judiciaire de Liège), on ne connaît que les initiales dans un entrefilet de presse. Et cela se justifie : on ne veut pas les détruire ni familialement, ni socialement, ni professionnellement.

Pour Victor Hissel, depuis quatre jour après son inculpation (14 février 2008) c’est la curée, le pilori, la chasse aux sorcières. Sa vie familiale, sociale et professionnelle : à jeter au bac, à détruire de fond en comble.

Et à lire la presse au lendemain de la dernière audience du 2 septembre 2010, c’est le grand déballage médiatique : toute la vie privée de Victor Hissel y passe, avec amalgames, rumeurs et demi-vérités. Sans parler des forums « on line » qui, derrière ces articles de presse, laissent libre cours à l’expression de commentaires qui relèvent du populisme le plus sordide avec délit de sale gueule, dénonciations et même menaces de mort !

La presse, bénéficiant de fuites caractérisées du dossier de Victor Hissel ainsi que du dossier de son fils, Romain Hissel, inculpé de tentative de parricide, n’a pas manqué de divulguer des éléments épars et fragmentaires, utilisant le dossier du fils pour rendre l’image du père plus abjecte.

Ce qui s’est passé à l’audience du 2 septembre n’est pas plus neutre.

« Nous sommes comme des archéologues ! » ( Me Jean-Louis Gilissen)

Se disant dûment mandatés, les avocats du fils, Me Wilmotte et Me Gilissen,  ont justifié leur constitution de partie civile au procès du père par une volonté de comprendre de la part de leur client.

Comprendre le préjudice subi de par le comportement du père, en rapport avec les faits incriminés. « Et il y a un lien !» affirmait Me Jean-Louis Gilissen, sans jamais préciser de quel ordre pouvait être ce lien, se référant simplement à quelques fragments du dossier du fils, que le parquet avait jugé bon de déposer « pour information ».

« Nous sommes comme des archéologues qui reconstituent un squelette à partir de quelques ossements. » En livrant, à partir d’un dossier qui n’a pas encore été jugé, dans lequel Victor Hissel est la victime de son fils, et n’a jamais été entendu, quelques éléments épars, fragmentaires, et non soumis à débat contradictoire,  Me Gilissen, qui a précisé «  ne pas vouloir accabler le père », laissait donc au tribunal et à la presse, présente à l’audience,( «  Eh, je m’adresse à la presse ! » s’est-il exclamé), le soin de reconstituer le squelette de l’horrible personne que pouvait être  Victor Hissel, pour avoir suscité le geste de son fils. C’est ainsi qu’à lire les comptes rendus de presse on se trouve plutôt devant le squelette d’un monstre préhistorique que d’un homo sapiens «  Un tyran violent ! », titrait une chaîne de télévision privée sur son site info-on line. Et aux lecteurs est laissé le soin de remplir les vides et de reconstituer le puzzle : « Un lourd secret familial », « une lettre des voisins », « une revue pédopornographique dans un tiroir »…

Comment même ronger des os aussi friables, car rien n’a été jugé, rien n’est établi dans le dossier du fils, si ce n’est la tentative de parricide.

L’archéologie est une toute autre science, que la création d’anachronismes et d’amalgames. Et je ne suis pas sûr que les avocats du fils lui aient vraiment rendu service.

Le Ministère Public, lui, en la personne de Philippe Dulieu, a été plus explicite, ne citant que des extraits à charge à partir du même dossier du fils, sur lequel, Me Adrien Masset l’a fortement souligné, malgré les dénégations du substitut, il y avait embargo exigé par le juge d’instruction. « Je me démarque de la partie civile pour dévoiler certains contenus » a-t-il proclamé « car l’éclairage de la famille est important parce qu’elle a déclaré n’avoir pas dit toute la vérité lors de l’inculpation du père ». Et là c’est, comme le titre de Sud Presse le dit en gras : «  Le grand déballage »

L’IRRECEVABILITE DES POURSUITES, posée par Me Adrien Masset

Victor Hissel fut un artisan, un pionnier du droit des victimes. Mais jamais aux dépens du droit des prévenus. Comme inculpé il a droit

comme tout justiciable à un procès équitable.

« Les parties civiles, dira Me Masset, ont déclaré vouloir comprendre et ne rien dire à partir d’un dossier toujours à l’instruction et dont la jonction au procès avait justifié le huis clos partiel. Mais les avocats du fils n’ont fait qu’appâter le chaland en renvoyant chacun à des points d’interrogation. Quant au ministère public, si ce n’est pas vouloir lyncher l’inculpé, il aurait dû s’y prendre autrement, que d’utiliser des éléments d’un dossier dans lequel Victor Hissel est la victime, dans lequel les éléments à charge, sont « une » version donnée par certains, non pas après l’inculpation du 18 février 2008, mais après que le fils ait été incarcéré le 9 avril 2009. C’est un dossier sous embargo et dans lequel Victor Hissel lui-même n’a jamais été entendu ! C’est une atteinte majeure à la notion de procès équitable. Si ça, ce n’est pas du lynchage …. »

Etant donné une addition de transgressions de ce qu’aurait dû être une procédure équitable, Me Adrien Masset pose la question de la recevabilité des poursuites. Je résume :

  • d’abord le viol caractérisé du secret de l’instruction concernant l’inculpation de Victor Hissel. On ne sait pas qui en est l’auteur. Mais ça doit se passer dans les institutions judiciaires liégeoises ;
  • après le dépôt de ses réquisitions, le parquet demande encore à la Chambre du Conseil des devoirs complémentaires concernant des éléments déjà constatés : à l’envoi, par Victor Hissel, de deux e-mails retrouvés dans l’ordinateur des producteurs d’un site incriminé, il n’y a eu aucune suite ;
  • le choix de la 8ème chambre correctionnelle qui a déjà statué, avec les mêmes juges, sur une inculpation similaire. Un cas n’étant pas l’autre, il a été demandé que ce soit une autre chambre qui examine le dossier de Victor Hissel : refusé ;
  • les demande d’audition de témoins : refusées ;
  • et enfin et surtout deux décisions du tribunal qui ne pourraient être que des pièges qu’il sera extrêmement difficile pour ce même tribunal d’éviter lorsqu’il rendra son jugement, à savoir :
  • le huis clos partiel qui a été décidé lors de l’audience du 24 juin et qui était demandé essentiellement parce que le Parquet avait déposé « pour information » le dossier du fils de Victor Hissel, accusé de tentative de parricide. Comme ce huis clos n’est que partiel et que l’audience du 2 septembre est publique et que la presse y assiste, cette décision de huis clos est complètement vide de sens ;
  • une deuxième décision du tribunal est « piégeante », a précisé Me Masset, c’est justement l’acceptation du dépôt du dossier du fils, alors que le Juge d’Instruction Doyen l’avait mis sous embargo.Dès lors un exercice quasi-surhumain sera demandé au tribunal : mettre de côté ce dossier, faire comme s’il n’existait pas, faire comme si on n’avait rien entendu, afin de s’en tenir aux faits incriminés et à la période infractionnelle qui va, non pas de la naissance du fils à maintenant, mais de 2005 à 2008.

C’est ainsi que  Me Adrien Masset a pu en revenir à la  question de base et demander au tribunal de se prononcer sur l’irrecevabilité des poursuites en raison d’un procès inéquitable.

L’instrumentalisation du fils.

A la lecture de la presse du 3 septembre on constate combien les journalistes, qui ont quand même une certaine expérience du judiciaire, sont tombés dans le panneau en prenant tous les éléments cités à partir du dossier du fils comme argent comptant. Cela apparaît aussi bien dans le corps de leurs textes que dans les titres. La plainte des avocats du fils, et la caution du Parquet, tous deux à la limite de la déontologie, leur a donné la liberté de tout reproduire sans aucun scrupule et recul analytique, avec pour effet, ou pour but, de rendre Victor Hissel odieux. Et bien peu ont rappelé, en petit caractères, qu’il avait déclaré au tout début de l’audience publique que par rapport à son fils, il ne pouvait pas se défendre : « Vous avez sur votre bureau le dossier de mon fils, que vous avez lu attentivement, et que le parquet a décidé de joindre à tout prix au mien. Vous allez entendre les avocats de Romain. Je voudrais vous dire quant à moi que je ne peux pas, que je ne veux pas, pour des raisons morales et affectives, parler de ce dossier, car je ne veux en aucune manière nuire à mon fils. Donc, je ne peux me défendre sur ce point, et je ne le ferai pas. Dans le cadre de ma défense, j’estime que je me trouve par ce fait dans une impossibilité morale d’en parler. »