Au départ il s’agissait d’une inculpation pour « détention d’images pédo-pornographique » ce qui doit encore être l’objet du jugement de la 8ème chambre du tribunal correctionnelle de Liège.
Comment se fait-il qu’après avoir été victime d’une tentative de parricide, environ un an après son inculpation, Victor Hissel soit devenu un « tyran violent », dont la plupart des médias, le Soir Magazine et l’émission « Devoir d’Enquête » de la RTBF en tête, se sont donnés pour mission de scruter les aspects les plus noirs en prétendant révéler au public sa « vraie » personnalité.
On peut se demander ce que devient le journalisme judiciaire quand autant de rumeurs, ragots et bribes de dossiers complètement décontextualisés sont cencentrés, non pour faire de l’information – pour moi faire de l’information, c’est proposer au public une certaine dose d’objectivité-, mais pour nuire, détruire, voire lyncher un homme.
La psychologie des journalistes « justiciers » devrait être étudiée. Le pouvoir médiatique se double trop souvent du pouvoir de punir, de faire expier. Certains vont plus loin et semblent même régler des comptes. Et dans la plupart des cas, animés par la volonté moralisante de dire le vrai et le faux, le bien et le mal, les journalistes « justiciers » se comportent en alliés objectifs du ministère public, sans grand esprit critique et au risque de perdre leur objectivité et indépendance.
Et cela apparaît de façon éclatante dans l’affaire Hissel, où, à la suite du parquet dans l’audience publique, des bribes de phrases extraites des auditions contenues dans le dossier de Victor Hissel, ainsi que dans le dossier du fils (dossier toujours sous embargo, si j’ai bien noté !) sont exploitées médiatiquement, isolées de tout contexte.
En plus dans les phrases reprises par les journalistes, il y a des erreurs grossières. Et je me pose la question déontologique : le fait que ces phrases aient été livrées par le premier substitut, à l’audience, suffit-il aux journalistes à faire l’économie d’une véritable investigation critique et à se disculper où à légitimer leurs erreurs ?
Le droit de réponse de Victor Hissel au Soir Magazine vient d’être publié dans le N° 4085 du 6 octobre 2010. Pour ne pas vous obliger à acheter l’hebdomadaire, en voici la lecture sur ce blog. Une véritable leçon de déontologie journalistique. J.D.
DROIT DE REPONSE AU SOIR-MAGAZINE
Par la présente, je vous prie de bien vouloir insérer, conformément à la loi (dans les 3 jours, sous les mêmes formes, caractères et pages) le droit de réponse suivant, à l’article publié sous la signature de Sarah RASUJEW, dans votre numéro du 8 septembre 2010.
« Sans vouloir nécessairement chercher des excuses, ou banaliser les faits qui me sont reprochés, je m’impose de réagir à votre article, parce que les faits sont les faits, et que la vérité a ses droits.
En tant que journaliste relatant une affaire judiciaire en cours, il vous appartient de contrôler vos informations et de vous limiter à une relation fidèle et exacte.
Il est inacceptable que vous vous autorisiez à induire le public en erreur par des accusations ou par une relation des faits dépourvus de preuves même sous couvert d’un article sur ma personnalité.
Or, à de multiples reprises, vous vous en prenez à ma personne en publiant des informations inexactes assorties de commentaires tendancieux.
L’article sous rubrique, intitulé « Le côté obscur de Victor Hissel » et sous-titré « l’avocat des parents de Julie et Mélissa en correctionnelle », fourmille de contre-vérités, mensonges, amalgames et approximations que je ne puis toutes laisser passer.
J’épingle successivement les plus inacceptables, en suivant le texte d’origine :
1.
Vous affirmez à mon propos sans preuves qu’ « A l’époque de l’affaire Julie et Mélissa, il parle de protections au sein de la magistrature jusqu’à son sommet » et que « Lors de plusieurs plaidoiries, il porte des accusations graves sur des magistrats, ce qui lui vaudra une surveillance accrue du bâtonnier de l’époque ».
C’est faux et vous ne trouverez aucun exemple pour étayer cette affirmation purement gratuite.
Si j’ai une seule fois signalé à la Cour d’Appel de Liège les accusations portées par le rapport de Mme Eliane LIEKENDAEL, alors Procureur Général à la Cour de Cassation, contre un magistrat de Charleroi, cela relevait de mon devoir de conseil de ma cliente dans une affaire étrangère à celle que vous évoquez dans votre article..
Aucun des bâtonniers successifs en charge pendant l’affaire Julie et Melissa n’acceptera de cautionner l’affirmation gratuite et diffamatoire, totalement contraire aux faits selon laquelle j’aurais été mis sous surveillance, et vous le savez.
2.
Vous affirmez qu’:
« il avait également été interdit de participer à des débats télévisés … » : C’est FAUX
Je n’ai été interdit de participer à aucun débat télévisé ; j’ai en revanche accepté à plusieurs reprises de me ranger à l’avis de mes bâtonniers de l’époque de m’abstenir d’y participer, ce qui est autre chose.
3.
Vous vous contentez de ragots et vous oubliez de dire à vos lecteurs que vos informations sont des témoignages de deuxième voire de troisième main.
Ainsi vous affirmez
– « …après avoir été intercepté en train de faire des photos dans le jardin d’un voisin de Marc DUTROUX » : FAUX
Je n’ai jamais été intercepté où que ce soit, et j’ai encore moins fait quelques photos que ce soit. Ces soi disant informations ne se sont évidemment jamais vérifiées !
– « il était fortement soupçonné d’avoir lui-même fait subir de tels actes au frère de son épouse alors que ce dernier était âgé de 12 ans » : C’est FAUX
Je n’étais à cette époque soupçonné de rien, car il n’y avait matière à aucun soupçon.
Je conteste avec force cette affirmation unilatérale, livrée par le parquet à partir d’un dossier où je suis victime de faits graves, toujours sous embargo, et à l’instruction.
Je n’ai d’ailleurs jamais été entendu à ce propos ni par le Juge d’instruction, ni par les enquêteurs, qui ne l’ont manifestement pas jugé utile.
Cette accusation, contestée parce que fausse, n’est du reste apparue pour la première fois dans la presse que le lendemain de mon agression du 9 avril 2009, soit près de 14 mois après mon inculpation, et plus de 14 ans après l’enlèvement de Julie et Mélissa.
4.
Selon vous je serais – « …un homme qui se serait (ce cher conditionnel, qui permet toutes les insinuations) comporté en « tyran domestique ». Il aurait ainsi frappé celle qui est aujourd’hui son ancienne épouse et son fils. Des scènes d’une violence inouïe sont décrites »
Où ces scènes, et cette violence inouïe, sont-elles décrites ? Certainement pas dans le dossier à ma charge. Et pas davantage dans celui à charge de mon fils. C’est ainsi que vous me voyez ? Mais alors dites-le. Dites qu’il s’agit de votre appréciation personnelle !
Je le conteste absolument.
5.
Vous parlez de mes enfants pour affirmer « qu’ils auraient découvert une « revue pédopornographique » cachée dans mon bureau… » et que « des voisins auraient écrit une lettre dans laquelle ils se plaignaient de [mon] comportement de voyeur » …
A nouveau, il s’agit d’affirmations unilatérales et contestées, fondées peut être sur des éléments tirés d’un dossier étranger à ma cause, que je ne connais pas, et sur lesquels je n’ai pas même été entendu, et n’ai pu me défendre.
Lors de la perquisition à mon bureau, les enquêteurs n’ont saisi que mon ordinateur, et rien d’autre !
Rien ne vous autorise à utiliser le conditionnel pour présenter des contre-vérités. Du reste, dès lors que vous désignez des personnes, le conditionnel perd son caractère de conditionnel aux yeux des lecteurs.
6.
J’ai selon vous « … consulté près de 7.500 images pédophiles … »
Si vous aviez poussé vos investigations, vous auriez appris qu’il s’agit de traces dans les ITF, les internet temporary files, qui s’inscrivent automatiquement dans l’ordinateur.
Je n’ai donc évidemment pas vu 7.500 images pédophiles, j’ai vu et j’ai toujours reconnu en avoir vu quelques-unes, les autres s’inscrivant automatiquement.
J’aurais, toujours selon vous, « …selon [mes] propres aveux, visionné des images avec des viols de bébés … » :
J’ai toujours affirmé, dès ma première audition, et sans être contredit par l’enquête, que je ne cherchais pas ce type d’images Il est facile de sacrifier à la vérité des faits pour faire du sensationnel.
Quant aux « … deux mails… » dans lesquels j’aurais demandé « d’autres vidéos de Nadia » :
Vous vous deviez d’informer vos lecteurs que le parquet a demandé des enquêtes complémentaires sur ce point particulier, qui ont été strictement négatives. J’ai dès lors bénéficié d’un non lieu à ce sujet, sur réquisitions du parquet lui-même, comme sur le fait que j’aurais payé !
7.
J’ai selon vous – « … d’abord prétendu, avant de (se) raviser, les avoir consultés pour des raisons professionnelles … »
A elle seule cette accusation est significative de votre volonté de me nuire. Elle est fausse et la prudence la plus élémentaire exigeait que vous examiniez tous les documents dont vous prétendez tirer les informations. Dès ma première audition devant le juge d’instruction, j’ai admis que les consultations n’avaient aucun rapport avec ma profession.
J’ai encore voulu « …banaliser et minimiser les faits … » :
Mes avocats ont suffisamment expliqué que contester l’infraction pénale, par défaut de texte de loi la prévoyant, ne signifie nullement une banalisation ni une acceptation des faits eux-mêmes. Les lecteurs sont peu au fait des textes pénaux et de la procédure pénale, il vous était loisible de demander des explications à mes avocats et le cas échéant à confronter leurs réponses à celles du Procureur, sauf si évidemment vous faites état de votre opinion personnelle, auquel cas il fallait le dire.
8.
Vous vous revendiquez des rapports des experts pour affirmer que je « présenterai(t) un risque de passage à l’acte »
Les rapports des experts ne contiennent aucune analyse de cet ordre ! C’est de l’invention pure, de l’affabulation.
Au contraire, les experts affirment clairement, chacun de son côté, que je ne présente aucun danger pour autrui. Ici encore la plus élémentaire correction exigeait que vous examiniez tous les documents dont vous prétendez tirer les informations
9.
Vous affirmez que « sur le net, il se faisait appeler Vicky »
Comme je l’ai moi-même indiqué spontanément aux enquêteurs, qui ont pu le vérifier à loisir, il s’agissait du mot de passe (Vicki, avec i) pour accéder au site de conversation des fans d’une grande joueuse de tennis. Les enquêteurs ont dûment vérifié que je ne disposais d’aucun autre pseudo.
Vous tenez assurément cette « information » d’une partie civile, et dans ce cas il vous appartenait de préciser à vos lecteurs le caractère univoque de votre source.
Vous semblez avoir bafoué les principes élémentaires que doit respecter un journaliste qui rend compte dans un article d’une procédure judiciaire en cours et de ses protagonistes.
Vous avez induit les lecteurs en erreur sur les faits, l’objectivité- mais peut-on vous demander tant- vous imposait d’exposer les différents points de vue et éventuellement de permettre au lecteur de faire la différence entre accusation et défense.
Victor HISSEL »
Je gage, Madame, Monsieur, qu’au vu du nombre et de la gravité des erreurs commises, vous aurez à cœur de publier le présent droit de réponse in extenso, et sans commentaire.
A défaut, je me devrai d’envisager le recours aux moyens que la loi me donne pour rétablir la vérité, et mon honneur, bafoués allègrement par cet article.
Bravo, une fois encore, pour ce travail précis de remise en perspective.
Comme on comprend bien , à vous lire, à quels endroits les faits ont pu subir des distorsions , au point d’être transformés en scoops…
La réponse de maître Hissel au Soir Magazine est un modèle de dignité et agit aussi opportunément qu’un antidote.
Néanmoins, ce sursaut d’indignation -que seules des accusations iniques peuvent arracher – devait-il avoir lieu d’être dans une société de droit digne de ce nom ?
Bonsoir José.
Vous parlez de déontologie journalistique. Je ne savais pas que cela existait. Je l’ignorais. Comment l’imaginer quand on voit la façon dont la presse traite « l’affaire HISSEL » mais aussi et notamment, quand on repense à « l’affaire COOLS » où l’on a déjà pu assister à tous les excès, depuis, au premier jour, les photos du ministre assassiné sur le tarmac, qui passent et qui repassent et doivent être toujours plus insoutenables pour ses proches, à l’arrestation d’Alain Vanderbiest sous l’oeil des caméras « opportunément » averties et présentes et sans oublier la sortie de prison de Richard Taxquet et de bien d’autres avec cameramans et phtographes en meute et à l’affût comme seul accueil par conséquent possible.
Comment imaginer qu’elle existe, cette déontologie, en voyant ces photos de soldats, blessés ou sales et humiliés s’ils ne sont pas morts et ces photos d’enfants qui meurent de faim, se débattent dans les décombres des tremblements de terre d’Haîti ou d’ailleurs ou se noient dans la boue, sous l’oeil froid et attentif de…l’objectif,…et je pourrais continuer pendant des pages entières.
Je veux pourtant bien vous croire lorsque vous parlez de déontologie journalistique mais si une telle déontologie existe, en quoi consiste-t-elle ? Quelles en sont les règles et n’y a-t-il donc personne qui est chargé de la faire respecter ?
Merci d’avance de votre réponse.
super José.
merci pour tout ce que tu fais pour moi !
la vérité, qui a ses droits, finira par l’emporter.
bien à toi,
vh