DECLARATION FINALE DE VICTOR HISSEL, lors de l’audience du 2 septembre 2010 devant la 8ème Chambre du Tribunal Correctionnel de Liège

Encore une fois je n’excuse pas les faits incriminés à l’encontre de Victor Hissel.

Mais je laisse au tribunal, et à lui seul, dans la mesure où c’est l’instance, maintenant, la mieux informée,  ce droit de juger que bien d’autres veulent à tout prix s’arroger, au mépris de l’objectivité et à force d’inexactitudes, d’amalgames, de formules suffisamment ambiguës pour laisser penser que Victor Hissel  est « bien  plus noir qu’on ne le pensait ».

Que dire aussi des avis émis dans la plupart des forums « on line », qui, quoique soumis à modération, donnent libre cours au populisme le plus sordide, à la délation, à la calomnie, au délit de sale gueule (« A vomir », « Il a toujours eu l’air louche »,  « Sale Type », « Fumier », «  Il faut le castrer », «  Quelle horrible vie ont dû vivre ses deux enfants, son ex femme ? », « C’est pas pour rien qu’il a si mal défendu les parents de Julie et Melissa », «  Ce n’est même pas un être humain… »…etc…)

Face à ce déferlement, il m’a paru important de permettre la lecture intégrale de la déclaration de Victor Hissel, qui a eu la parole en dernier lors de l’audience du 2 septembre.

J’ai partagé avec Victor Hissel le même combat – quoique sur des fronts différents – dès la fin de 1995,  puisque la création du Comité de Soutien des parents de Julie et Melissa  date de cette époque. C’était bien avant la Marche Blanche, lorsque nous n’étions  pas encore  très nombreux à rechercher les petites filles. Je peux témoigner avec force que ses paroles sont justes et profondément sincères.

Ceci est mon procès.

Mes avocats viennent de vous donner tous les éléments utiles à ma défense.

Je répète, comme je le dis depuis le début, que je n’ai pas téléchargé ni payé. J’ai obtenu deux non-lieux sur ces préventions.

J’ai reconnu depuis le premier jour que j’ai regardé des images et des sites que la morale réprouve.

Je ne cherche pas d’excuses, je n’en ai pas.

Je regrette ces faits, je regrette d’avoir déçu ceux qui me faisaient confiance.

Mais je tiens aussi à dire ici qu’à quelques exceptions près, j’ai conservé la confiance de tous ceux que j’ai défendus pendant toutes ces années, bien avant Child Focus, seul contre presque tous.

Je suis triste et malheureux de ce qui s’est passé depuis 2005.

Je suis triste et malheureux d’avoir gâché la vie de ma famille.

Je le suis aussi d’avoir mis en péril ma carrière et ma vocation d’avocat.

Mais je suis déterminé à me battre pour sauver ce qui peut encore l’être, avec mes conseils, avec mes proches, avec mes amis, avec mes confrères.

Je suis un battant dans l’âme, et il en faut beaucoup pour m’abattre.

Croyez-vous que j’aurais pu tenir toutes ces années de galère, de combats, de vindictes et de jalousies de toutes sortes, sans une solide dose de résistance ?

Quand le désespoir m’envahit, je pense à mon père, qui a résisté pendant 25 mois dans les geôles nazies, qui ne pesait plus que 35 kilos à 36 ans quand il en est revenu miraculeusement, délivré in extrémis par les Anglais. Sans cela, je ne serais pas ici aujourd’hui.

Et vous savez, si j’étais mort le 9 avril 2009, je serais mort innocent !

Mais je suis toujours en vie, et bien décidé à le mériter.

Si j’avais la certitude que votre tribunal suivra mes avocats, je me tairais maintenant.

Mais il y va de ma survie, de mon avenir, et de celui de mes enfants.

Alors, je voudrais encore vous dire quelques mots.

Savez-vous que depuis mon inculpation, au mépris de tous les principes fondamentaux que mes avocats ont développés tout à l’heure, je ne suis plus désigné comme curateur, alors que je n’ai jamais eu le moindre problème sur ce plan ? Uniquement à cause de l’émoi consécutif au déferlement médiatique qui a suivi mon inculpation, et au fait d’un président qui a profité de l’occasion pour régler ses comptes à mon égard.

Savez-vous que de nombreux clients m’ont tourné le dos, non pas pour ce qu’on me reproche, mais par crainte de perdre leur procès à cause de ce qu’on a dit de moi, par crainte de la perte de crédibilité vis-à-vis des tribunaux ?

Savez-vous que ma vie familiale et personnelle a été bouleversée à la suite de ces événements ? Savez-vous les souffrances de mes enfants et de mes proches ?

Savez-vous que je dois tous les jours affronter le regard des gens, où que j’aille en Belgique, qui me reconnaissent et m’interrogent en silence ?

Savez-vous les heures et les jours de souffrance muette, les matins difficiles et les journées sans fin, les moments de désespoir, la nécessité de travailler quand même, l’impérieuse obligation d’être en forme pour défendre ceux qui me gardent leur confiance, celle de paraître bien quand on est au plus bas, celle de sourire quand on n’a envie que de pleurer ?

Savez-vous le regard sur la ruine de ma vie personnelle, familiale et professionnelle ?

Savez-vous comment encore y croire, quand tout se dérobe, quand s’écroulent toutes les certitudes ?

Je ne veux pas jouer la montre.

Ma défense ne peut pas être une affaire de temps.

Vous voulez comprendre, pour pouvoir juger.

Vous avez sur votre bureau deux dossier : le mien, et celui de mon fils.

Mais pour bien tout comprendre, il en faudrait un troisième, celui de l’affaire J et M, qu’on aurait pu joindre aussi. Vous y trouveriez  des tas de choses.

– vous y verriez des parents désespérés, cherchant vainement leurs deux petites filles disparues, des parents qui avait une urgence qui n’était pas celle de la Justice. Leur angoisse indicible et quotidienne, leur volonté tenace de retrouver leurs petites filles de huit ans vivantes, alors que tous les disaient mortes. J’ai voulu les aider de toutes mes forces, de tout ce que je suis. Mais j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y verriez aussi mes enfants, désemparés, qui avaient l’âge des petites quand elles ont été enlevées, et qui avaient peur qu’on les enlève aussi, pour nous punir de mes engagements.

Leur mère avait peur tous les jours pour eux. Elle me reprochait d’avoir préféré les enfants morts des autres à mes propres enfants en vie. Je ne les ai pas suffisamment protégés. Mais j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y verriez mon épouse, qui était alors ma secrétaire, qui devait vivre tout cela à mes côtés, et supporter ces horreurs. J’étais écartelé entre mes devoirs de mari et de père, et ma mission de conseil des parents. Sans parler de la nécessité d’assurer la subsistance de ma famille. J’ai cru pouvoir assumer le tout. Mais j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y auriez vu l’absence de mes amis, parce que je n’avais plus le temps de les rencontrer, de les recevoir, de les rassurer. Car j’étais seul, et c’était mon tort.

– vous y auriez vu l’absence de ma famille, de ma mère, de mes frère et sœurs, et de leurs enfants, que j’ai du délaisser pour des raisons qu’il est trop difficile de dire ici.  J’étais tout seul, et c’était mon tort.

– vous y verriez aussi mes clients, dont j’étais l’ultime recours, qui attendaient que je les aide comme les parents de J et M. Mais j’étais seul face à toutes ces détresses, et c’était mon tort.

– vous y trouveriez la Justice, avec un grand J, que j’ai du combattre jour après jour, et nuit après nuit, pour lui faire admettre l’évidence de la situation, et qui n’en voulait pas.

Et la police, et la gendarmerie, qui ne faisaient pas leur travail, qui avaient des agendas et des dossiers cachés. Et moi, j’étais seul face à cette machine, et c’était mon tort.

– en un mot, vous trouveriez dans ce troisième dossier toutes les horreurs qui m’ont sapé petit à petit, qui m’ont remué et bouleversé jusqu’au tréfonds de l’âme. Vous y trouveriez mes urgences, mes peurs et mes espoirs, mes actions de toutes sortes et mes échecs multiples et désespérés. Vous y trouveriez ma propre impuissance, ma grande désespérance et mes rares conquêtes sur l’adversité. Vous y trouveriez ma lassitude devant l’inanité de nos efforts, mon découragement face à l’impossible, ma douleur devant l’inéluctable et ma souffrance infinie de n’avoir pas pu rendre les petites vivantes à leurs parents.

J’étais seul, et c’était mon tort. Mais je vous jure que mon combat était sincère.

Et, malgré mon échec, ma conviction est entière : J et M savent bien que j’ai fait tout ce que je pouvais, et bien plus encore, pour les rendre vivantes à leurs parents.

Mais on ne sort pas indemne d’une telle épreuve, on n’est plus le même après qu’avant.

A vous de voir maintenant comment et pourquoi j’ai trébuché après cette épreuve sans nom, comment et pourquoi je me suis alors isolé plus encore, et que je me suis réfugié dans la fuite qu’il vous faut juger aujourd’hui.

Aujourd’hui, heureusement, tout a changé, je ne suis plus seul.

J’ai pris conscience de ma fragilité, j’ai accepté de regarder ma vie en face, j’ai pris en charge mes peurs et mes faiblesses.

Je me défends, et je suis entouré.

Je suis encadré, et je bénéficie du soutien d’un éminent professeur en psychologie, spécialiste de ces problématiques, qui m’a aidé beaucoup.

Je travaille autant que je peux, grâce au soutien de beaucoup ;

J’ai la confiance des tribunaux, de beaucoup de confrères et du barreau, de mes clients et de mes amis.

J’ai le désir chevillé au corps de rester l’avocat que j’étais et que je suis, et j’ai l’espoir de pouvoir continuer à défendre tous ceux qui m’accordent leur confiance.

Je regrette sincèrement ce qui s’est passé, et, puisque je suis toujours vivant, je veux pouvoir un jour réconforter tous ceux que j’ai pu décevoir.

VICTOR HISSEL

2 réponses à “DECLARATION FINALE DE VICTOR HISSEL, lors de l’audience du 2 septembre 2010 devant la 8ème Chambre du Tribunal Correctionnel de Liège

  1. Un grand merci pour ce travail d’information qui réconcilie avec le journalisme !

    Car enfin,à une époque où la presse s’arroge des « devoirs d’enquête » en marchant sans vergogne sur les plates-bandes des institutions (dont l’enquête judiciaire est justement l’objet), on peut se demander comment certains composent avec leur « devoir d’objectivité ».

    Quand on voit un magistrat en charge d’une affaire , ô combien juteuse médiatiquement, participer à une émission télévisée désavouée par l’intéressé lui-même, on peut se demander s’il ne casse pas là l’image d’impartialité qui doit rendre sa fonction crédible…

    Peut -être les personnes qui relaient sans état d’âmes des bribes d’informations tendancieuses se persuadent-elles qu’elle travaillent au nom de la « transparence », le concept à la mode?

    Alors qu’on m’explique pourquoi un homme qui admet avoir consulté des sites pédopornographiques pour des motifs personnels doit être calomnié et traîné dans la boue ? Il semble clair qu’avec un peu moins de « transparence », par exemple en prétendant collecter du matériel professionel et en se clamant victime d’un immonde complot, Victor Hissel aurait paru bien plus sympathique et que d’aucuns auraient volontiers signé des pétitions pour le soutenir …A moins que , « pas vu, pas pris », il n’ait mieux valu pour tout le monde que cet homme blessé continue à se débattre avec sa souffrance intime et, travaillant honorablement le jour, ne continue à affronter seul ses démons la nuit? Car enfin, peu importe qu’à présent il sorte enfin du gouffre où il était tombé, peu importe que ces pratiques contestables aient bel et bien cessé, peu importe le désespoir d’un homme seul tant qu’aucun scandale honteux n’éclate…

    Gardons à l’esprit que s’il était besoin d’être en tout point irréprochable pour bénéficier de l’estime, du respect ou de la reconnaissance de nos concitoyens, aucun être humain ne pourrait s’en prévaloir.

    Courage à maître Hissel dans sa courageuse résistance à l’adversité et merci à Monsieur Dessart pour son blog.

  2. Comme je l’ai dit ailleurs :
    « Certains, journalistes et certains, disons, »hommes de loi » » ont jubilés ……Ils avaient enfin leur revanche !!! » »

    Merci encore José, pour tout ce que tu as fait, en tant que journaliste et pour nous citoyens qui étions nommés, péjorativement, par « certains »,…citoyens « blancs »…..

    yvan

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