CHRONIQUE D’UN ETE TRES TOLERANT

Cela avait commencé avec une lettre ouverte adressée à l’administrateur général de la RTBF, Monsieur Jean-Paul Philippot, pour manifester mon inquiétude devant l’annonce de la rediffusion de l’émission «  Devoir d’enquête » sur le double dossier Hissel (père et fils). Je n’ai jamais obtenu de réponse de la part de Jean-Paul Philippot. Mais certaines personnes qui avaient pris la peine de signer leur adhésion à ma démarche ont reçu, elles, une réponse de la part du service de médiation de la Rtbf, signée par Françoise de Thier : « …pour autant que de besoin, je vous précise que cette rediffusion s’inscrit pleinement dans les choix éditoriaux de la RTBF dont la mission est d’informer ses téléspectateurs sur toute question d’intérêt public, en totale indépendance et dans  le respect des droits de chacun.»

La RTBF et sa mission d’information ?

Mission d’information focalisée sur un seul homme depuis plus de quatre ans, alors que l’opération Koala, à la suite de laquelle son identité avait été révélée, avait réussi à identifier 170 adresses e-mail de « consultants » belges. Mais cela ce n’était pas d’intérêt public d’en parler.  

Mission d’information qui prétend pénétrer les secrets de la famille Hissel en ne donnant qu’une  seule version, celle du fils lui laissant attribuer la responsabilité de ses propres actes au seul coupable, c’est à dire, sans nuance, sans contradiction, et sans aucune assertion vérifiée, son « horrible » père !

En toute indépendance, est-ce possible ? Quant on ne fait que se couler dans le moule d’un jugement de première instance, frappé d’appel,  que la présidente du tribunal, Béatrice Wilmart avait permis  de filmer intégralement, chose tout-à-fait exceptionnelle ! Il y a, à certains moment, entre la presse et la magistrature, une confusion de rôle qui rend le travail d’indépendance très difficile et pour les uns et pour les autres.

    La présidente du tribunal,en face d’une vingtaine de journalistes et pas moins de 5 caméras : « Le tribunal estime que Monsieur Victor Hissel est bien ici en qualité de citoyen, comme tout un chacun, que la publicité des jugements est bien présente, que la lecture d’un jugement ne signifie pas en avoir une copie, et le tribunal, d’une manière unanime, considère qu’il n’y a pas d’objection à ce que le prononcé soit filmé… ».  (On appréciera donc l’affirmation dans la même phrase  entre «ne pas en avoir une copie » et  «être autorisé à filmer »)

Les MEDIAS et leur mission d’information ?

On peut relayer les décisions de justice, mais quand on se targue d’être le quatrième pouvoir, on peut aussi prendre du recul, les analyser, on peut même, en bonne démocratie, les critiquer.

Rien de tout cela.

 

 

On voit ici dans quelle ambiance s’est déroulé ce procès et qu’il est difficile d’écarter l’hypothèse d’une mise sous pression de la magistrature par les médias.

Dans ce cas-ci on pourrait même parler de surenchère entre la presse et la justice, et précisément dans le cas du double dossier Hissel, où près de 300 articles de presse écrite et  audio-visuelle, ont précédé les procès.

Les nouveaux justiciers

J’ai déjà, dans des articles précédents,  fait part de mon point de vue sur la dérive médiatique par laquelle des journalistes se transforment en  justiciers et prétendent dire la vérité,  avant même les tribunaux. Ce qui crèe une confusion des rôles avec ceux qui ont pour profession de juger et  les rend vulnérables à la pression de l’opinion.   https://hisselsaga.wordpress.com/2012/04/05/a-propos-des-deux-affaires-hissel-vers-un-tribunal-mediatique/

Bruno Dayez, je l’ai constaté cet été, partage à ce propos  la même analyse.  L’avocat pénaliste, chroniqueur connu, avec lequel je n’ai pas toujours été d’accord, soulevant un tollé de la part des têtes à penser de la liberté de la presse, l’a dénoncé violemment, en étant interviewé sur « La Première » Radio (RTBF) : « Il faudrait évacuer la presse des prétoires » pense l’avocat. « Les conditions du travail journalistique font que les impératifs [de la presse] vont exactement aux antipodes de ce qu’exigerait une justice juste. La justice a besoin de sérénité, elle a besoin de se dérouler hors du champ des caméras. A partir du moment où on médiatise une affaire, le mal est déjà fait. On travaille sous le feu d’une actualité qui finalement entraîne moult dérapages. »

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_bruno-dayez-il-faut-evacuer-la-presse-des-pretoires?id=7829681 

Quelques jours plus tard Bruno Dayez explicitait, dans une rubrique de la Libre Belgique, sont point vue en employant les mêmes arguments que ceux que j’ai déjà personnellement employés pour dénoncer cette dérive de la presse  dans le rôle de justicier. Voilà ce qu’il y disait : « ….les médias obéissent quant à eux à de tout autres impératifs que la recherche de la vérité et la juste mesure de la peine. Ils leur privilégient, en bref, le spectaculaire, l’émotif, l’instantané. A l’affût du scandale, ils montent systématiquement en épingle ce qui indigne l’opinion, la bouleverse ou la divise. Car, lui étant redevables de leur succès, ils sont quasi contraints de flatter ses instincts les plus viscéraux. Leur objectif est de prendre la justice de vitesse (ce qui ne leur est guère compliqué) pour lui ravir le pouvoir qu’elle a si longtemps détenu en propre : énoncer ce qui doit être tenu pour vrai et pour juste. On est ainsi passé en quelques décennies d’une presse de connivence, qui servait seulement de caisse de résonance à une justice s’exerçant en circuit fermé, à une presse de concurrence, en passe de confisquer à la justice sa force de persuasion. Sans aucun égard, faut-il préciser, pour la présomption d’innocence, ni l’égalité des armes, ni, de manière générale, pour les « droits de la défense » dont les médias ignorent jusqu’à la notion… » (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/758252/les-trois-cancers-de-la-justice.html)

Un fait divers livré « clé sur porte »

C’était plus facile d’amplifier la trame d’un fait divers dont la dramaturgie s’offrait d’emblée comme particulièrement spectaculaire (La Chute du Chevalier Blanc/La trahison des idéaux/la transgression du caractère sacré de l’enfance/ Les souffrances d’un fils/La « tragédie » du parricide/L’avocat étendu sur son seuil/ l’auteur des coups de couteaux victime de son père, tyran domestique…) que de chercher ce que l’on pouvait humainement dire à ce sujet, en rendant sa complexité à l’interprétation des faits.

Les journalistes avaient la possibilité de choisir dans l’éventail  qui va des problèmes de personnalité du fils à la responsabilité totale du père en passant par la situation familiale qui aurait pu inclure d’autres acteurs – a-t-on jamais parlé de la mère ?-  : mais il ont choisi le père uniquement en le rendant abominable. Un travail de destruction totale d’un homme : un lynchage !  

L’indignation, le sentiment d’injustice, le petit écrasé par le(s) grand(s)…etc., font partie, pour moi, des émotions primaires sur lesquelles il est facile de surfer. Ces émotions primaires n’ont, pour moi, de valeur d’humanité que si elles sont revues et reconstruites par une approche de raison et d’analyse, sans quoi l’on pourrait parler, comme le fait Jean-Jacques Jespers, de dérive populiste de la presse[1]. Généralisée, sans résistance intellectuelle cette dérive pourrait devenir dangereuse à terme pour la démocratie.

Faire de la caricature n’est pas une mission d’information. [2]

Vous pensez peut-être que j’exagère en parlant dans cet article de «lynchage» à propos de Victor Hissel, et dans d’autres articles déjà écrits à son propos, de « mise au pilori » ?  

Ces termes font partie du vocabulaire constamment employé par les médias, mais toujours pour en dénoncer d’autres qu’eux-mêmes.

4 juillet : ANONYMOUS

Là où il n’était pas question de laisser « lyncher » des personnes et  où  propos médiatiques étaient beaucoup moins caricaturaux et infiniment plus nuancés,  c’est quand il s’est agit de traiter de l’information selon laquelle à partir du début juillet, ANONYMOUS avait mis sur internet l’adresse IP,  l’adresse e-mail,  le numéro de téléphone  le nom et l’adresse, de plus de 1000 « consultants payants » de sites pédophiles. Immédiatement le caractère de « délation » est mis en évidence, et le souci de protection des enfants passe à l’arrière plan devant l’étalage, accessible pour tous, et même pour l’autorité judiciaire,  de tant de noms de belges ou de hollandais.

Dès le 11 juillet 2012 la RTBF, dans son journal de 19h30 parlait « d’une nouvelle forme de  délation qui peut  avoir des conséquences sur la sécurité publique »  en, diffusant l’interview de Me Etienne Wery, spécialisé dans le droit des médias : « Si ces personnes sont déjà identifiables aujourd’hui, je pense que le procureur du roi doit prendre des mesures pour assurer leur sécurité malgré tout. L’hypothèse n’est pas théorique, l’année passée un site hollandais a mis  en ligne des  noms  et des adresses de pédophiles condamnés, et très vite on a eu peur pour la sécurité de ces gens, qui allaient se faire lyncher par les voisins tout simplement. La même chose risque de se produire ici…. » 

« Ce n’est pas dans l’intérêt des enfants »

Le même jour l’agence Belga avait relayé les propos désapprobateurs du porte-parole officiel de CHILD FOCUS,  fondation pour les enfants disparus et sexuellement exploités : « Dans l’intérêt des enfants, nous devons éviter toute récidive des pédophiles. Pour cela, il ne faut pas que des sanctions, mais aussi un traitement et un contrôle. Si vous clouez quelqu’un au pilori, ce genre de procédure devient totalement impossible. Le résultat en est alors qu’il y a davantage de récidives et de méfaits commis ».

Quelle prise de distance et, tout d’un coup, quelle tolérance par rapport aux interventions de Me Michèle Hirsch, avocate de CHILD FOCUS, s’étant portée partie civile,  au procès  de Victor Hissel, pour consultation de sites pédophiles (rappelons qu’il n’y avait dans son cas ni paiement, ni téléchargement).

 

 

 

 

 

 

– Le Commentateur  (Devoir d’Enquête. RTBF) : L’avocate Michèle Hirsch défend les intérêts de l’association Child Focus dans ce dossier. Pour elle, le comportement de Victor Hissel est gravissime vis-à-vis des enfants :

– Michèle Hirsch : « Les consommateurs de ces films de viol d’enfant ne font que regarder… que regarder… c’est quoi regarder ? C’est être là devant son écran et c’est oublier la réalité de ce qui se passe derrière, la réalité c’est les viols d’enfants en chair et en os, c’est la souffrance, la vraie souffrance donc regarder c’est quelque part violer aussi… »

Il est évident que toute photo renvoie à une réalité, elle n’est pas la réalité mais elle renvoie, et je suis d’accord qu’il fallait dénoncer cette réalité. Je l’ai écrit dans le tout premier article de ce blog. Mais si l’on s’en tient à cette logique là, qui confond un support image avec la réalité « en chair et en os », et qui ne vaut, semble t’il, dans la bouche de Child Focus, que pour  Victor Hissel !) , Anonymous a révélé sur le net l’identité d’au moins 1500 violeurs d’enfants, vivant librement en Belgique et en Hollande !  Depuis, plus rien n’a bougé. La presse n’en parle plus, la police non plus.
 « Si des choses illégales se déroulent sur le net,  c’est à la police d’agir»  disait encore Dirk Depover, le porte parole de Child Focus au mois de juillet.

En a t’elle les moyens ? En a t’elle la volonté ? Aucune enquête n’est jamais partie de la police Belge. Les grandes opérations ont toujours été initiées par d’autres pays. Parce que, souvenez-vous… « il n’existe pas de réseaux pédophiles dans notre pays ! » proclamaient la majorité des médias pendant toute la durée de l’affaire Dutroux.

Encore en début juillet la presse s’est bien empressée de dire que la Belgique n’était en aucune façon concernée, lorsqu’une enquête de la police autrichienne contre la pédophilie sur internet, baptisée « Carole », avait été menée avec succès dans 141 pays. Des centaines de pédophiles avaient été identifiés. En Autriche, 272 pédophiles qui diffusaient des vidéos sur internet ont été démasqués. L’enquête a démarré voici près d’un an. Mais poursuivait l’article sur la base d’un communiqué de l’Agence Belga : « La Belgique n’est actuellement pas activement impliquée », dans l’enquête de pédophilie autrichienne menée par les autorités autrichiennes, a-t-on appris auprès de la police et de la justice. Il n’est « certainement pas exclu » que des Belges soient impliqués mais la Belgique n’a pas encore reçu d’informations sur ce point (par exemple des adresses IP). » (Édité par: 7 sur 7  le 4/07/12 – 11h17  Source: belga.be) 

Ne serait-ce pas parce qu’il est plus convenable de ne pas évoquer le nombre considérables d’honorables citoyens belges ou hollandais qui consultent, téléchargent, achètent, échangent des photos  pédopornographiques, que la mission d’information d’intérêt public des médias belges, s’est focalisée depuis quatre ans sur la personne de Victor Hissel ?  [3]

 

 

 
C’est le constat effarant  qu’une journaliste de Sud Presse-Liège[4] a pu faire en plein mois d’août alors que le Palais de justice était désert pour cause de  vacances judiciaires.

Comment fallait-il interpréter ce titre spectaculaire auquel renvoyait même un encart, avec photo en première page, et un article pleine page à l’intérieur du quotidien ?  Devait-on en déduire que Victor Hissel hantait des prétoires vides, sans pouvoir s’abstenir de pérorer devant des tribunaux imaginaires ? 

Jamais, vu le contexte, ce quotidien Liégeois n’a pu exprimer plus clairement sa volonté d’intervenir dans une procédure disciplinaire en cours, puisque Victor Hissel avait fait appel, bien avant l’été, d’une décision de radiation à son égard, prononcée par le Conseil de Discipline du Barreau de Liège.

 Outre un article truffé d’erreurs et de rumeurs, la pleine page intérieure comprenait les déclarations du fils de Victor Hissel relayées auprès de la journaliste Laurence Wauters, par l’avocat Jean-Louis Gilissen et selon le quel

« Romain n’a jamais compris

qu’il puisse encore plaider »

 Dans le journal, ce titre apparaît en gros caractères, ici réduits, comme si l’avis du fils pouvait être déterminant.

 Tous les avocats dans cette affaire ne sont pas astreints au même silence que Victor Hissel.

J’espère, en finale de cette chronique sur un été « très tolérant »,  que l’Appel de la décision de radiation de Victor Hissel sera examinée avec une totale indépendance et neutralité puisqu’elle sera le fait d’une instance disciplinaire qui sera en dehors de cette ambiance liégeoise détestable.


[1] JJ Jespers parlant devant l’Ordre des barreaux Francophones et Germanophones (Actes du Congrès de l’OBFG Février 2011. Ed Anthémis pge 183 et svtes
 [2]Je suis tellement habitué à l’auto justification des journalistes qui ne fait que renforcer  un pouvoir, souvent abusif, sur la réputation et la vie des personnes, que la lecture de quelques extraits de la jurisprudence en matière d’objectivité me paraît nécessaire pour réaffirmer quelques principes déontologiques.« Il appartient au journaliste de prouver que ses affirmations correspondent à la vérité où, à tout le moins, qu’il a fait les recherches nécessaires pour donner au public les renseignements les plus exacts possibles (…)  Si l’on ne peut exiger du journaliste une objectivité absolue compte tenu de la précarité relative de ses moyens d’investigation, il n’empêche que celui-ci a l’obligation d’agir sur la base de données contrôlées dans la mesure raisonnable de ses moyens » Brux. 9ème Chambre, 20 sept 2001 ; « Si le principe de la liberté de presse consacré par l’article 25 de la Constitution permet aux journalistes de diffuser des informations et d’émettre des critiques, ils se doivent de donner au public des renseignements exacts relativement complets et objectifs et de s’entourer de la plus grande prudence et circonspection aussi bien dans la recherche des informations que dans leur diffusion : ils ne sont pas autorisés à déconsidérer les individus ou à dénaturer les faits qu’ils relatent » Civ.Brux. 14ème Chambre, 10 mars 1998.
Ces principes unanimes dans la jurisprudence devraient-ils être estompés dès qu’il s’agit de faits divers, de secrets de famille, ou tout simplement de ….Victor Hissel ?
[3] Cela me rappelle que j’ai moi-même fait, en 1998, une enquête sur les révélations du Werkgroep Morkhoven à propos du réseau pédophile de Zandvoort et que j’ai vu des dizaines de photos de viols d’enfants et de bébés (oui vous avez bien lu : de bébés) que j’avais demandé à Jean-Yves Hayez, spécialiste de la psychologie juvéno-infantile,  d’authentifier et de commenter devant la caméra de l’émission « Faits Divers TV ».(sans les montrer évidemment !). Dans cette émission était révélée l’existence d’un réseau de pédophiles belges qui opéraient entre Temse (Province d’Anvers) et Madeira, ainsi que  d’un réseau pédophile hollandais, le réseau de Zandvoort, ayant des ramifications dans toute l’Europe,  et qu’un travail acharné du « Werk Groep- Morkhoven », une  association privée sous la direction de Marcel Vervloessem avait réussi à mettre au jour. La presse de l’époque n’a donné aucun écho à cette émission et peu de temps après sa diffusion la seule personne inquiétée par la justice  Parquet de Turnhout) fut Marcel Vervloessem lui-même «  pour détention de matériel pédopornographique)Cette émission est visible sur You Tube à l’adresse suivante

[4] Laurence Wauters LA MEUSE du 9 août 2012.

REPONSE DE FADILA LAANAN, Ministre de la Culture et de l’Audio-visuel, à l’auteur de la lettre ouverte à Jean-Paul Philippot, Administrateur général de la RTBF

L’objet de la réponse  est, rappelons-le, le problème posé par la rediffusion de deux reportages consacrés aux dossiers « Hissel », un an après la première diffusion.

Cette réponse m’est parvenue ce 20 juillet 2012 et se montre très attentive à la démarche entreprise par cette lettre ouverte adressée à 15 autres personnalités du monde médiatique et judiciaire.
Il me paraît important de la faire connaître, d’autant plus que Jean-Paul Philippot n’a toujours pas répondu à la lettre ouverte qui lui était adressée en premier.
Pour la lire : cliquer sur ce lien Réponse de Fadila Laanan

REPONSE AU CSA (Marc Janssen) A PROPOS DE LA REDIFFUSION DES DEUX REPORTAGES SUR LES DOSSIERS « HISSEL »

A ce jour, je n’ai toujours pas reçu de réponse officielle de la part de Mr Jean-Paul Philippot. Je sais seulement qu’une réponse a été envoyée,  par la responsable de la médiation, aux citoyens qui ont soutenu cette démarche en signant une lettre d’adhésion adressée également à l’Administrateur Général de la RTBF.[1] Il s’agit plutôt d’un accusé de réception réaffirmant le droit à l’information, auquel je répondrai dans l’article suivant.
 Sur Face Book, plusieurs avis favorables me sont parvenus  (parmie eux,  Christian Pirard, Aimé Bille, Michel Bourlet, Léon Michaux, Catherine Godard (Collectif RTB89), et Jean-Louis Sbille, qui donne cours de « Critique des Médias » et qui se propose de se servir du texte de la lettre ouverte pour travailler avec les étudiants.
Parmi les quinze autres destinataires de la lettre ouverte, personne n’a répondu sauf André Linard, secrétaire général du CDJ (Conseil de déontologie journalistique) qui a envoyé un  accusé de réception, comme l’a fait également  Me Robert De Baerdemaeker, président de de l’OBFG (Ordre des Bareaux Francophones et Germanophone de Belgique) et  Bernard Hennebert, fondateur de l’ATA ( Association des Téléspectateurs actifs) et de CONSOLOISIR ( Défense des droits des consommateurs culturels), qui a mentionné sur Face Book son entière adhésion au texte de la lettre ouverte.  Marc Janssen, président du CSA (Conseil supérieur de l’Audiovisuel), qui a eu l’extrême obligeance de rédiger une lettre circonstanciée et argumentée[2] à laquelle cependant je réponds dans la suite de cet article.
Le principal argument proposé à la réflexion par Marc JANSSEN était que le droit à l’oubli, dans la diffusion d’informations par les médias, avait été reconnu par le  Conseil de l’Europe dès 2003, mais ne pouvait être invoqué qu’après l’exécution de la peine, ce qui, pourVictor Hissel ne serait valable qu’après octobre 2016, puisqu’il a été condamné en octobre 2011 à 10 mois de prison avec un sursis de 5 ans.
J’ai donc répondu ceci.

A Monsieur Marc Janssen

Président du CSA

Objet : rediffusion du reportage «  Le dossier Hissel » dans le cadre de l’émission « Devoir d’Enquête »  sur la RTBF

Monsieur le Président,

D’abord merci pour votre réponse argumentée. Je vous suis d’autant plus reconnaissant que MonsieurJean-Paul Philippot, à qui était adressée la lettre ouverte me laisse encore actuellement sans réponse, négligeant ainsi tout citoyen à partir du moment où il ne participe plus au « pouvoir » audio-visuel.

En ce qui concerne votre réponse sur le droit à l’oubli, je ne peux qu’en prendre acte en soulignant cependant que l’évocation de ce principe n’est qu’une partie des questions que je pose. La principale étant le harcèlement dontVictor Hissel est l’objet de la part de la RTBF, en particulier. Lorsque l’on parle de son fils, ce n’est que pour rappeler sa faute et sa condamnation. Je peux le prouver puisque sur les trois années au cours desquelles Victor Hissel n’est plus en contact avec son fils, chaque fois que son fils doit passer devant le tribunal pour des choses qui ne concernent plus du tout le père, le rappel en détail de ce pourquoi le père a été condamné est fait. Mais ce n’est qu’un exemple de rededondance caractérisée, qui touche plus un système de propagande qu’une véritable information.

Là où pour la plupart des faute commises par des adultes leur anonymat est soigneusement préservé (par exemple, le médecin ivre qui a écrasé un jeune homme : on préserve soigneusement son identité, et je comprends pourquoi : il  faut préserver le restant de sa vie professionnelle !), pour certains autres la répétition incessante du  nom, de la profession et des antécédents judiciaires équivaut à une  « mise au pilori » permanente. C’est dans cette répétition sans raison adéquate à la valeur informative qu’il y a, pour moi, « pilori ».

Il y a là un véritable débat de société qui me paraît absolument indispensable.

Lorsque j’ai publié la lettre ouverte sur FACE BOOK, le  procureur du roi honoraire, Michel Bourlet, dont le récent livre «  La traque au loup » évoque toutes les manipulations de ses propres interviews par la RTBF, approuve le contenu de la lettre ouverte en ces termes :

« …sans parler de la manipulation des images, des dates, des faits etc…, pour arriver à faire croire à leur vérité, alors que celle-ci est démontrée, pièces à l’appui, comme étant l’exact contraire; et bien sûr, en tenant la contradiction sous silence. Dans le cas Hissel, cet acharnement tient de la haine! »

Et j’attire votre attention, sur ce qui me paraît se placer en dehors de toute déontologie, en tout cas celle que j’ai pratiquée pendant 30 ans. Il y a de la part des journalistes qui ont produit et monté ces reportages une véritable instrumentalisation du fils, fragile comme on sait, et qui depuis la dernière diffusion de ce reportage a plusieurs fois été en état de « démence passagère», pour mieux diaboliser le père.

Le consensus général dans lequel tout cela se passe, non seulement m’écœure mais m’inquiète au plus haut point relativement à la déontologie globale de la presse actuelle, qui semble considérer tout cela comme normal, dès qu’il s’agit de certaines personnes dont Me Hissel.

Vous me direz : adressez-vous donc au nouveau Conseil de Déontologie. C’est déjà fait. Il s’agit de la Plainte 23-11. Et j’ai pu analyser la réponse qui me fut faite :  » plainte déclarée non fondée« , par un survol peu détaillé et parfois faussement documenté.(La réponse « bâclée » du CDJ a été analysée dans mon article https://hisselsaga.wordpress.com/2012/04/04/deposer-plainte-au-cdj-cela-vaut-il-encore-la-peine).

Je pense que pour juger de la déontologie des journalistes, nous pourrions avoir d’autres instances plus compétentes et performantes, sans compter que je ne connais que peu de journalistes qui oseraient donner raison à un citoyen contre leurs confrères (voyez les statistiques du CDJ, les plaintes citoyennes sont déclarées fondées à 1 ou 2 %, et encore, partiellement, alors que les plaintes déposées par les journalistes eux-mêmes le sont toutes.)

Reste donc la nécessité pour les consommateurs d’informations de s’associer comme en France (« Les indignés du Paf »), comme en Belgique (« RTBF89 »), avec comme objectif obtenir des médias responsables et de qualité, dans un contexte où je m’étonne que rien de tout cela ne fasse débat.

Encore une fois, permettez moi de vous remerciez, et de vous remettre mes salutations les plus distinguées.


LETTRE OUVERTE A Jean-Paul PHILIPPOT, Administrateur Général de la RTBF (restée à ce jour, sans réponse)

Avertissement: Je viens d’apprendre que l’émission concernant « Les Dossiers Hissel » qui m’avait été annoncée pour le 4 juillet passe en fait ce prochain mercredi 20 juin.La programmation aurait-elle été changée ? Étant retraité je n’ai pu suivre l’évolution précise des choses mais cela ne change absolument rien au contenu de la LETTRE OUVERTE A JP PHILIPPOT, qui, s’il m’avait répondu, aurait pu m’éclairer sur la date exacte de cette re-diffusion.

EMBOURG, ce 5 juin 2012

À Monsieur Jean-Paul PHILIPPOT
Administrateur général de la RTBF
Boulevard Auguste Reyers, 52
1044 Bruxelles

Monsieur l’Administrateur,

Concerne : La rediffusion d’une émission par la RTBF

Je tiens à vous faire part de ma préoccupation concernant le cas de Maître Victor HISSEL.

Mes inquiétudes sont fondées sur le fait que j’ai appris tout récemment et de source sûre que, dans le cadre de son émission « DEVOIR D’ENQUETE » du 4 juillet prochain, la RTBF va procéder à la re-diffusion du reportage de 50’00 diffusé le 6 juin 2011 intitulé « Le dossier Hissel, le prix du silence » et dont le contenu est déjà apparu, à d’aucuns, partial, partiel, et à charge, uniquement, de Victor Hissel, qui, un an auparavant, fut déjà l’objet d’un autre reportage de 50’00, unilatéral, et sans qu’il ait eu la possibilité d’y répondre, diffusé le 22 septembre 2010, suite à sa condamnation en Appel.

Pendant cette longue période l’avocatVictor Hissela dû s’en tenir aux recommandations pressantes, des autorités de l’Ordre, de ne pas intervenir dans les médias, compte tenu, quoique père, de sa qualité d’avocat. Il s’est plié au devoir de réserve que lui imposaient et lui imposent encore des procédures toujours en cours. Lui-même n’a pas désiré, non plus, entrer en conflit ouvert avec son fils par l’intermédiaire des médias. Mais ce droit au silence, doit également être respecté par les journalistes et ne les dispensent pas de leur devoir d’analyse et d’objectivité.

Il est un principe, actuellement débattu d’une façon aiguë en ce qui concerne les informations en ligne sur Internet, mais dont la pertinence aurait dû s’appliquer depuis longtemps aux médias, tant nombre de personnes en ont souffert. C’est le principe du « droit à l’oubli » que semble renier toute re-diffusion en dehors de délais raisonnables.

J’ai personnellement été impliqué dans la production de la série d’émission « Faits divers TV », qui fut respectueuse de tout antagoniste, alors que des malheurs, des états psychologiques, des réputations étaient chaque fois en jeu. Jamais je n’ai accepté de procéder à une rediffusion sans en avoir averti les principaux acteurs et obtenu d’eux leur consensus.Victor Hisseln’a jamais été consulté.

Mais il est un autre principe énoncé par des spécialistes du droit pénal : « le but d’une condamnation et d’une peine est de permettre la réhabilitation à terme » . Et donc il existe un droit fondamental à vivre l’apaisement qui doit permettre de se reconstruire une vie familiale et sociale après condamnation.

Cette re-diffusion, qui ne fait même plus partie de la liberté d’informer, puisque totalement redondante, et qui va s’accompagner de communiqués de presse et de bandes annonces, ne va pas dans le sens de l’apaisement nécessaire dans une période cruciale où une instance disciplinaire d’appel doit encore décider de l’avenir professionnel deVictor Hissel, – la RTBF voudrait-elle faire pression, qu’elle ne s’y prendrait pas autrement !

Il est cependant est d’autres motifs de préoccupation.

Cette démarche est d’autant plus déroutante et contestable qu’à de nombreuses reprises la RTBF a souligné que Romain HISSEL était une personnalité fragile et nécessitait des soins.

Le simple bon sens devrait considérer qu’être à nouveau hyper-médiatisé et utilisé pour donner « sa » version et « sa » vision de son père, ne saurait d’aucune manière bénéficier à Romain HISSEL. Et on peut se demander quel psychologue ou psychiatre pourrait soutenir le contraire.

En conclusion, et comme je sais que les changements de mentalité, individuels ou institutionnels, sont souvent le fait de la résistance de certains, dans des cas particuliers, je me permets de formuler une demande pressante pour que la RTBF montre qu’elle peut promouvoir une information digne, dans la responsabilité et la qualité, et qu’ainsi elle soit pionnière dans le respect des principes repris, entre autres, dans la déclaration européenne des Droits de l’Homme et la Constitution belge et notamment

– Droit à mener une vie conforme à la dignité humaine

– Droit de ne pas être exposé à des traitements inhumains et dégradants

– Droit à un procès équitable

– Droit au respect de la vie privée

Je laisse à la RTBF, à son Administrateur général, à la Direction de l’information et à ses Unités de production le soin de montrer le degré d’humanisme dont elle est capable

José DESSART
Journaliste.
Auteur du blog « Humeur et respects »
118, voie de Liège
4053 EMBOURG

Cette lettre ouverte est envoyée également à

  • MonsieurJean-Pierre JACQMIN, Directeur de l’Information à la RTBF
  • Monsieur Daniel Brouyère, Directeur de l’Unité de Production Magazines
  • MessieursGérard RoggeetRobert Neys, Co-Editeurs du Magazine Devoir d’Enquête
  • MonsieurAlain Gerlache, Secrétaire général de la CTF, Chroniqueur et spécialiste des Médias à la RTBF
  • MonsieurMarc JANSSEN, Président du CSA
  • MonsieurAndré LINARDSecrétaire Général du CDJ
  • MonsieurMarc Lits, Directeur de l’Observatoire du récit médiatique, UCL
  • MonsieurJean-Jacques JespersChercheur en communication et déontologie des médias, ULB
  • MonsieurBernard Hennebert, coordinateur de l’ATA, (association des téléspectateurs actifs)
  • MonsieurEric LEMMENS, le Bâtonnier de l’ordre des Avocats du Barreau de Liège
  • MonsieurPatrick HENRY, ancien Bâtonnier de l’ordre des avocats du Barreau de Liège
  • MonsieurRobert DE BAEDERMAEKER, Président de l’OBFG
  • MonsieurJean-François ISTASSEPrésident de la Commission de la Culture et de l’Audiovisuel
  • MadameFadila LAANAN, Ministre de la Culture et de l’Audio-visuel

Pour ceux qui n’étaient pas nés le 20 octobre 1996

La Marche Blanche du 20 octobre 1996 fut un événement extraordinaire.  Aucun sociologue n’est encore parvenu à expliquer comment une foule de plus de 350 000 personnes (Francophones, Flamands, et Personnes issues de l’Immigration) ont, ce dimanche là, marché dans Bruxelles sans qu’aucun travail de mobilisation n’ait été entrepris, si ce n’est un simple appel de Marie-Noelle Bouzet, après le dessaisissement du Juge Connerotte, par la Cour de Cassation, pour une marche « familiale » de solidarité avec les parents de Julie et Melissa et tous les parents d’enfants disparus. Sans prétendre pouvoir mieux expliquer, voici un texte qui fut écrit dans l’ambiance de ces années d’effervescence populaire, avec une sensibilité particulière, celle d’un membre de ce qui fut le  Comité de Soutien des parents de Julie et Melissa.

Extrait de « La révolution Blanche des journalistes ». Ed. Academia-Bruylant. 1999.Contribution de José DESSART.

CONFLAGRATION DES VALEURS  : PARENTS CONTRE INSTITUTION.

Le refus de voir  la réalité, de leur fille disparue, définie par l’institution judiciaire, le refus de se conformer au rôle préfiguré de victimes soumises et confiantes,  a placé  le combat des parents de Julie et Melissa  à un niveau paradigmatique. C’est bien une mise en cause de valeurs cruciales dans  les relations entre l’individu et la société qui s’est exprimée dans leur acharnement : c’était le refus de voir confisquée par l’institution judiciaire représentante  d’une société abstraite,  leur responsabilité parentale exprimant le lien vivant avec leurs enfants.  Il n’est pas inutile de transcrire ici un des  textes de la première  conférence de presse (le 7 février 1996 ) du Comité de Soutien des Parents de Julie et Melissa.

« Il va y avoir sept mois , Julie et Melissa disparaissaient sur un chemin de campagne de Grace -Hollogne, bordant l’autoroute Wallonie. C’était le 24 Juin  1995 entre 17hOO et 17H3O. Pour les quatre parents, Louisa et Jean-Denis Lejeune, Carine et Gino Russo, le temps et la vie se sont arrêtés à cette heure là de ce jour là. Depuis  ils livrent à chaque instant un combat  acharné pour qu’aucune recherche ne se relâche, pour qu’aucun effort ni aucune piste ne soient négligés, pour maintenir une pression constante auprès de l’Institution Judiciaire qui a pour mission de mener officiellement l’enquête. Mais plus ils s’acharnent, plus ils se sentent isolés et même exclus, parce que soupçonnés d’être trop acharnés, comme s’il y avait une mesure qui permette de juger de la « normalité » de l’espoir et de l’urgence dès lors qu’il s’agit d’enfants arrachés au bonheur. Actuellement , les parents doivent lutter contre la banalisation de l’enquête, puisque l’on retire des enquêteurs de cet exceptionnel dossier. La banalisation cela veut dire que l’enquête reposerait désormais sur le hasard et sur l’acceptation par tous qu’il est dans la  « normalité » de cette société que des enfants disparaissent, et  qu’il faille  admettre qu’il existe des trous noirs dans lesquels les enfants se volatiliseraient. La banalisation finirait même par faire  admettre une autre réalité selon laquelle Julie et Melissa n’ont jamais …existé ! »

Le Comité de Soutien s’était formé autour des parents par la signature par plus de 250 personnes d’un acte de proclamation selon lequel de simples citoyens, des journalistes, des médecins, des parlementaires, des professeurs d’université…affirmaient qu’il était fondé de croire, avec les parents,  que JULIE et MELISSA étaient toujours vivantes. C’était entrer en confrontation directe avec une autre réalité produite, avec l’aide d’un certain nombre d’autres intellectuels et de journalistes, par le système judiciaire lui-même, et selon laquelle JULIE et MELISSA avaient sans doute été tuées quelques jours après leur disparition. Le reste n’étant que du délire.   Deux réalités en opposition totale : celle des parents et celle de l’institution. Dans le débat télévisé organisé par l’émission « Faits Divers » (septembre 1995) à la fin de la discussion qui opposait déjà le Procureur Général au Parents concernant l’accès au dossiers, Carine RUSSO s’écriait : « Pendant que nous sommes en train de discuter les  arguments du pouvoir judiciaire nos petites filles  sont peut-être encore vivantes ! ». Mais en croisant les parents dans un Palais de Justice, un Procureur du Roi  leur  dit «  sincères condoléances »  ( on était à la fin du mois de novembre 1995). «  Pour le moment ma fille se dit : peut-être que papa me cherche ! » m’avait dit Gino RUSSO en décembre 1995.   Il faut se remémorer cette confrontation dans la conception de l’urgence, de la motivation  « à trouver », confrontée à la motivation « à ne pas trouver trop vite », bref ce choc frontal entre parents et institution  pour comprendre les enjeux sociaux de tout ce qui a suivi la découverte de la  réalité du 17 Août 1996 (les corps de Julie et Melissa).

On  peut  comprendre le choc émotionnel qui secoua la Belgique.  Mais même en se situant au seul niveau d’un fait divers horrible et d’une fin de vie atroce et sans espoir pour deux jolies petites filles, que l’on aurait pu sauver jusqu’en mars 1996, alors que Marc Dutroux, connu de la gendarmerie, de la magistrature et de la police judiciaire était en prison, on ne peut pas encore saisir le tremblement qui secoua la Belgique entière.

Si nous parlons encore aujourd’hui de ce traumatisme, c’est qu’il ébranla  et ébranle encore les fondements sociaux que sont les liens de confiances entre les citoyens et les institutions publiques. Ce n’est pas un hasard si le mot « citoyen » est revenu à la surface de toutes les prises de paroles : les individus en sont revenus à s’interroger sur l’origine et la fonction des pouvoirs et des institutions de service public et leur mission au service de la société.   Au delà de tous les stéréotypes que les intellectuels ont émis pour stigmatiser ces phénomènes sociaux qui les dépassaient (« La foule est versatile, vous savez. Elle est irrationnelle. C’est le lit de l’extrême droite ! »), il faut avoir la hardiesse d’analyser ces mouvements collectifs spontanés comme un appel à plus de démocratie et un appel à la restauration d’une parole institutionnelle capable de rendre  des comptes  et de se sanctionner. (Comme le dit Antoire Garapon dans la revue ESPRIT de déc.96 : «  La demande de sanctions qui a parcouru toutes les manifestations belges n’est pas une recherche débridée de coupables mais la revendication d’une responsabilité pour tous, y compris les décideurs politiques, les policiers et les juges. La sanction fait donc système avec ce langage renouvelé. Il faut que les promesses non tenues soient sanctionnées. Un langage sans sanction est voué à disparaître et à faire place à la violence.Pg146)   Mais il y avait beaucoup plus que cela dans ce large mouvement collectif de défi, même et surtout s’il fut silencieux comme la Marche Blanche du 20 octobre 1996. Il fut silencieux parce qu’il y avait trop à crier. Le couvercle écrasant des institutions venait de se soulever. En un jour, celui de la découverte des corps, l’impressionnante justice avait perdu sa façade , les citoyens  voyaient  l’envers du décor. Après la Marche Blanche des comités blancs ont été constitués essentiellement par d’anciennes victimes ou des parents de victimes de maltraitance sexuelle. Le nombre est considérable des personnes qui sont venu dire  que ce qui leur avait donné le courage de parler c’est qu’on avait découvert d’incontournables cadavres de petites filles et que le déni de l’impensable n’était plus possible. Du moins dans les jours, les semaines et les mois qui suivirent. Depuis, le couvercle étant retombé, les pouvoirs institutionnels ayant retrouvés leurs façon d’être et de fonctionner beaucoup sont retournés au silence.

LE BACKLASH.

Sous le prétexte d’éviter  la psychose collective, ou  la chasse aux sorcières, (entendez la chasse aux pédo-criminels), le processus de déni social de la pédo-crminalité s’est remis en place. Avant l’affaire Dutroux il était devenu évident pour tous les travailleurs sociaux spécilalisés dans le domaine du secours à l’enfance que les déclarations d’enfants se décrivant au centre de maltraitances sexuelles étaient vraies dans 99% des cas. On disait «  il faut entendre l’enfant, il faut l’écouter », on a même mis en place des structures d’écoute avec enregistrement  afin de ne pas traumatiser secondairement l’enfant par des répétitions inutiles qui lui donnent l’impression très vite qu’on ne le croit pas. Actuellement on est revenu 30 ans en arrière : la suspicion n’a jamais pesé aussi lourdement sur les témoignages d’enfants et le témoignage de victimes devenues adulte. Cela se passe dans un système de réaction sociale très puissant que l’on appelle le BACKLASH (le retour du fouet) et qui s’efforce de dissiper, de dénier tout ce qui touche à l’impensable collectif, et à accuser tous ceux qui sont à l’origine de ces révélations de délire, de folie, de fausse mémoire, de manipulation voire de complot.   Ce phénomène a déjà été étudié par les sociologues (MOTTL, 1980) comme un contre- mouvement souvent focalisé sur la réduction d’un phénomêne social à la seule accusation d’hystérie collective, et dont les critiques s’exercent plus sur la forme que sur le contenu (on préfère accuser quelqu’un zèle intempestif, d’ influençabilité ou de manipulation  que d’examiner le contenu). Ce contre-mouvement tend à rétablir la situation du système (familial ou social ou institutionnel) d’avant les révélations de « l’impensable ». Ce phénomène de backLash est apparu très vite avec l’affaire Dutroux et Consorts. Les premiers enquêteurs de Neufchâteau (les seuls qui aient réellement mis Dutroux et ses complices hors d’état de nuire en sauvant deux jeunes filles) ont été traités de «chevaux fous» ou de  « chevaliers blancs » avec une pointe d’ironie.  Le téléphone vert de Neufchâteau fut traité de « torrent de boue », de « téléphone-délation »  et tous les témoignages arrivés par ce canal considérés comme le résultat d’une psychose collective. Tous les témoins qui avaient vu Nihoul quelque part en Belgique furent considérés comme exprimant des fantasmes.  Le fait même de la médiatisation très importante de toute l’affaire  Dutroux et Complices fut le prétexte  de la décrédibilisation des témoins, la plupart sinon tous les témoignage étant réduits à la conséquence soit d’une hystérie soit de fausses mémoires. Il est évident que cette réaction simplificatrice à l’extrême, ne touche que les témoignages qui concernent la pédo-criminalité. Dans tous les autres domaines criminels  on continue à travailler avec  des  appels à témoins fait par les autorités judiciaires à l’aide de la télévision. Par exemple  la cellule d’enquête de JUMET, sur les tueries du Brabant,  pendant que sont niés les témoignages sur les pédo-criminels réduits à l’état de fausse mémoire induite par des thérapeutes,  diffuse largement des portraits robots de tueurs obtenus sous hypnose dans l’espoir de faire progresser les enquêtes.    Et cela n’a pas été sans  entretenir certains paradoxes vicieux : « puisqu’il n’y a pas de réseaux, il n’y a pas besoin de vérifier s’ils existent, d’autant plus que ça demanderait des moyens appropriés à la découverte des réseaux ; et puisque on n’a toujours rien trouvé sur les réseaux c’est bien la preuve qu’ils n’existent pas ».

J.D. 1999   (P.S.  2010 : aujourd’hui, s’agissant de la mise en cause des prêtres pédophiles dans l’Eglise Catholique, plus aucun organe de presse ne remet en question la validité de près de 500 témoignages de victimes : on a bien progressé !)