J’ai lu dans LA MEUSE-VERVIERS, de ce 20 février 2012, page 6, l’éditorial de Françoise Peiffer, dont la pertinence mérite cette citation :
« Mardi, Eric Lemmens, le bâtonnier estimait qu’ayant été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour détention d’images à caractère pédopornographique, Me Hissel ne pouvait plus défendre Bruno Werner. Mis à part les soupçons d’abus sexuel émis par des témoins suédois, personne, pas même le médecin légiste n’a pu établir que la fille de Bruno Werner avait été victime d’inceste. Lors du procès, l’inculpé n’a jamais été sommé de s’expliquer sur ces possibles gestes. Surprenant. Evoquées dans l’acte d’accusation, ces suspicions ont disparus du réquisitoire de l’avocat général Pascale Schils. Pourquoi dès lors a-t-on écarté Victor Hissel ? »(1)
Et de poser courageusement la question dès le titre : « Me Hissel éjecté à cause de la pression médiatique ? » en mettant directement en relation la décision du Bâtonnier, Eric Lemmens, enjoignant à Victor Hissel de se dessaisir du dossier qu’il plaidait en assises, dans l’affaire du triple homicide familial commis par Bruno Werner, et le reportage de RTL-TVI, qui la veille, dans le JTV de 13h00 et de 19h00, posait la fausse question : POURQUOI VICTOR HISSEL PEUT-IL ENCORE PLAIDER ?
Une fausse question, une vraie pression.
Les journalistes (Vincent Jamoulle et Marc Evrad), qui ne semblent pas lâcher Victor Hissel d’une semelle, y rappelaient que Victor Hissel, pour ceux qui l’ignoraient encore, avait été condamné à 10 mois avec sursis pour détention d’images pornographiques, y révélaient que le bâtonnier avait, à ce sujet, ouvert une enquête disciplinaire devant le conseil de discipline et que la décision était attendue pour le 8 mars prochain.
En fait, cette information, qui jusque là était restée confidentielle, ne faisait que confirmer que Victor Hissel était toujours avocat de plein exercice.
Mais les journalistes insistaient car ils avaient obtenu une autre information selon laquelle il y avait pour Victor Hissel une interdiction d’intervenir dans les dossiers de pédophilie, ce qui est faux. Tout au plus s’agissait-il d’une recommandation. Or, disaient les journalistes, dans l’affaire qu’il plaide aujourd’hui (le reportage date du lundi 13 février), l’accusé est suspecté par le ministère public de faits d’incestes sur sa fille, l’une des trois victimes !
Pourtant, aucun élément concret ne figurait au dossier, aucune prévention n’était formulée à l’encontre de l’accusé.
Mais il fallait bien donner une consistance aux rumeurs.
« Des voix s’élèvent pour dénoncer le fait que Victor Hissel, condamné pour détention d’images pédo-pornographiques, puisse encore plaider à Liège, là même où il a été poursuivi. », pouvait-on lire sur le site de RTL en regard de la vidéo sur laquelle on peut cliquer pour voir ce reportage !(2)
Des voix !
Et le commentaire journalistique de terminer la séquence en disant : « Du côté du bâtonnier, pas de commentaires aujourd’hui (sic !). Mais, continuent les journalistes, qui veulent à tout prix mêler les deux affaires dans leur conclusion, les avocats de Victor Hissel, estiment que la justice belge a confondu consultation et détention d’images pédopornographiques, ils viennent d’introduire un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme » (2)
En matière d’amalgame peut-on faire mieux ?
Eh bien oui.
Dès le lendemain, cédant aux pressions des journalistes qui le pressaient, en outre, de se laisser interviewer, après qu’il ait enjoint à Victor Hissel de se retirer du procès, lui, qui avait déjà ordonné le silence à l’avocat, le bâtonnier, Eric Lemmens, disait qu’il avait eut connaissance la veille d’un fait nouveau, à savoir « qu’ au cours de la lecture de l’acte d’accusation, il est apparu qu’il y avait de manière sous-jacente, une accusation de faits de mœurs et pas n’importe quels faits : il s’agit d ‘inceste et de pédophilie. Je l’ignorais et je l’ai découvert lundi. Il m’est alors paru inimaginable que ce soit Me Hissel, à qui on reproche des actes du même ordre, qui assure la défense de l’accusé. (…) » ( Interview Martine Vandemeulebroucke. Le Soir du 15.02.12 pg 9) (3)
Des actes du même ordre !
Cette confusion est regrettable dit Benjamin HERMAN dans LE JOUR-LE COURRIER du 16 février 2012 :
« ….Oui, Victor Hissel a probablement dépassé quelques limites. Mais non, il n’est pas le Diable. Il a été écarté du procès parce que l’instruction pointait la possibilité d’attouchements sexuels de l’inculpé, Bruno Werner, sur sa fille. Dire qu’il y avait suspicion serait même exagéré. Simplement des éléments de l’enquête avaient soulevé la question. Dans son réquisitoire, d’ailleurs, l’avocat général n’a pas fait la moindre allusion à la chose. Et pourtant…De nombreuses voix se sont permises de créer des amalgames fâcheux entre la situation personnelle de Victor Hissel et celle de son client. C’était facile, bien sûr. Mais regrettable, vraiment. »(4)
La brusque intervention du bâtonnier au second jour du procès, est apparue tellement inhabituelle, intempestive et disproportionnée que la presse en a perdu l’unanimité qui s’y manifestait, dans le passé, dès qu’il s’agissait d’une des affaires Hissel.
« UNE NOUVELLE GIFLE POUR VICTOR HISSEL », titrait LA MEUSE, le présentant, cette fois, plus comme victime que comme «tyran », tandis que dans LE SOIR on pouvait lire sous le titre « LE MAUVAIS PROCES FAIT A MAITRE HISSEL ET AU MEURTRIER »(2) dans l’ édito de Marc Metdepenningen :
« A entendre le bâtonnier, il aurait découvert , à la lecture de l’acte d’accusation que M. Werner, l’accusé, pourrait être soupçonné de faits d’attouchements sur sa fille assassinée ; des suspicions fragiles pour lesquelles, il n’est pas poursuivi. Victor Hissel (…) était sous le coup d’une interdiction de plaider dans une affaire de moeurs. (NDLR : ce qui est faux). Il était dans son droit d’être en cette affaire, aux côtés de Xavier Magnée. La sortie du bâtonnier Lemmens est stupéfiante. La lecture à l’audience de l’acte d’accusation sur lequel il s’appuie pour justifier son indignation tardive (« une attitude nuisible à la justice et au barreau ») était à la disposition des parties depuis des semaines. Et l’affaire commentée depuis trois ans.(…) »(5)
Trois ans ! Il est nécessaire de resituer cette affaire dans la durée. C’est effectivement il y a trois ans et demi que Bruno Werner a consulté Victor Hissel, en août 2008, et lui a demandé d’être son conseil en vue du procès d’assises.
On est loin de l’image d’un Victor Hissel, excité, se jetant sur la première affaire d’assise à sa portée, pour faire parler de lui. Et pourtant cela traverse encore l’opinion publique si l’on en croit les interventions des internautes sur les forums qui suivent les articles mis en ligne.
C’est pourquoi j’estime qu’il est important à ce stade de faire la chronologie de l’intervention de Victor Hissel dans cette affaire.
CHRONOLOGIE
Me Hissel mandaté par Bruno Werner
Victor HISSEL est intervenu pour la première fois à ses côtés juste un an après le drame, soit devant la Chambre du Conseil de Verviers du 28 octobre 2008.
Il était alors son troisième conseil.
Et c’est donc en pleine connaissance de la situation personnelle de Me HISSEL (inculpé en février 2008) que Mr WERNER, l’a appelé à sa défense.
A la demande de la sœur de l’accusé, Me MAGNEE est intervenu à son tour, en septembre 2009, essentiellement dans l’optique de la future cour d’assises.
Me MAGNEE a exigé toutefois, avant d’intervenir, que Me HISSEL reste également au dossier. C’était aussi le vœu de Mr WERNER, unilingue germanophone, dès lors notamment que Me MAGNEE ne pratique pas l’allemand, que Me HISSEL maîtrise parfaitement.
Une instruction interminable
Depuis le début de l’instruction, le Juge JAMIN s’est convaincu que le mobile avancé par l’accusé pour expliquer le drame, soit les difficultés financières, n’était pas le vrai mobile des faits. Il a d’emblée cherché à établir – en vain – le mobile « mœurs », soupçonnant l’accusé d’avoir commis des faits de mœurs à l’égard de sa fille.
Cet élément était donc connu de tous les intervenants depuis le départ, de même que le fait que cet élément n’a pas été retenu en termes de prévention, , ce qui en définissait ainsi les limites.
Me Hissel plaide en Chambre des mises en accusation…et obtient la remise en liberté de son client.
Ainsi, le fait que Me HISSEL était – et allait rester – le conseil de Mr WERNER pour la future cour d’assises ne pouvait être ignoré d’aucuns de ceux qui, de près ou de loin, s’intéressaient à l’époque, soit à ce dossier WERNER, soit à la situation de Me HISSEL, puisqu’au moment du règlement de la procédure d’instruction, et du renvoi du dossier aux assises, en mai 2011, Me HISSEL a plaidé – seul – en chambre des mises en accusation, et a obtenu – décision qui a entraîné une véritable commotion dans les milieux judiciaires verviétois, et même liégeois, et dans la région de PLOMBIERES – la remise en liberté de l’accusé jusqu’au moment du procès à tout le moins, en raison de la trop longue durée de l’instruction et du délai avant le jugement.
Certes, les médias ont volontairement tu, ou minimisé l’événement, en raison de la présence de Me HISSEL ; mais le monde judiciaire était parfaitement au courant.
L’étonnement tardif du Bâtonnier
Il est dès lors surprenant que le Bâtonnier LEMMENS (élu en juin 2011 au bâtonnat de Liège, et donc vice-bâtonnier depuis un an) puisse prétendre, non seulement qu’il ignorait cet élément, mais même qu’il ignorait qu’une cour d’assises où interviendrait Me HISSEL allait avoir lieu en février 2012.
D’autant plus que Victor Hissel avait demandé et obtenu, en janvier 2012, une entrevue avec le bâtonnier lui-même, pour prévenir tout incident lors de cette session de cours d’assises.
Des rumeurs circulaient en effet au Palais selon lesquelles tant le Président de la Cour, Mr GORLE, que l’avocat général P. SCHILS qui allait siéger, s’inquiétaient de cette situation.
Il faut croire toutefois qu’ils n’en ont pas alerté le chef de l’ordre des avocats, comme il eut été logique de le faire, puisque ce dernier prétend qu’il ignorait la chose au moins jusqu’à l’entrevue de janvier 2012.
De même, si la question du mobile « mœurs » avait réellement posé problème – quod non, puisqu’à part dans son acte d’accusation, l’avocat général n’en a plus parlé lors de ses réquisitions, et qu’il n’en est fait, à juste raison, aucun écho dans l’arrêt de condamnation – on peut légitimement se demander pourquoi ni le parquet général, ni la Cour n’en ont fait état au bâtonnier.
En outre, rien n’interdisait au bâtonnier, dès lors qu’il paraissait soucieux de la présence de Me HISSEL à cette cour d’assises, de s’informer.
Me Hissel interdit de parole.
Il a préféré se contenter, lors de cet entretien de janvier, d’imposer à Me HISSEL un silence absolu, et une interdiction totale de contacts avec la presse à propos de ce procès.
On peut du reste s’interroger sur la légitimité d’une telle mesure, en regard de l’obligation faite à tout avocat de défendre son client partout où cela est nécessaire, y compris face à la presse (voir Arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (5° section) du 15 décembre 2011 (!), en cause d’une avocate française MOR / FRANCE).
C’est donc très interpelant d’entendre le bâtonnier LEMMENS justifier son intervention du mardi 14 février 2012, en faisant valoir la composante mœurs du dossier, et excuser sa tardiveté, en parlant « d’élément nouveau » !
De son côté, Me HISSEL n’a pas pu – et ne peut toujours pas – donner sa version des faits, puisqu’il était et reste interdit de parole !
C’est pourquoi j’ai tenu à vous faire le présent compte-rendu des événements, tels que je les connais. José DESSART
(4) http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120218_00119923