CHRONIQUE D’UN ETE TRES TOLERANT

Cela avait commencé avec une lettre ouverte adressée à l’administrateur général de la RTBF, Monsieur Jean-Paul Philippot, pour manifester mon inquiétude devant l’annonce de la rediffusion de l’émission «  Devoir d’enquête » sur le double dossier Hissel (père et fils). Je n’ai jamais obtenu de réponse de la part de Jean-Paul Philippot. Mais certaines personnes qui avaient pris la peine de signer leur adhésion à ma démarche ont reçu, elles, une réponse de la part du service de médiation de la Rtbf, signée par Françoise de Thier : « …pour autant que de besoin, je vous précise que cette rediffusion s’inscrit pleinement dans les choix éditoriaux de la RTBF dont la mission est d’informer ses téléspectateurs sur toute question d’intérêt public, en totale indépendance et dans  le respect des droits de chacun.»

La RTBF et sa mission d’information ?

Mission d’information focalisée sur un seul homme depuis plus de quatre ans, alors que l’opération Koala, à la suite de laquelle son identité avait été révélée, avait réussi à identifier 170 adresses e-mail de « consultants » belges. Mais cela ce n’était pas d’intérêt public d’en parler.  

Mission d’information qui prétend pénétrer les secrets de la famille Hissel en ne donnant qu’une  seule version, celle du fils lui laissant attribuer la responsabilité de ses propres actes au seul coupable, c’est à dire, sans nuance, sans contradiction, et sans aucune assertion vérifiée, son « horrible » père !

En toute indépendance, est-ce possible ? Quant on ne fait que se couler dans le moule d’un jugement de première instance, frappé d’appel,  que la présidente du tribunal, Béatrice Wilmart avait permis  de filmer intégralement, chose tout-à-fait exceptionnelle ! Il y a, à certains moment, entre la presse et la magistrature, une confusion de rôle qui rend le travail d’indépendance très difficile et pour les uns et pour les autres.

    La présidente du tribunal,en face d’une vingtaine de journalistes et pas moins de 5 caméras : « Le tribunal estime que Monsieur Victor Hissel est bien ici en qualité de citoyen, comme tout un chacun, que la publicité des jugements est bien présente, que la lecture d’un jugement ne signifie pas en avoir une copie, et le tribunal, d’une manière unanime, considère qu’il n’y a pas d’objection à ce que le prononcé soit filmé… ».  (On appréciera donc l’affirmation dans la même phrase  entre «ne pas en avoir une copie » et  «être autorisé à filmer »)

Les MEDIAS et leur mission d’information ?

On peut relayer les décisions de justice, mais quand on se targue d’être le quatrième pouvoir, on peut aussi prendre du recul, les analyser, on peut même, en bonne démocratie, les critiquer.

Rien de tout cela.

 

 

On voit ici dans quelle ambiance s’est déroulé ce procès et qu’il est difficile d’écarter l’hypothèse d’une mise sous pression de la magistrature par les médias.

Dans ce cas-ci on pourrait même parler de surenchère entre la presse et la justice, et précisément dans le cas du double dossier Hissel, où près de 300 articles de presse écrite et  audio-visuelle, ont précédé les procès.

Les nouveaux justiciers

J’ai déjà, dans des articles précédents,  fait part de mon point de vue sur la dérive médiatique par laquelle des journalistes se transforment en  justiciers et prétendent dire la vérité,  avant même les tribunaux. Ce qui crèe une confusion des rôles avec ceux qui ont pour profession de juger et  les rend vulnérables à la pression de l’opinion.   https://hisselsaga.wordpress.com/2012/04/05/a-propos-des-deux-affaires-hissel-vers-un-tribunal-mediatique/

Bruno Dayez, je l’ai constaté cet été, partage à ce propos  la même analyse.  L’avocat pénaliste, chroniqueur connu, avec lequel je n’ai pas toujours été d’accord, soulevant un tollé de la part des têtes à penser de la liberté de la presse, l’a dénoncé violemment, en étant interviewé sur « La Première » Radio (RTBF) : « Il faudrait évacuer la presse des prétoires » pense l’avocat. « Les conditions du travail journalistique font que les impératifs [de la presse] vont exactement aux antipodes de ce qu’exigerait une justice juste. La justice a besoin de sérénité, elle a besoin de se dérouler hors du champ des caméras. A partir du moment où on médiatise une affaire, le mal est déjà fait. On travaille sous le feu d’une actualité qui finalement entraîne moult dérapages. »

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_bruno-dayez-il-faut-evacuer-la-presse-des-pretoires?id=7829681 

Quelques jours plus tard Bruno Dayez explicitait, dans une rubrique de la Libre Belgique, sont point vue en employant les mêmes arguments que ceux que j’ai déjà personnellement employés pour dénoncer cette dérive de la presse  dans le rôle de justicier. Voilà ce qu’il y disait : « ….les médias obéissent quant à eux à de tout autres impératifs que la recherche de la vérité et la juste mesure de la peine. Ils leur privilégient, en bref, le spectaculaire, l’émotif, l’instantané. A l’affût du scandale, ils montent systématiquement en épingle ce qui indigne l’opinion, la bouleverse ou la divise. Car, lui étant redevables de leur succès, ils sont quasi contraints de flatter ses instincts les plus viscéraux. Leur objectif est de prendre la justice de vitesse (ce qui ne leur est guère compliqué) pour lui ravir le pouvoir qu’elle a si longtemps détenu en propre : énoncer ce qui doit être tenu pour vrai et pour juste. On est ainsi passé en quelques décennies d’une presse de connivence, qui servait seulement de caisse de résonance à une justice s’exerçant en circuit fermé, à une presse de concurrence, en passe de confisquer à la justice sa force de persuasion. Sans aucun égard, faut-il préciser, pour la présomption d’innocence, ni l’égalité des armes, ni, de manière générale, pour les « droits de la défense » dont les médias ignorent jusqu’à la notion… » (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/758252/les-trois-cancers-de-la-justice.html)

Un fait divers livré « clé sur porte »

C’était plus facile d’amplifier la trame d’un fait divers dont la dramaturgie s’offrait d’emblée comme particulièrement spectaculaire (La Chute du Chevalier Blanc/La trahison des idéaux/la transgression du caractère sacré de l’enfance/ Les souffrances d’un fils/La « tragédie » du parricide/L’avocat étendu sur son seuil/ l’auteur des coups de couteaux victime de son père, tyran domestique…) que de chercher ce que l’on pouvait humainement dire à ce sujet, en rendant sa complexité à l’interprétation des faits.

Les journalistes avaient la possibilité de choisir dans l’éventail  qui va des problèmes de personnalité du fils à la responsabilité totale du père en passant par la situation familiale qui aurait pu inclure d’autres acteurs – a-t-on jamais parlé de la mère ?-  : mais il ont choisi le père uniquement en le rendant abominable. Un travail de destruction totale d’un homme : un lynchage !  

L’indignation, le sentiment d’injustice, le petit écrasé par le(s) grand(s)…etc., font partie, pour moi, des émotions primaires sur lesquelles il est facile de surfer. Ces émotions primaires n’ont, pour moi, de valeur d’humanité que si elles sont revues et reconstruites par une approche de raison et d’analyse, sans quoi l’on pourrait parler, comme le fait Jean-Jacques Jespers, de dérive populiste de la presse[1]. Généralisée, sans résistance intellectuelle cette dérive pourrait devenir dangereuse à terme pour la démocratie.

Faire de la caricature n’est pas une mission d’information. [2]

Vous pensez peut-être que j’exagère en parlant dans cet article de «lynchage» à propos de Victor Hissel, et dans d’autres articles déjà écrits à son propos, de « mise au pilori » ?  

Ces termes font partie du vocabulaire constamment employé par les médias, mais toujours pour en dénoncer d’autres qu’eux-mêmes.

4 juillet : ANONYMOUS

Là où il n’était pas question de laisser « lyncher » des personnes et  où  propos médiatiques étaient beaucoup moins caricaturaux et infiniment plus nuancés,  c’est quand il s’est agit de traiter de l’information selon laquelle à partir du début juillet, ANONYMOUS avait mis sur internet l’adresse IP,  l’adresse e-mail,  le numéro de téléphone  le nom et l’adresse, de plus de 1000 « consultants payants » de sites pédophiles. Immédiatement le caractère de « délation » est mis en évidence, et le souci de protection des enfants passe à l’arrière plan devant l’étalage, accessible pour tous, et même pour l’autorité judiciaire,  de tant de noms de belges ou de hollandais.

Dès le 11 juillet 2012 la RTBF, dans son journal de 19h30 parlait « d’une nouvelle forme de  délation qui peut  avoir des conséquences sur la sécurité publique »  en, diffusant l’interview de Me Etienne Wery, spécialisé dans le droit des médias : « Si ces personnes sont déjà identifiables aujourd’hui, je pense que le procureur du roi doit prendre des mesures pour assurer leur sécurité malgré tout. L’hypothèse n’est pas théorique, l’année passée un site hollandais a mis  en ligne des  noms  et des adresses de pédophiles condamnés, et très vite on a eu peur pour la sécurité de ces gens, qui allaient se faire lyncher par les voisins tout simplement. La même chose risque de se produire ici…. » 

« Ce n’est pas dans l’intérêt des enfants »

Le même jour l’agence Belga avait relayé les propos désapprobateurs du porte-parole officiel de CHILD FOCUS,  fondation pour les enfants disparus et sexuellement exploités : « Dans l’intérêt des enfants, nous devons éviter toute récidive des pédophiles. Pour cela, il ne faut pas que des sanctions, mais aussi un traitement et un contrôle. Si vous clouez quelqu’un au pilori, ce genre de procédure devient totalement impossible. Le résultat en est alors qu’il y a davantage de récidives et de méfaits commis ».

Quelle prise de distance et, tout d’un coup, quelle tolérance par rapport aux interventions de Me Michèle Hirsch, avocate de CHILD FOCUS, s’étant portée partie civile,  au procès  de Victor Hissel, pour consultation de sites pédophiles (rappelons qu’il n’y avait dans son cas ni paiement, ni téléchargement).

 

 

 

 

 

 

– Le Commentateur  (Devoir d’Enquête. RTBF) : L’avocate Michèle Hirsch défend les intérêts de l’association Child Focus dans ce dossier. Pour elle, le comportement de Victor Hissel est gravissime vis-à-vis des enfants :

– Michèle Hirsch : « Les consommateurs de ces films de viol d’enfant ne font que regarder… que regarder… c’est quoi regarder ? C’est être là devant son écran et c’est oublier la réalité de ce qui se passe derrière, la réalité c’est les viols d’enfants en chair et en os, c’est la souffrance, la vraie souffrance donc regarder c’est quelque part violer aussi… »

Il est évident que toute photo renvoie à une réalité, elle n’est pas la réalité mais elle renvoie, et je suis d’accord qu’il fallait dénoncer cette réalité. Je l’ai écrit dans le tout premier article de ce blog. Mais si l’on s’en tient à cette logique là, qui confond un support image avec la réalité « en chair et en os », et qui ne vaut, semble t’il, dans la bouche de Child Focus, que pour  Victor Hissel !) , Anonymous a révélé sur le net l’identité d’au moins 1500 violeurs d’enfants, vivant librement en Belgique et en Hollande !  Depuis, plus rien n’a bougé. La presse n’en parle plus, la police non plus.
 « Si des choses illégales se déroulent sur le net,  c’est à la police d’agir»  disait encore Dirk Depover, le porte parole de Child Focus au mois de juillet.

En a t’elle les moyens ? En a t’elle la volonté ? Aucune enquête n’est jamais partie de la police Belge. Les grandes opérations ont toujours été initiées par d’autres pays. Parce que, souvenez-vous… « il n’existe pas de réseaux pédophiles dans notre pays ! » proclamaient la majorité des médias pendant toute la durée de l’affaire Dutroux.

Encore en début juillet la presse s’est bien empressée de dire que la Belgique n’était en aucune façon concernée, lorsqu’une enquête de la police autrichienne contre la pédophilie sur internet, baptisée « Carole », avait été menée avec succès dans 141 pays. Des centaines de pédophiles avaient été identifiés. En Autriche, 272 pédophiles qui diffusaient des vidéos sur internet ont été démasqués. L’enquête a démarré voici près d’un an. Mais poursuivait l’article sur la base d’un communiqué de l’Agence Belga : « La Belgique n’est actuellement pas activement impliquée », dans l’enquête de pédophilie autrichienne menée par les autorités autrichiennes, a-t-on appris auprès de la police et de la justice. Il n’est « certainement pas exclu » que des Belges soient impliqués mais la Belgique n’a pas encore reçu d’informations sur ce point (par exemple des adresses IP). » (Édité par: 7 sur 7  le 4/07/12 – 11h17  Source: belga.be) 

Ne serait-ce pas parce qu’il est plus convenable de ne pas évoquer le nombre considérables d’honorables citoyens belges ou hollandais qui consultent, téléchargent, achètent, échangent des photos  pédopornographiques, que la mission d’information d’intérêt public des médias belges, s’est focalisée depuis quatre ans sur la personne de Victor Hissel ?  [3]

 

 

 
C’est le constat effarant  qu’une journaliste de Sud Presse-Liège[4] a pu faire en plein mois d’août alors que le Palais de justice était désert pour cause de  vacances judiciaires.

Comment fallait-il interpréter ce titre spectaculaire auquel renvoyait même un encart, avec photo en première page, et un article pleine page à l’intérieur du quotidien ?  Devait-on en déduire que Victor Hissel hantait des prétoires vides, sans pouvoir s’abstenir de pérorer devant des tribunaux imaginaires ? 

Jamais, vu le contexte, ce quotidien Liégeois n’a pu exprimer plus clairement sa volonté d’intervenir dans une procédure disciplinaire en cours, puisque Victor Hissel avait fait appel, bien avant l’été, d’une décision de radiation à son égard, prononcée par le Conseil de Discipline du Barreau de Liège.

 Outre un article truffé d’erreurs et de rumeurs, la pleine page intérieure comprenait les déclarations du fils de Victor Hissel relayées auprès de la journaliste Laurence Wauters, par l’avocat Jean-Louis Gilissen et selon le quel

« Romain n’a jamais compris

qu’il puisse encore plaider »

 Dans le journal, ce titre apparaît en gros caractères, ici réduits, comme si l’avis du fils pouvait être déterminant.

 Tous les avocats dans cette affaire ne sont pas astreints au même silence que Victor Hissel.

J’espère, en finale de cette chronique sur un été « très tolérant »,  que l’Appel de la décision de radiation de Victor Hissel sera examinée avec une totale indépendance et neutralité puisqu’elle sera le fait d’une instance disciplinaire qui sera en dehors de cette ambiance liégeoise détestable.


[1] JJ Jespers parlant devant l’Ordre des barreaux Francophones et Germanophones (Actes du Congrès de l’OBFG Février 2011. Ed Anthémis pge 183 et svtes
 [2]Je suis tellement habitué à l’auto justification des journalistes qui ne fait que renforcer  un pouvoir, souvent abusif, sur la réputation et la vie des personnes, que la lecture de quelques extraits de la jurisprudence en matière d’objectivité me paraît nécessaire pour réaffirmer quelques principes déontologiques.« Il appartient au journaliste de prouver que ses affirmations correspondent à la vérité où, à tout le moins, qu’il a fait les recherches nécessaires pour donner au public les renseignements les plus exacts possibles (…)  Si l’on ne peut exiger du journaliste une objectivité absolue compte tenu de la précarité relative de ses moyens d’investigation, il n’empêche que celui-ci a l’obligation d’agir sur la base de données contrôlées dans la mesure raisonnable de ses moyens » Brux. 9ème Chambre, 20 sept 2001 ; « Si le principe de la liberté de presse consacré par l’article 25 de la Constitution permet aux journalistes de diffuser des informations et d’émettre des critiques, ils se doivent de donner au public des renseignements exacts relativement complets et objectifs et de s’entourer de la plus grande prudence et circonspection aussi bien dans la recherche des informations que dans leur diffusion : ils ne sont pas autorisés à déconsidérer les individus ou à dénaturer les faits qu’ils relatent » Civ.Brux. 14ème Chambre, 10 mars 1998.
Ces principes unanimes dans la jurisprudence devraient-ils être estompés dès qu’il s’agit de faits divers, de secrets de famille, ou tout simplement de ….Victor Hissel ?
[3] Cela me rappelle que j’ai moi-même fait, en 1998, une enquête sur les révélations du Werkgroep Morkhoven à propos du réseau pédophile de Zandvoort et que j’ai vu des dizaines de photos de viols d’enfants et de bébés (oui vous avez bien lu : de bébés) que j’avais demandé à Jean-Yves Hayez, spécialiste de la psychologie juvéno-infantile,  d’authentifier et de commenter devant la caméra de l’émission « Faits Divers TV ».(sans les montrer évidemment !). Dans cette émission était révélée l’existence d’un réseau de pédophiles belges qui opéraient entre Temse (Province d’Anvers) et Madeira, ainsi que  d’un réseau pédophile hollandais, le réseau de Zandvoort, ayant des ramifications dans toute l’Europe,  et qu’un travail acharné du « Werk Groep- Morkhoven », une  association privée sous la direction de Marcel Vervloessem avait réussi à mettre au jour. La presse de l’époque n’a donné aucun écho à cette émission et peu de temps après sa diffusion la seule personne inquiétée par la justice  Parquet de Turnhout) fut Marcel Vervloessem lui-même «  pour détention de matériel pédopornographique)Cette émission est visible sur You Tube à l’adresse suivante

[4] Laurence Wauters LA MEUSE du 9 août 2012.

Important : DENIS ROBERT était en Belgique.

Denis Robert

Denis ROBERT aurait dû être  élu  » HOMME DE L’ANNEE » , alors que la plupart des médias l’ont ignoré. Connaissez-vous l’affaire Clearstream ? Non pas la deuxième, par laquelle Villepin a été mis en difficulté en France. Mais la première, qui a débuté avec la publication du livre  » REVELATIONS » dans lequel Denys Robert, journaliste, avec Ernest Backes, un témoin de l’intérieur du système, a révélé les coulisses de la finance internationale, l’histoire secrète d’une association de banques se livrant  à des activités clandestines de dissimulation de comptes au nom d’institutions les plus honorables, de complicité avec les banques mafieuses, circuits de blanchiments et d’évasion fiscale…Pour quoi « Homme de l’année 2011 » ? Parce qu’après 10 années de combat, simplement  pour survivre, face à de puissantes actions de Clearstream et autres institutions citées dans son livre,  qui sur la plan judiciaire ont voulu le réduire au silence, c’est en février 2011, que Denis Robert a pu enfin obtenir de la Cour de cassation de Paris trois arrêts  lesquels son enquête est reconnue comme sérieuse, de bonne foi et au service de l’intérêt général !  Mais à quoi sert de gagner le droit de parler en toute liberté si les médias continuent à l’ignorer, alors que, tant ce qu’il dénonce est énorme, ce devrait faire l’objet, à tout le moins de commissions d’enquêtes parlementaires en France, en Belgique et au Luxembourg et autres pays…

Il était cependant donné une conférence à l’ICHEC, à Bruxelles le 27 octobre dernier.  A part une interview radio, par Eddy Kakelberg  dans l’émission  « Face à l’info »  aucun autre média n’en a fait écho.

Aussi il me paraît important de relayer ici un article très documenté de Victor Hissel, qui assistait à cette conférence. Ainsi nous ouvrons dans ce blog  » Humeurs et respects » une nouvelle rubrique que nous intitulerons simplement  » CRISE »

 » AUX ARMES, CITOYENS «  (1)

par Victor HISSEL

Connaissez-vous Denis ROBERT ?

Et les affaires « CLEARSTREAM » ? Ou les HAWALAS ?

Peut-être « L’APPEL DE GENEVE » alors ?

Ou les trois arrêts de la Cour de Cassation de France du 3 février 2011 en cause de « D. ROBERT c/ CLEARSTREAM ET AUTRES » ? [2]

Faisant preuve à la fois d’une indépendance sans concession et d’un courage juridique que l’on aimerait déceler chez la nôtre, la Cour de Cassation de France a mis fin, par ses trois arrêts susdits, à 10 années de longs, âpres et couteux combats en justice dudit Denis ROBERT, (ex-Libération), écrivain, auteur de films et documentaires, mais surtout vrai journaliste d’investigation (si, si, il en reste, mais voyez à quel prix !) contre la nébuleuse CLEARSTREAM, société de droit luxembourgeois, « chambre de compensation » des transactions financières internationales (comme sa « sœur » EUROCLEAR à Bruxelles), au chiffre d’affaires de 11 trillions d’euros (11 avec 12 zéros, ou encore 11.000.000.000.000 €), et ses affidés, parmi lesquels le journal « LE MONDE », son ancien directeur Edwy PLENEL ou Philippe VAL (ex-Charlie-Hebdo), et leurs avocats dévoués, dont notre confrère parisien Richard MALKA, conseil de CLEARSTREAM et de … Charlie Hebdo !

La Cour suprême du pays des Droits de l’Homme, de la Révolution de 1789 et de la devise fondamentale « LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE » a donc jugé que les travaux d’investigation de Denis ROBERT étaient faits tout à la fois «dans l’intérêt général, avec sérieux, et de bonne foi ».

10 ans de lutte pour pouvoir (enfin, librement) s’exprimer, publier ses livres, diffuser ses films, distribuer ses documentaires, et en donner tous commentaires utiles à qui voudra les entendre.

Sans risquer les procès en diffamation, en calomnie, en responsabilité (il a dû mener pas moins de 62 procédures de tous ordres, avant de gagner devant la Cour de Cassation).

Et il était à Bruxelles, l’autre jeudi (27 octobre), invité à l’IHECS (Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales), présenté par le Sénateur Jean CORNIL, sur le thème attrayant « UN JOURNALISTE FACE AUX BANQUES ».

Dans l’après-midi, il était reçu par l’Association belge des Journalistes, qui tenait son assemblée générale.

Le croirez-vous ?

A part les étudiants de l’IHECS, aucun journaliste n’assistait à sa conférence, et notre « bonne presse » n’y a donné aucun écho, ni avant, ni après sa conférence !

Si les étudiants n’avaient pas été là, la salle eut été quasi vide.

Pourtant, ce qu’il avait à dire était fort intéressant.

L’auteur de « LA JUSTICE ET LE CHAOS » (STOCK, 1996), {qui donna « L’APPEL DE GENEVE » avec, entre autres, les magistrats VANRUYMBEKE (France), BERTOSSA (Suisse), GARZON (Espagne) et … DEJEMEPPE (Belgique)}, de « REVELATION$ » (2001), « LA BOITE NOIRE » (2002) et, bien sûr, « CLEARSTREAM, l’enquête » (2006) et « TOUT CLEARSTREAM » (2011), ou encore du documentaire « LES DISSIMULATEURS » (2001), nous a conté les résultats de ses recherches, sa bataille judiciaire contre les prédateurs financiers, et son espoir de voir les autorités nationales et européennes intervenir bientôt pour mettre bon ordre à cette situation, préjudiciable à tous les citoyens de l’Union Européenne et du monde.

Mais de quoi s’agit-il ?

« Le principe de base de tout Hawala est de faire circuler l’argent dans un réseau d’agents de change (les hawaladars) : un client donne une somme d’argent à l’un de ces agents, qui contacte l’agent le plus proche du destinataire de cette somme et lui demande de lui verser cette somme (moins une commission, généralement) en échange de la promesse de la lui rembourser plus tard.

Ce système fonctionne sans transmission de moyen de paiement (outil de représentation de valeur, comme la monnaie), en reposant entièrement sur la confiance existant entre les agents du réseau. » (Wikipédia – hawala).

CLEARSTREAM ou EUROCLEAR sont les HAWALAS modernes, des chambres de compensation des transferts internationaux de fonds (parfois considérables, cfr leur CA – celui de EUROCLEAR, sur lequel D. Robert n’a pas enquêté, est de 21 trillions d’euros).

Rien de répréhensible, a priori.

Sauf si certaines opérations sont occultées, voire occultes.

C’est précisément ce que les investigations de notre « TINTIN » moderne ont mis à jour, à partir des confidences et documents de deux « insiders » de CLEARSTREAM, entretemps remerciés (si je puis dire).

En peu de mots, il a pu vérifier que certaines (grosses) opérations financières ne laissaient aucune trace chez CLEARSTREAM (à l’instar des HAWALAS), par le biais de pannes informatiques délibérées, ce qui permettait de réaliser des transactions illégales, voire mafieuses (comme par ex. le transit des fameuses « commissions occultes » liées aux tout aussi fameuses « vedettes de Taiwan »).

Autre exemple frappant : CLEARSTREAM aurait pu empêcher la faillite de l’état d’Argentine, en 2001-2002, comme l’explique le journaliste dans son livre « LA BOITE NOIRE », que je ne puis mieux faire que de citer dans le texte (ce sont les pages 314 et 315) :

«  Le 10 décembre 2001, l’agence Reuters de New York lâchait dans une de ses premières dépêches, à propos de la crise soudaine en Argentine : « Le bruit a couru que l’Argentine n’a pas pu faire face à une échéance de 40 millions d’euros. Mais Clearstream, la société de clearing, a confirmé que cette dette avait été réglée… » Voilà une dimension de Clearstream qui nous avait échappé. Il est quand même extraordinaire que dans les premières lignes des premières dépêches à propos de la crise argentine, on cite Clearstream. La multinationale luxembourgeoise gère quantité de fonds appartenant aux banques et entreprises argentines. Dans ses bureaux, à Luxembourg, on devait forcément savoir que l’Argentine accumulait une dette infernale. Clearstream a laissé spéculer et spéculer encore, les banques et les entreprises argentines ; elle a joué les prêteurs, et les apprentis sorciers. La dette du pays est aujourd’hui équivalente au montant de l’évasion fiscale à l’étranger. Les journalistes du monde entier découvraient une Argentine en dépôt de bilan. Plus de salaires payés, plus rien à manger, des émeutes, une monnaie de singe. Un effondrement.

C’est dire où peut mener l’utilisation, sans limites et sans contrôles extérieurs d’outils comme Clearstream. Si Clearstream a laissé spéculer, c’est parce que ses clients lui avaient donné l’ordre de spéculer. Et que rien, visiblement, ne pouvait empêcher ces ordres. Clearstream est devenue indispensable sur toute la planète. C’est son côté tentaculaire. C’est dire son pouvoir. Son influence. La manière dont elle est utilisée par les banques. Quand on a 10 euros, on spécule sur 100. Les banquiers font l’essentiel de leurs profits sur ce calcul virtuel. Leur activité repose à 90% sur des opérations qui ne sont basées que sur de la spéculation. Ce que l’on cache au Luxembourg dans des comptes non publiés, ce sont des écritures comptables qui n’ont aucune justification économique. Sinon celle de la fuite en avant de ce que les banquiers appellent « les futures ». Voilà ce que j’ai compris. Voilà aussi à quoi sert Clearstream. C’est dire à quoi nous nous attaquons. Si Clearstream n’était plus gérée par des banquiers mais par des instances démocratiques indépendantes, si Clearstream se contentait de faire de la compensation et de surveiller l’état des comptes de ses clients, il aurait été facile de prévenir cette déroute argentine. Là pourrait être la véritable fonction d’une boîte noire de la finance internationale. Il ne faut jamais voir Clearstream comme une entité luxembourgeoise déconnectée de son contexte bancaire. Clearstream est une enveloppe, un nom… Un prête-nom. Derrière, on retrouve des banques. Dois-je les nommer à nouveau? Barclay’s, UBS, BNP-Paribas, Deutsche Bank, Merrill Lynch, Intesa, Chase, BIL… Ces mêmes banques qu’on retrouve d’ailleurs perdant des milliards dans le scandale Enron1. Il en va ainsi de cette planète financière. On creuse des trous financiers. Des sociétés laissent des ardoises prodigieuses. On compense. Et les banquiers continuent. ».

Autres citations de ce journaliste d’investigation, qui n’a manifestement pas froid aux yeux, que je ne puis résister à vous faire partager :

1/ Vous connaissez la phrase d’Henri Ford : « Si le peuple comprenait le système bancaire, il y aurait une révolution avant demain matin ».

2/ L’ancien président américain Thomas Jefferson disait  que « les institutions bancaires sont plus dangereuses pour les libertés que des armées entières prêtes au combat ». Et Jefferson de poursuivre : « Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent la monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques  priveront les gens de  toute possession jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis ».

3/ « si Sarko repasse en France, ce sera l’insurrection »[3].

L’auteur conclut que « nous y sommes ».

D’où mon titre, puisque je partage son analyse.

(à suivre)

 

« BIBLIOGRAPHIE » (pour ceux que le sujet intéresse)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Robert

http://www.agirparlaculture.be/index.php/reflexions/41-un-journaliste-face-a-la-finance-denis-robert-et-l-affaire-clearstream

http://www.rue89.com/2011/02/08/denis-robert-bat-clearstream-la-fin-dune-vraie-censure-189458

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hawala

Les trois arrêts de la cour de Cassation de France :

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/document/2011/02/Denis_Robert_Documentaire.pdf

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/document/2011/02/Denis_Robert_Documentaire.pdf

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/document/2011/02/Denis_Robert_Livre_2.pdf.pdf

http://www.article11.info/?Richard-Malka-avocat-mediatique

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Justice_ou_le_Chaos

http://actualite.lefigaro.fr/commissions-vedettes-taiwan.html


[1]  Premiers mots de l’hymne national français « LA MARSEILLAISE »

[2]  Pour de plus amples informations, voir la « bibliographie » en fin d’article

[3]  Lors de la conférence du 27 octobre à l’IHECS